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CHAPITRE 124 — LA DERNIÈRE BALLE

Author: Dledition
last update publish date: 2026-10-26 08:26:36

— Ève

Le Balafré lève son arme et je vois le canon qui cherche ma poitrine et je vois son doigt qui se crispe sur la détente et le temps se dilate, se déchire, se suspend, et je ne pense à rien, je ne réfléchis pas, mon corps agit avant ma tête, mon corps se souvient de tout ce que j'ai appris sans jamais vouloir l'apprendre, à Vancouver, dans les salles de gym, dans les cours de self-défense que mon père m'avait forcée à suivre, dans les nuits où je ne dormais pas et où je frap
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    — ÈveLa route côtière s'étire au bord de l'océan, un ruban de bitume entre les falaises et les vagues. Nous roulons depuis trois jours. Nous avons traversé le Québec, le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse. Nous avons dormi dans des motels, mangé dans des restaurants de bord de route, regardé le ciel changer de couleur. Léo a recommencé à parler. Pas beaucoup. Quelques mots. Quelques phrases. Mais il parle. Il pose des questions sur les vagues, sur les oiseaux, sur les bateaux. Et chaque fois qu'il parle, je sens quelque chose qui se dénoue dans ma poitrine.Nous nous arrêtons sur un point de vue, au sommet d'une falaise. L'océan est là, immense, gris-bleu, couvert de moutons blancs. Le vent souffle, fort, il nous fouette le visage, il emporte nos cheveux. Le soleil se lève à l'horizon, un soleil pâle, un soleil d'hiver, mais un soleil quand même.Léo descend de la voiture. Il avance vers le bord de la falaise, son train dans les mains. Il regarde

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    — ÈveLéo ne parle plus. Pas un mot. Pas un son. Il reste dans sa chambre, assis sur son lit, les genoux contre la poitrine, et il regarde la fenêtre. Il regarde la neige qui tombe, les branches qui craquent, le ciel qui passe du gris au noir. Il ne mange presque pas. Il ne dort presque pas. Il sursaute au moindre bruit, un volet qui claque, une voiture qui passe, une porte qui grince, et son corps se recroqueville, et ses yeux s'écarquillent, et il reste là, tremblant, pendant de longues minutes.Il ne va plus à l'école. Il refuse de voir ses amis. Il refuse de sortir de sa chambre, sauf pour aller aux toilettes, et encore, il faut que je l'accompagne, il faut que je reste devant la porte, il faut que je lui parle à travers le battant pour qu'il sache que je suis là. Il ne regarde plus son train. Son train, qu'il aimait tant, qui était sa passion, sa joie, son refuge, il ne le regarde plus. Il est posé sur l'étagère, couvert de poussière, et Léo ne le voit mê

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