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CHAPITRE 6 : LA PREMIÈRE INSOLENCE

مؤلف: Déesse
last update تاريخ النشر: 2026-08-17 02:56:55

Scarlett

Il est huit heures cinquante-huit quand Adam entre dans mon bureau sans frapper, un dossier à la main, le visage plus fermé que jamais.

— Annulez tous mes rendez-vous de la journée, dit-il.

Je lève les yeux de mon ordinateur. Je le regarde. Il me regarde.

— Tous ? dis-je.

— Tous.

— Il y a douze rendez-vous. Dont un déjeuner avec des investisseurs et une conférence téléphonique avec Tokyo.

— Annulez tout.

Je me penche en arrière dans ma chaise. Je croise les bras. Je le fixe.

— Vous avez peur des gens, ou c'est juste moi qui ai cet effet ? dis-je.

Le silence tombe. Un silence énorme, écrasant, qui remplit tout l'étage. Je vois la réceptionniste lever les yeux, les employés de l'open space se figer, l'air devenir irrespirable.

Adam me regarde. Ses yeux gris sont des lames. Des lames de glace. Des lames de colère.

— Pardon ? dit-il d'une voix dangereusement calme.

— Je demande si vous avez peur des gens, dis-je en articulant chaque syllabe. Ou si c'est juste moi qui ai cet effet sur vous.

Il ne répond pas. Il me fixe. Je soutiens son regard. Je ne cille pas. Je ne détourne pas les yeux.

— Annulez mes rendez-vous, répète-t-il.

— Pourquoi ?

— Parce que je vous le demande.

— Ce n'est pas une raison.

— C'est la seule raison dont vous avez besoin.

Je me lève. Je m'approche de lui. Je m'arrête à quelques centimètres. Je lève les yeux vers lui.

— Monsieur Stern, dis-je doucement. Vous êtes le patron. Vous pouvez tout annuler. Vous pouvez tout contrôler. Mais vous ne pouvez pas m'empêcher de demander pourquoi.

Il me regarde. Ses yeux gris plongent dans les miens. Je sens son parfum. Un mélange de bois de santal et de quelque chose de plus sombre, de plus secret.

— Vous êtes en train de me défier, dit-il.

— Oui.

— C'est une erreur.

— Probablement.

— Je peux vous renvoyer.

— Vous pouvez.

— Mais vous savez que je ne le ferai pas.

— Je sais.

Un silence. Un long silence. Un silence qui dit tout ce que les mots ne peuvent pas dire.

— J'ai une réunion imprévue, dit-il enfin. Une affaire personnelle. Je ne peux pas vous en dire plus.

Je le regarde. Son visage est fermé, mais je vois quelque chose dans ses yeux. Une lueur. Une fissure. Une faille.

— Très bien, dis-je. Je vais annuler vos rendez-vous.

— Merci.

— Mais je veux savoir pourquoi.

— Non.

— Un jour, vous me le direz.

— Non.

— On verra.

Je m'assois à mon bureau. Je prends le téléphone. Je commence à annuler les rendez-vous, un par un. Les investisseurs. Les clients. Les associés. Tous.

Adam me regarde faire. Il reste debout dans l'embrasure de la porte, immobile, silencieux.

— Vous êtes vraiment insupportable, dit-il.

— Merci.

— Ce n'était pas un compliment.

— Je sais. Mais je le prends quand même.

Il secoue la tête. Puis, contre toute attente, il s'assoit sur la chaise face à mon bureau. Il pose son dossier sur ses genoux. Il me regarde.

— Vous ne demandez jamais pardon, dit-il.

— Pardon pour quoi ?

— Pour votre insolence.

— Parce que je ne regrette pas.

— C'est ça, le problème.

— Ou la solution.

Il ne répond pas. Il me fixe. Je continue d'annuler les rendez-vous. Le silence s'installe entre nous, confortable malgré tout.

— Pourquoi vous m'avez engagée ? dis-je soudain.

— Je vous l'ai déjà dit.

— Vous avez dit que derrière le robot, il y a un être humain. Mais ce n'est pas une vraie réponse.

— C'est la seule réponse que vous aurez.

— Pourquoi ?

— Parce que je ne me confie pas à mes employés.

— Je ne suis pas une employée comme les autres.

— Non. Vous êtes pire.

Je souris. Il ne sourit pas. Mais je vois son regard s'adoucir. Presque imperceptiblement.

— Vous voulez un café ? dis-je.

— Non.

— Moi, j'en veux un.

— Vous en avez déjà bu trois aujourd'hui.

— Je sais. Mais c'est plus fort que moi.

— Vous êtes accro.

— Complètement.

Il me regarde. Longtemps. Puis il se lève.

— Je reviens dans une heure, dit-il.

— Où allez-vous ?

— C'est personnel.

— Toujours aussi mystérieux.

— Toujours.

Il sort. La porte se referme. Je reste seule dans mon bureau, entourée de Bertha, de ma lampe violette, de mes talons de douze centimètres.

Et je souris.

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