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Chapitre 7

last update publish date: 2026-06-03 21:39:27

Chapitre 7

Selene

Je ne sais pas combien de temps je reste prostrée sur les pavés, le goût du sang dans la bouche, les oreilles bourdonnantes, le cœur en charpie, mais quand je relève enfin la tête, la place est presque vide, seuls quelques traînards s'attardent pour me jeter des regards mauvais avant de s'éloigner à leur tour.

Je me relève, les genoux écorchés qui saignent à travers le tissu déchiré de ma robe, la joue en feu là où la gifle d'un garde a laissé une empreinte brûlante qui pulse au rythme de mon cœur, et je titube jusqu'à l'estrade du conseil, cette estrade où Darian trône encore, entouré de ses anciens, de ses gardes, de ses faux témoins qui détournent le regard à mon approche.

— Darian de Silverpine, regarde-moi.

Ma voix est rauque, brisée par les cris et les larmes, mais elle porte, elle porte dans le silence hostile de cette place où j'ai grandi, où j'ai aimé, où j'ai cru que la justice existait.

Il ne bouge pas, les yeux fixés sur un point au-dessus de mon épaule, et ce refus de me regarder est pire que toutes les insultes, pire que la gifle, pire que les crachats, parce qu'il me nie, il nie mon existence, il nie notre histoire, il nie la promesse qu'il m'a faite sous la Lune de Sang.

— Regarde-moi, espèce de lâche, regarde la femme que tu as trahie et ose lui dire en face que son père est un traître.

— La sentence a été prononcée, répond-il d'une voix neutre, impersonnelle, la voix d'un juge qui récite un verdict écrit par d'autres, et il n'y a rien à ajouter.

— Rien à ajouter ? hurlé-je en montant les premières marches de l'estrade, et les gardes s'interposent, leurs piques croisées devant ma poitrine, le métal froid qui frôle ma peau, mais je ne recule pas, rien à ajouter quand on condamne un innocent sur la foi d'une lettre fabriquée, d'un sceau volé, de témoins achetés ?

— Mesure tes paroles, Selene, intervient Merek en posant la main sur le manche de sa dague, son sourire carnassier qui s'efface pour laisser place à une lueur dangereuse dans ses yeux porcins, tu es déjà bien chanceuse de ne pas partager le sort de tes parents.

— La chance n'a rien à voir là-dedans, Merek, craché-je en le défiant du regard, et tu le sais aussi bien que moi, vous savez tous que mon père est innocent, vous savez tous que cette accusation est un mensonge.

— Innocent ? dit Darian en se levant lentement, et sa voix est glaciale, coupante comme une lame de janvier, tu veux des preuves de sa culpabilité, Selene ? Tu veux les voir de tes propres yeux ?

Il saisit un parchemin jauni sur la table des anciens, le brandit devant moi, le déroule sous mes yeux, et je vois le sceau des Lycans Noirs, une tête de loup aux yeux de braise, et la signature qui imite celle de mon père, et les mots qui dansent devant mes yeux, des mots de trahison, des mots qui proposent une alliance, des mots qui offrent nos défenses en échange d'un titre.

— Voici la lettre que ton père a envoyée au Roi Noir, voici la preuve de sa trahison.

— C'est un faux, murmuré-je, les larmes qui montent, c'est un faux et tu le sais, Darian, ce n'est pas l'écriture de mon père.

— Et voici les témoins, reprend-il sans même m'accorder un regard, trois hommes qui s'avancent, des trappeurs que je connais, des hommes qui buvaient à la taverne avec mon père, qui riaient avec lui, et qui aujourd'hui l'accusent sans trembler, le visage fermé, les yeux fuyants.

— Jurez-vous avoir vu Aldric Ardent franchir la passe des montagnes au cœur de la nuit ? demande Darian d'une voix forte.

— Nous le jurons, répondent-ils en chœur, leurs voix plates, récitées, des voix qui ne tremblent pas parce qu'elles ont été achetées.

— Ils mentent, Darian, ils mentent parce que tu les as payés, parce que tu leur as promis des terres ou de l'argent, parce que tu veux enterrer la vérité.

— La vérité, dit-il en s'approchant de moi, si près que je sens son souffle sur mon visage, la vérité, Selene, c'est que les preuves sont accablantes, que les témoins ont parlé, et que ta parole, la parole d'une femme humiliée, ne vaut rien contre celle d'un chef de clan.

— La vérité, c'est que tu es un menteur et un traître, murmuré-je, et que tu le sais.

Il recule, lève la main, et sa voix s'élève de nouveau, solennelle, impitoyable, la voix d'un faux juge qui prononce une fausse sentence.

— Pour trahison envers le clan Silverpine, la famille Ardent est chassée de nos terres à jamais.

Les gardes m'empoignent, me traînent hors de la place sans ménagement, mes pieds nus qui raclent les pavés, mes bras tordus derrière mon dos, et la foule qui s'est reformée autour de moi, une foule de visages que je connais, des visages qui riaient avec moi aux fêtes de la moisson, qui dansaient à mon mariage avorté, et qui aujourd'hui me jettent des pierres.

La première me frappe à l'épaule, un galet tranchant qui déchire le tissu et la chair, une douleur fulgurante qui irradie dans mon bras.

La deuxième atteint mon front, et le sang coule, chaud, poisseux, m'aveuglant à moitié tandis que je titube sous les huées.

— Traîtresse, hurle une femme que je reconnais, la boulangère qui me donnait des friandises quand j'étais petite, et sa voix est chargée d'une haine que je ne lui ai jamais connue.

— Retourne chez les Lycans, renchérit un homme en lançant une motte de terre qui s'écrase sur ma joue.

— Que la Déesse Maudisse ta lignée, crache une vieille, son visage ridé tordu par une rage fanatique.

Une autre pierre m'atteint au dos, une autre encore à la jambe, et je vacille, je manque de tomber, mais je ne tombe pas, je reste debout, les dents serrées, le sang qui coule dans mes yeux, et j'avance, un pas après l'autre, sous la grêle de pierres et de crachats, sous les insultes et les malédictions.

Les portes du village sont là, grandes ouvertes sur la lande grise, et je les franchis sans me retourner, le dos droit malgré les blessures, la tête haute malgré le sang, et derrière moi, la haine continue de pleuvoir, mais je ne l'entends plus, je n'entends plus que le battement de mon cœur et la promesse que je me fais à moi-même.

Je survivrai, et un jour, je reviendrai.

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