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Chapter 267

Author: S.j maria
last update publish date: 2026-10-08 13:18:20

Madame Odette

La résidence des Glycines occupait un bâtiment de briques claires entouré d'un jardin morne. Camille y arriva un mercredi après-midi, un cahier sous le bras, accueillie par une directrice souriante.

— Vous êtes l'étudiante de monsieur Delorme ? demanda celle-ci.

— Oui, madame. Camille.

— Je vous attendais. Nous sommes ravis de votre projet.

— Je voudrais d'abord parler aux résidents, si c'est possible.

— Bien sûr. Mais certains sont un peu… difficiles à approcher.

— Je comprends.

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    Chez FatimaCe soir-là, à la maison de la grande table, Nour, penchée sur son téléphone, poussa un petit cri. Gabin, qui rangeait la vaisselle, se retourna.— Qu'est-ce qu'il y a ?— Regarde.— C'est quoi ?— Une feuille.— Une feuille ?— De capucine. La première.Gabin se pencha, regarda l'écran. La photo montrait, dans une lumière grise, un petit pot de terre cuite et, au milieu, une pousse minuscule, fragile, d'un vert très pâle.— Elle a germé, dit-il.— Les graines de Fatima.— Celles de Noah ?— Oui. Il y a plus de quarante ans.— C'est impossible.— C'est ce que Capucine a dit.— Qu'est-ce qu'on fait ?— On montre à Fatima.— Maintenant ?— Tout de suite.Ils traversèrent la salle commune, silencieuse à cette heure. Dans la petite chambre du fond, Fatima, assise sur son lit, un livre posé sur les genoux, relevait la tête. Elle avait l'air fatiguée, mais ses yeux brillaient.— Qui est-ce ? dit-elle.— C'est moi, dit Nour.— Et Gabin.— Oui.— Vous avez l'air d'avoir vu un fantô

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    Le dimanche à huit heuresLe dimanche soir, à huit heures précises, Capucine et Lucas, assis sur le lit, le téléphone posé sur un oreiller, composèrent le numéro de la maison de la grande table. Après trois sonneries, un visage apparut à l'écran, flou, de travers : celui de Noé.— Allô ? Allô ?— Salut, Noé.— Capucine ! C'est Capucine !— Oui.— Elle est là ! cria Noé, par-dessus son épaule. Elle est dans le téléphone !— Je suis à Lisbonne.— Elle est où ?— Dans le téléphone, dit Noé, avec conviction.— Ce n'est pas un téléphone, c'est un portable, dit la voix de Gabriel, au loin.— C'est pareil.— Non.— Si.— Passe-moi ça, dit Gabin.L'écran vacilla, se stabilisa sur le visage de Gabin, souriant. Derrière lui, dans la salle commune, on distinguait des silhouettes, une dizaine de personnes entassées pour apparaître dans le cadre.— Ça va ? dit Gabin.— Très bien.— Il fait beau ?— Il pleut un peu.— Chez nous aussi.— Alors c'est comme à la maison.— Presque, dit Gabin. Mais il m

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    JoanaLe lendemain, un samedi, une petite fille d'environ neuf ans, à la peau mate, aux nattes noires, apparut au jardin de la colline. Elle se tenait à l'entrée, une poupée de chiffon serrée contre elle, et observait Capucine d'un air farouche.— Elle s'appelle Joana, dit Teresa.— Elle est de quel immeuble ?— Le numéro sept. Elle vit seule avec sa mère, qui travaille la nuit.— Elle vient souvent ?— Tous les jours. Elle regarde.— Elle ne parle pas ?— Elle ne parle qu'à Seu Armando.— Pourquoi ?— Il ne lui pose pas de questions, dit Teresa.— Alors je ne lui en poserai pas, dit Capucine.Elle prit un arrosoir, remplit de l'eau au robinet, commença à arroser la rangée de haricots. Joana, de loin, ne perdait aucun de ses gestes. Au bout d'un moment, elle s'approcha de trois pas, s'arrêta.— Bonjour, dit Capucine, en français.— Bom dia, dit Joana.— Tu veux m'aider ?— …— Tiens.Elle lui tendit un petit arrosoir. Joana, après un temps d'hésitation, le prit. Elle le leva, regarda

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    Le soir le plus tristeLe douze novembre, après trois semaines à Lisbonne, Capucine rentra seule, un soir, dans le petit appartement. Lucas était resté au jardin pour finir de poser une clôture avec Seu Armando. Il pleuvait. Pour la première fois, la ville, grise et trempée, lui parut hostile.Elle ôta son manteau mouillé, s'assit sur le lit, regarda ses mains. Elles étaient écorchées, couvertes de terre. Elle ouvrit son carnet, tourna quelques pages, referma. Elle avait envie de pleurer, sans savoir pourquoi.Dans le silence, elle entendit le tic-tac d'un réveil, le grondement lointain d'un tramway. Elle posa le coffret sur ses genoux, souleva le couvercle, en tira le sachet de Fatima.— « Plante-la à l'endroit où tu seras la plus triste », murmura-t-elle. C'est ici ?Elle regarda autour d'elle. Le petit balcon, étroit, donnait sur un mur de crépi rose. Un pot de terre cuite, abandonné par les anciens locataires, gisait dans un coin, couvert de poussière.— Ça ira, dit-elle.Elle sor

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