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 L'Héritière Désabusée et le Faux Garde du Corps
L'Héritière Désabusée et le Faux Garde du Corps
Author: IslamDabord

Chapitre 1 : Le Robot Trop Bien Bâti

Author: IslamDabord
last update Last Updated: 2025-11-01 20:42:54

Le stylo Montblanc glissa bruyamment sur la pile de documents financiers, l’arrêtant net comme un point final exaspéré. Amélia "Amy" Sterling ne prit même pas la peine de jeter un œil aux trois zéros qu'elle venait d'apposer. Elle savait que chaque ligne de ces papiers hurlait son nom.

Dehors, le soleil de l'après-midi déclinant frappait le verre blindé de son Penthouse à Belgravia, Londres, transformant la Tamise lointaine en une traînée d'or fondu. Une prison dorée, parfaitement sécurisée, avec vue imprenable sur le parc. Elle n'en était que plus agacée.

— C’est un autre chien de garde que l'oncle Jonathan m'envoie, n'est-ce pas ? demanda Amy, le ton plat, sans regarder l'homme assis en face d'elle.

Jonathan Sterling, son oncle et président par intérim du conseil d'administration, était l’incarnation du luxe bien rodé : costume Savile Row, sourire de requin, et l'air de sentir le cash.

— Amy, ma chérie, commença Jonathan d'une voix mielleuse. Après la tentative d'enlèvement bâclée, et compte tenu de la révision de ton héritage imminente, le conseil a insisté. Ce n’est pas un simple « chien de garde ». C'est... le meilleur.

Amy leva enfin les yeux. « Le meilleur » était le mot magique que son oncle utilisait toujours pour masquer son contrôle. Elle s'attendait à un autre colosse taiseux, avec une cicatrice intimidante et une absence totale de personnalité.

La sonnette retentit. Jonathan se leva avec l’enthousiasme d’un vendeur de voitures d’occasion.

— Ah, le voici. Il s'appelle Damian Croft.

La porte s'ouvrit sur un homme qui faisait instantanément paraître les meubles du penthouse trop petits.

Damian Croft. Alias Elias Vance.

Il était, à première vue, une erreur statistique. S'il était un "robot de sécurité", alors il avait été dessiné par un artiste obsédé par la perfection. Il portait un costume noir taillé au couteau, trop cher et — Amy le remarqua immédiatement — un peu trop ajusté pour quelqu’un qui devait pouvoir bouger. Ses cheveux noirs, impeccablement coiffés, cachaient une mâchoire carrée et des yeux vert-gris qui balayaient la pièce en une seconde.

Il n'avait pas l'air intimidant. Il avait l'air... dangereux, d’une beauté qui promettait des ennuis.

— Mademoiselle Sterling, dit Elias. Sa voix était grave, polie, professionnelle. Glaciale. Un accent légèrement britannique, très raffiné.

Il ne lui sourit pas. Il la regarda avec l’efficacité d’un scanner.

— Damian, s'il te plaît, prends place, insista Jonathan, savourant visiblement l’effet.

Elias resta debout, un monolithe de professionnalisme.

— Mon rôle, commença Elias, récitant sa fiche comme un mauvais acteur, est d'assurer votre sécurité 24h/24, de garantir la confidentialité de vos déplacements et de vos communications. Je suis un bouclier, Mademoiselle Sterling. Et vous êtes mon unique priorité.

Amy posa son menton sur son poing, un rictus cynique étirant ses lèvres.

— De m'ennuyer à mort, je connais la suite. Asseyez-vous, Damian. Ou est-ce que les robots de luxe n'ont pas besoin de chaises ?

Elias ne cilla pas. Il s'assit, mais avec une rigidité militaire. Il était évident qu'il préférait rester debout.

— Je vois que vous avez déjà eu des expériences avec le personnel de sécurité, déclara-t-il, reconnaissant à peine l'insulte.

— Oh oui. Des tas. Le dernier passait ses journées à faire des pompes dans le salon et à me regarder manger mes céréales. Je les appelle mes accessoires ennuyeux. Mon oncle pense que si j'ai un garde du corps assez grand, je n'aurai pas le temps de gérer l'entreprise correctement. N'est-ce pas, Jonathan ?

Jonathan s'éclaircit bruyamment la gorge.

— Allons, Amy, ne sois pas impolie. Damian est très qualifié.

— Bien sûr qu’il l’est, soupira-t-elle. Il est d’une beauté dangereuse et d’un professionnalisme glacial. J’admets que vous avez amélioré le design, oncle. Mais les accessoires sont là pour être testés.

Elle se redressa et pointa du doigt une bouteille de vin somptueusement étiquetée, placée sur un présentoir en marbre.

— Vous voyez cette bouteille ? C'est un Château Margaux 1982. Il vaut le prix d'un petit appartement. Versez-m'en un verre, Damian. Et utilisez un verre approprié.

Elias se leva immédiatement. Il se dirigea vers la bouteille, son visage dénué d'expression. Amy le suivit du regard, sachant que ce simple test allait révéler son imposture. Un vrai garde du corps ne ferait pas ça. Un vrai professionnel du luxe saurait comment le faire.

Elias prit la bouteille. Il attrapa un verre au hasard dans le bar adjacent, un verre à eau large et épais. Il ouvrit la bouteille avec un mouvement trop brusque, presque nerveux, et versa le vin dans le verre à eau, le remplissant aux trois quarts.

Un silence s'installa, plus lourd que le silence qu'aurait provoqué un coup de feu.

Amy sentit un sourire, un vrai sourire, monter sur ses lèvres pour la première fois de la journée. Un sourire froid et cruel.

— Félicitations, Damian.

Elias s'arrêta, tenant le verre. Il avait l'air perplexe.

— J’ai réussi à l’ouvrir.

— Vous avez réussi à insulter une bouteille qui coûte plus cher que la plupart des voitures ici. Vous tenez un Grand Cru comme une canette de bière, vous utilisez un verre à eau pour un millésime de 1982, et vous l'avez rempli comme si j'étais sur le point de m'évanouir.

Elle se pencha en avant.

— Vous êtes peut-être un bouclier, Damian, mais vous êtes un très, très mauvais sommelier. Et vous n'êtes clairement pas habitué à ces choses.

Elias se raidit. Il savait qu'il avait raté son coup. La gaffe était stupide, mais révélatrice. Il avait passé la semaine à étudier les techniques de combat et les protocoles de sécurité, pas les règles de l'étiquette.

Le masque professionnel se fendilla. Dans son regard vert-gris, une étincelle passa : une gêne humiliée, rapidement remplacée par de l'agacement. Il la fixa d’une intensité qui lui coupa presque le souffle. Une tension physique, inattendue, monta entre eux.

— Je ne suis pas payé pour déguster le vin, Mademoiselle Sterling, répondit-il, sa voix redevenant un roc. Je suis payé pour m'assurer que personne ne glisse du poison dedans.

Il posa le verre, sans le boire.

— Je m'assurerai de n'avoir à le goûter que si cela est absolument nécessaire.

Il ne s'était pas excusé. Il avait transformé sa gaffe en une menace subtile.

Amy le regarda. Ce n’était pas le robot qu’elle attendait. Il était un imposteur, oui, mais il était piqué au vif et dangereux.

— Très bien, Damian. Vous avez le poste, dit-elle, se laissant aller dans son fauteuil. Et j'ai ma première mission pour vous.

Jonathan afficha un air de soulagement.

— Je dois assister à la vente de charité de Lady Ashworth ce soir.

— Je serai votre escorte, dit Elias, immédiatement.

— Non. Vous serez mon majordome personnel. Je déteste porter des sacs à main. Vous les porterez. Et je veux que vous me trouviez une pâtisserie spécifique : une Tarte Bourdaloue. Vous avez deux heures.

Elle pointa son doigt vers la porte.

— Maintenant, sortez d’ici, Damian. Trouvez mon gâteau, et ensuite, vous pourrez commencer à me protéger. Le vrai travail commencera demain.

Elias Vance, le détective privé au bord de la faillite, l’homme secrètement engagé pour espionner et trahir cette femme, se leva. Ses yeux lui disaient qu'il avait envie de la prendre et de la secouer. Au lieu de cela, il se contenta d’une réponse glaciale :

— À vos ordres, Mademoiselle Sterling.

Il fit volte-face et quitta le penthouse.

Amy le regarda s’éloigner, son sourire s'évanouissant. Elle venait de rencontrer son nouveau garde du corps. Il était un mensonge en costume, un imposteur magnifique. Et elle sentait, au plus profond de son cynisme, que cette cohabitation allait être tout sauf ennuyeuse.

Prochaine Étape.

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