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Chapitre 7 — L’écho dans la rue

Author: Eternel
last update Huling Na-update: 2025-07-31 21:59:28

Clara

Je quitte le bâtiment en silence, mes doigts encore crispés autour de mon sac.

Le bruit de la porte refermée derrière moi résonne un peu trop fort à mes oreilles.

Dehors, tout paraît exagéré : la lumière crue du matin, les voix qui fusent dans la cour, le grincement d’un vélo contre le trottoir.

Le monde, lui, continue.

Moi, j’essaie juste de ne pas vaciller.

L’entretien vient de se terminer.

Je ne me rappelle pas vraiment ce que j’ai dit. J’étais là, mais pas entièrement. Les mots sont sortis, polis, corrects. Les bons gestes aussi. Le sourire professionnel. L’enthousiasme maîtrisé.

Mais dedans, je tremblais.

Pas à cause de l’entretien. Pas vraiment.

Mais parce que tout mon corps me hurle une autre vérité. Une vérité que je tais.

Quelque chose qui pousse. Qui change tout.

Et que je n’ai dit à personne.

Je descends les marches du perron quand je la vois.

Élodie.

Adossée au muret, portable à la main, lunettes de soleil relevées sur la tête. Elle relève les yeux et son visage s’illumine à ma vue, mais très vite, son sourire se fane.

— Eh bah dis donc… Tu n'as pas la tête des grands jours. C’était si horrible que ça, ton entretien ?

Je tente un rire. Il sort un peu trop sec.

— Non, ça va. Juste un peu de pression, tu sais comment je suis. J’ai pas trop dormi.

Elle s’approche. M’observe de plus près. Je détourne le regard. Trop peur qu’elle voie ce que je n’arrive plus à contenir.

— Tu trembles un peu, non ? Et tu as les joues toutes pâles… C’est le stress ?

Je hoche la tête, brièvement.

— Oui. Le stress, sûrement.

Elle pose une main légère sur mon bras, comme une sœur qui sent quelque chose mais ne force pas encore la porte.

— Tu veux qu’on aille boire un truc ? Décompresser ? J’ai une heure devant moi. Et tu m’en dois une, tu te souviens ?

Je souris, cette fois un peu plus sincèrement.

Son insistance est douce. Bienveillante. Mais elle ne sait pas. Elle ne doit pas savoir. Pas encore.

Alors je me raccroche à l’instant.

— D’accord. Mais un thé. Rien de plus. Je suis déjà en train de faire des nœuds avec mon estomac.

Elle rit doucement, me libérant du regard trop intense qu’elle posait sur moi l’instant d’avant.

— Toi, toujours dramatique. Allez viens. Tu me racontes tout, ou au moins ce que t’as envie.

Je hoche la tête.

Ce que j’ai envie…

C’est de vider ce trop-plein qui m’écrase.

Mais je ne peux pas.

Alors je la suis.

Et chaque pas avec elle me maintient encore un peu debout.

Je joue le jeu. Je mens à demi. Je respire comme je peux.

Et mon secret, lui, continue de grandir, là, tout contre ma peau.

Lorsque la clochette tinte au-dessus de la porte, un souffle tiède et rassurant m’enveloppe : un mélange de café fraîchement moulu, de bois ciré et de viennoiseries encore chaudes.

Ce lieu, Élodie et moi l’avons investi au fil des années refuge discret, presque familier, où le silence a parfois plus de valeur que les confidences.

Nous gagnons, sans même nous consulter, notre table habituelle au fond de la salle, celle que la lumière naturelle épargne un peu, où les regards des autres ne viennent jamais trop peser.

Élodie s’installe en face de moi, retire sa veste avec nonchalance, puis me fixe avec une attention silencieuse. Elle ne parle pas d’emblée. Elle m’offre le luxe du temps.

— Tu n’as rien avalé ce matin, n’est-ce pas ? dit-elle enfin, en désignant le sachet de sucre que je triture machinalement.

Je secoue la tête.

— Je n'ai pas eu le courage ni l’appétit.

Elle fronce à peine les sourcils, mais ne formule aucun reproche. Elle se contente de m’observer, comme si elle cherchait, derrière mes gestes feutrés, les contours d’un désordre plus profond.

— Et cet entretien, alors ? Tu veux m’en dire un mot ?

Je hausse les épaules, l’air de banaliser.

— Assez classique des questions sur mes compétences, sur mes motivations, sur ce que j’espère du poste. J’ai répondu, mécaniquement.

— Tu penses que ça s’est bien passé ?

— Sans doute. Mais je n’y étais pas vraiment. Je crois que j’ai récité une version de moi-même. Rien de plus.

Elle fronce davantage les sourcils, son regard se resserre.

— Tu avais l’air absente, même quand tu es sortie du bâtiment. Tu fais semblant, Clara, mais je te connais trop bien. Il y a quelque chose. Ce n’est pas simplement le trac.

Je détourne les yeux.

Une tension sourde monte de mon ventre à ma gorge, comme un souffle d’orage. C’est un trop-plein silencieux, une urgence qui ne trouve pas ses mots.

Mais je ne suis pas prête. Pas encore.

— Il y a des jours, dis-je simplement, où tout semble peser un peu plus lourd.

Elle incline légèrement la tête.

— Et ce "tout", il porte un nom ?

Un sourire se dessine sur mes lèvres, mais il ne s’y attarde pas.

— Tu t’improvises psychologue, maintenant ?

— Non. Juste une amie inquiète. Une amie qui lit dans ton silence comme dans un livre trop souvent relu.

Elle s’interrompt, puis reprend d’une voix plus douce :

— Est-ce que c’est grave ?

Grave.

Le mot résonne comme un écho intérieur.

Pas dans le sens qu’elle imagine. Ce n’est pas un drame visible. Mais oui, c’est grave. Inéluctable. Profond.

Je saisis ma tasse, y trempe les lèvres. Le thé est tiède. Trop infusé. L’amertume me serre la gorge.

— C’est… complexe.

— Tu veux en parler ?

Je secoue la tête. Puis je l’incline.

Oui , non , je ne sais plus.

Ce que je ressens dépasse mes propres réponses.

— J’ai peur de ce que tu pourrais penser, dis-je dans un souffle.

Elle dépose sa tasse, croise les bras, et me regarde avec une clarté désarmante.

— Clara, tu pourrais m’avouer n’importe quelle folie. Je serais peut-être surprise, peut-être même secouée, mais je resterais là toujours.

Je relève lentement les yeux.

Je sens que le moment est venu. Non pas parce que je l’ai choisi, mais parce qu’il ne peut plus être repoussé.

— Je suis enceinte, Élo.

Les mots tombent sans fioriture, sans mise en scène.

Et dans l’instant qui suit, le silence s’épaissit. Il ne juge pas. Il enveloppe.

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