FAZER LOGINLe contrat fut signé trois jours plus tard dans le bureau d'avocats le plus prestigieux de Manhattan, Whitmore & Associates. Élise avait insisté pour avoir son propre avocat – payé par Damien, ironiquement – qui avait épluché chaque clause, chaque virgule, cherchant les pièges potentiels.
Il n'y en avait pas. Ou du moins, pas de pièges légaux. Les pièges émotionnels, en revanche, étaient évidents pour quiconque savait lire entre les lignes. Maintenant, debout devant l'immeuble résidentiel le plus exclusif de l'Upper East Side – la Blackwood Residences, naturellement – Élise contemplait la nouvelle réalité de son existence. Trois valises contenant toute sa vie étaient posées à ses pieds. Luna l'avait accompagnée, refusant de la laisser affronter seule ce moment. — C'est pas trop tard pour changer d'avis, tu sais, murmura son amie en regardant le gratte-ciel qui semblait percer les nuages. Élise secoua la tête. — Si, Luna. C'est trop tard. J'ai signé. — Les contrats peuvent être rompus. — Pas celui-là. Pas avec les clauses de pénalité. Et surtout, pas avec sa mère qui commençait le nouveau protocole de traitement dans deux jours. Pas avec les 5 premiers millions déjà versés sur son compte – une somme si absurde qu'elle avait vérifié trois fois que ce n'était pas une erreur. Le portier en uniforme impeccable s'approcha avec un chariot doré pour leurs bagages. — Mademoiselle Monroe ? Monsieur Blackwood vous attend. Veuillez me suivre. Luna siffla doucement. — Ils connaissent même ton nom. C'est flippant. — C'est son monde, répondit Élise. Je dois juste... m'y habituer. Le hall d'entrée était un chef-d'œuvre de marbre italien et d'or rose, avec un plafond cathédrale orné de fresques qui auraient pu rivaliser avec la Chapelle Sixtine. Un immense bouquet d'orchidées blanches – au moins mille fleurs – trônait sur une table centrale. L'ascenseur privé qui menait au penthouse nécessitait une clé biométrique. Le portier scanna son pouce – son pouce avait déjà été enregistré dans le système – et les portes s'ouvrirent sur un habitacle tout en miroirs et velours noir. — Penthouse niveau 95, annonça le portier. Bon après-midi, mesdames. Les portes se refermèrent, les laissant seules dans cette cage dorée qui s'élevait vers le ciel. — Élie, commença Luna, sa voix soudainement sérieuse. Promets-moi quelque chose. — Quoi ? — Si à un moment, n'importe quand, tu te sens en danger, ou mal, ou juste... si tu as besoin de sortir de là, tu m'appelles. Peu importe l'heure. Peu importe le contrat. Je viens te chercher. Élise sentit sa gorge se serrer. Elle prit la main de sa meilleure amie et la serra fort. — Je te le promets. Le chiffre 95 s'illumina, et les portes s'ouvrirent. --- Le penthouse de Damien Blackwood n'était pas un appartement. C'était un palais suspendu dans les nuages. L'ascenseur s'ouvrait directement sur un hall d'entrée plus grand que tout l'appartement qu'Élise partageait avec Luna. Sol en marbre noir veiné d'or, lustres de cristal Baccarat, et un escalier monumental en verre et acier qui menait à un étage supérieur. Mais ce qui coupa le souffle d'Élise, ce fut la vue. Des baies vitrées de six mètres de haut s'étendaient sur toute la longueur du penthouse, offrant une vue panoramique à 360 degrés sur Manhattan. Central Park s'étalait comme une mer verte au nord, l'Hudson River scintillait à l'ouest, et la ligne d'horizon ponctuée de gratte-ciel s'étendait à l'infini dans toutes les directions. — Putain de merde, murmura Luna, résumant parfaitement la situation. — Élise. La voix grave de Damien résonna dans l'espace. L'alpha descendait l'escalier avec la grâce féline d'un prédateur. Il portait un pantalon de costume noir et une chemise blanche à moitié déboutonnée, les manches retroussées révélant des avant-bras musclés. Ses cheveux étaient encore humides, comme s'il sortait de la douche. Ses phéromones emplirent immédiatement l'espace, et Élise dut faire un effort conscient pour ne pas vaciller. — Bienvenue chez toi, dit Damien en s'arrêtant à quelques pas. Pour les douze prochains mois. — Chez nous, corrigea automatiquement Élise, refusant de se laisser posséder si facilement. Un sourire appréciateur étira les lèvres de Damien. — Chez nous, acquiesça-t-il. J'aime ta correction. Son regard glissa vers Luna, et quelque chose de froid passa dans ses yeux. — Vous devez être Luna Rivera. La colocataire. — La meilleure amie, corrigea Luna avec un ton de défi qui surprit Élise. Et je tiens à ce qu'on soit clairs, monsieur Blackwood. Élise n'est pas seule. S'il lui arrive quoi que ce soit... — Il ne lui arrivera rien, coupa Damien, sa voix devenant dangereusement basse. Elle est sous ma protection maintenant. Ce qui signifie que c'est probablement l'endroit le plus sûr de tout New York. Les deux personnes se jaugèrent, la tension palpable. Finalement, Luna hocha la tête. — Bien. Je voulais juste m'assurer qu'on se comprenait. Damien lui tendit la main. — Nous nous comprenons parfaitement. Et j'apprécie votre loyauté envers Élise. C'est une qualité rare. Luna serra la main tendue, et quelque chose passa entre elles – un accord tacite, peut-être. — Bon, je vais y aller, dit Luna en se tournant vers Élise. Tu es sûre que... — Je suis sûre, mentit Élise avec un sourire qu'elle espérait convaincant. Luna la prit dans ses bras, l'étreignant fort. — Appelle-moi ce soir, chuchota-t- elle. Ou je débarque. — Promis. Après le départ de Luna, un silence pesant s'installa. Élise resta plantée au milieu du hall, ses trois valises pathétiques à côté d'elle, se sentant terriblement petite et déplacée. — Je vais te faire visiter, annonça Damien en s'approchant. Viens. Il ne tendit pas la main, ne la toucha pas, mais ses phéromones enveloppèrent Élise comme une caresse invisible, la guidant à le suivre. Le rez-de-chaussée du penthouse était divisé en plusieurs zones. Un salon immense avec des canapés blancs qui semblaient coûter plus cher qu'une voiture, une salle à manger avec une table pouvant accueillir vingt personnes, une cuisine ultramoderne digne d'un restaurant étoilé, un bureau vitré donnant sur la ville, et une salle de sport privée équipée de machines dernier cri. — Il y a aussi une piscine au niveau supérieur, précisa Damien. Une salle de cinéma avec douze fauteuils, une bibliothèque, et une terrasse de 200 mètres carrés. — C'est... c'est immense, murmura Élise, dépassée. — 1 500 mètres carrés sur deux niveaux, confirma Damien avec une nonchalance qui indiquait à quel point cette opulence était normale pour lui. Ils montèrent l'escalier de verre. Le niveau supérieur était encore plus impressionnant, avec de hauts plafonds mansardés et des poutres apparentes en bois précieux qui créaient une atmosphère à la fois moderne et chaleureuse. Damien s'arrêta devant une double porte en noyer massif. — Ma chambre, annonça-t-il simplement. Il n'ouvrit pas la porte, se contentant de la désigner. Élise sentit son cœur s'accélérer. Notre chambre, bientôt. Ils continuèrent le long du couloir. — Ici, c'est ta chambre, dit Damien en ouvrant une autre porte. — Ma... chambre ? Élise entra, abasourdie. La pièce était aussi grande que tout son ancien appartement. Un lit king-size aux draps blanc immaculé trônait au centre, face à une baie vitrée offrant une vue vertigineuse sur Central Park. Il y avait un coin salon avec un canapé en velours gris, un bureau en verre, et une porte qui menait apparemment à une salle de bain privée. — Je pensais qu'on... que nous... — Que nous partagerions ma chambre ? compléta Damien en s'appuyant contre le chambranle. C'est le cas. La plupart du temps. Mais je voulais que tu aies un espace à toi. Un endroit où te réfugier si tu en as besoin. C'était... inattendu. Attentionné, même. — Merci, dit Élise sincèrement. Damien hocha la tête. — La salle de bain est là. Tu as aussi un dressing. Marcus a... pris la liberté de le remplir. Il ouvrit une autre porte, révélant un walk-in de la taille d'une chambre normale. Des rangées et des rangées de vêtements étaient suspendus avec un soin maniaque. Des robes, des chemisiers, des tailleurs, des pulls cachemire, des jupes, et même des tenues plus décontractées. Tout semblait neuf, avec les étiquettes encore attachées. — C'est... c'est trop, balbutia Élise en touchant une robe Valentino. Je ne peux pas accepter... — Tu n'as pas le choix, coupa doucement Damien. Tu m'accompagneras à des événements où l'apparence compte. Je ne peux pas te demander de porter tes anciens vêtements. Ce n'était pas méchant, juste factuel. Et pourtant, ça fit mal. — Je vois, dit Élise froidement. Alors c'est ça ? Tu m'achètes une nouvelle garde-robe pour que je sois présentable ? Damien se redressa, ses yeux se plissant. — Je m'assure que tu aies ce dont tu as besoin pour fonctionner dans mon monde. Nuance. — Ton monde. Bien sûr. Comment ai-je pu oublier ? La tension monta d'un cran. Damien s'avança, ses phéromones devenant plus intenses, presque oppressantes. — Élise, siffla-t-il. Tu as accepté ce contrat en toute connaissance de cause. Ne commence pas à faire la victime maintenant. — Je ne fais pas la victime ! Je réalise juste que... que tout ça est réel. Que je suis vraiment là. Que j'ai vraiment vendu une année de ma vie. Sa voix se brisa sur les derniers mots. Damien s'arrêta net, et son expression se radoucit imperceptiblement. — Tu n'as rien vendu, murmura-t-il. Tu as accepté un arrangement. Et je compte bien m'assurer que tu ne le regrettes pas. — Comment peux-tu en être si sûr ? Damien s'approcha jusqu'à ce qu'il soit assez près pour que leurs souffles se mêlent. Sa main se leva, hésita, puis vint doucement caresser la joue d'Élise. — Parce que je te veux heureuse. Une oméga malheureuse est un cauchemar à gérer, et j'ai assez de problèmes comme ça. C'était dit avec un ton léger, presque taquin, mais Élise perçut quelque chose de plus profond dessous. Quelque chose qui ressemblait presque à... de l'inquiétude ? — Tu es impossible, murmura-t- elle. — Je sais. C'est pour ça que je suis milliardaire. Malgré elle, Élise sentit un sourire tirer ses lèvres. Damien le remarqua, et son propre sourire s'élargit. — Là. C'est mieux. Maintenant, tes affaires vont être montées d'ici quelques minutes. Installe-toi. Prends une douche si tu veux – les produits dans la salle de bain sont tous pour toi. Nous dînerons à vingt heures. Le chef préparera ce que tu veux. — Le... chef ? — Oui. Il vient tous les soirs sauf si je spécifie autrement. Tu aimes la cuisine italienne ? Française ? Japonaise ? Élise cligna des yeux, complètement dépassée. — Je... euh... italienne ? — Parfait. Je vais appeler Marco. En attendant, fais comme chez toi. Comme chez moi. Dans un penthouse à plusieurs millions de dollars. Damien se dirigea vers la porte, puis s'arrêta. — Élise ? — Oui ? — Je sais que c'est étrange. Je sais que tu te sens dépassée. Mais ça va aller. Je te le promets. Et sur ces mots, il sortit, laissant Élise seule dans sa nouvelle chambre.Dans la Bentley qui les ramenait au penthouse, le silence régna pendant les premières minutes. Élise regardait défiler les lumières de la ville, encore sous le choc d'avoir survécu – non, d'avoir réussi – sa première soirée mondaine. — Tu as été parfaite, dit soudainement Damien. Élise se tourna vers lui, surprise. L'alpha la regardait avec une intensité qui lui coupa le souffle. — Parfaite, répéta Damien. J'avais espéré que tu t'en sortirais bien. Je n'avais pas anticipé que tu les charmerais complètement. Tanaka-san ne s'enthousiasme jamais autant. Tu as transformé une négociation d'affaires en moment de connexion culturelle. C'est... tu es incroyable. Le compliment fit rougir Élise. — J'ai juste... parlé de ce que j'aime. — Exactement. Tu as été authentique. Pas calculatrice, pas fausse. Juste toi. Et ça a tout changé. Damien se pencha, sa main venant capturer le menton d'Élise. — Tu réalises ce que tu viens de faire ? Tu viens de sécuriser un deal de 500 millions de dollar
Le restaurant Masa était une légende parmi les légendes. Situé au quatrième étage du Time Warner Center, avec vue panoramique sur Central Park et Columbus Circle, c'était l'un des restaurants les plus chers et exclusifs d'Amérique. Réservation obligatoire des mois à l'avance, menu omakase à 1 200 dollars par personne – sans le vin. La Bentley les déposa devant l'entrée VIP. Damien descendit le premier et tendit la main à Élise, un geste chevaleresque qui surprit cette dernière. Leurs doigts s'entrelacèrent, et immédiatement, les phéromones de Damien l'enveloppèrent comme un cocon protecteur. — Reste près de moi, murmura l'alpha. Souris. Et laisse-moi gérer la conversation. À l'intérieur, ils furent accueillis par le maître d'hôtel comme des dignitaires. Le restaurant était un havre de zen minimaliste : bois de hinoki blond, éclairage tamisé, et un comptoir en bois massif de 26 places où officiait le chef Masa Takayama en personne. Mais ils ne s'arrêtèrent pas au comptoir. On les g
Marcus Chen arriva à quatorze heures pile, impeccable dans un costume gris perle. Il avait l'efficacité d'un général planifiant une bataille. — Mademoiselle Monroe, le salua-t-il avec un sourire chaleureux qui contrastait avec son professionnalisme. Prête pour votre transformation ? — Je ne suis pas Cendrillon, répliqua Élise. — Non, vous êtes bien mieux. Cendrillon n'avait qu'un bal. Vous, vous avez toute une vie sociale à conquérir. Ils prirent la Bentley – Élise commençait à s'habituer au luxe de cette voiture – et se dirigèrent vers la Cinquième Avenue. Première étape : Bergdorf Goodman. Le magasin de luxe était un temple de l'élégance. Marcus la guida à travers les étages avec l'assurance d'un habitué. Des vendeurs se précipitèrent dès qu'ils les virent, ayant visiblement été prévenus de leur arrivée. — Monsieur Chen, quelle joie de vous revoir ! minaudait une vendeuse élégante nommée Patricia. Et vous devez être mademoiselle Monroe. Monsieur Blackwood nous a appelés ce ma
Le lendemain matin, Élise fut réveillée par la lumière dorée du soleil qui inondait sa chambre. Pendant quelques secondes de confusion, elle ne sut pas où elle était. Puis la réalité la frappa : le penthouse. Damien. Le contrat. Sa nouvelle vie. Elle se redressa dans le lit king-size, remarquant qu'un plateau avait été déposé sur la table basse près du canapé. Comment quelqu'un était-il entré sans qu'elle l'entende ? Pieds nus sur le marbre chauffant – le marbre chauffant, quelque chose qu'elle n'avait jamais imaginé exister – elle s'approcha du plateau. Croissants encore tièdes, fruits frais coupés en formes artistiques, yaourt grec au miel, jus d'orange fraîchement pressé, et un café dont l'arôme seul était plus luxueux que tout ce qu'elle avait bu dans sa vie. Une note manuscrite était posée à côté : "Rejoins-moi dans mon bureau quand tu seras prête. Prends ton temps. - D" L'écriture était précise, anguleuse, à l'image de l'homme lui-même. Élise mangea lentement, savourant c
La salle de bain était un rêve de marbre blanc et d'or. Une baignoire en forme d'œuf assez grande pour deux personnes trônait devant une fenêtre donnant sur la ville. La douche à l'italienne aurait pu accueillir une famille entière, avec des jets multiples et un pommeau de la taille d'une assiette.Élise se déshabilla lentement, regardant ses vêtements simples – jean H&M, t-shirt Gap – qui semblaient tellement déplacés dans cet environnement de luxe. Elle les plia soigneusement et entra dans la douche.L'eau chaude fut un baume sur ses nerfs tendus. Elle resta là longtemps, laissant la vapeur l'envelopper, essayant de rassembler ses pensées éparses.Qu'est-ce que je fais ?Mais elle connaissait la réponse. Elle survivait. Elle faisait ce qu'il fallait pour sa mère. Et peut-être – juste peut-être – elle découvrait aussi ce que c'était que de ne pas avoir à se battre seule, pour une fois.Lorsqu'elle sortit, enveloppée dans un peignoir en soie plus doux que n'importe quoi qu'elle ait ja
Le contrat fut signé trois jours plus tard dans le bureau d'avocats le plus prestigieux de Manhattan, Whitmore & Associates. Élise avait insisté pour avoir son propre avocat – payé par Damien, ironiquement – qui avait épluché chaque clause, chaque virgule, cherchant les pièges potentiels.Il n'y en avait pas. Ou du moins, pas de pièges légaux. Les pièges émotionnels, en revanche, étaient évidents pour quiconque savait lire entre les lignes.Maintenant, debout devant l'immeuble résidentiel le plus exclusif de l'Upper East Side – la Blackwood Residences, naturellement – Élise contemplait la nouvelle réalité de son existence. Trois valises contenant toute sa vie étaient posées à ses pieds. Luna l'avait accompagnée, refusant de la laisser affronter seule ce moment.— C'est pas trop tard pour changer d'avis, tu sais, murmura son amie en regardant le gratte-ciel qui semblait percer les nuages.Élise secoua la tête.— Si, Luna. C'est trop tard. J'ai signé.— Les contrats peuvent être rompus.







