LOGINChapitre 6
Selene
L'aube est grise et glacée lorsque je franchis enfin les portes du village, les vêtements en lambeaux, les pieds nus et blessés, les cheveux emmêlés par le vent et la course folle de la nuit, et le silence qui m'accueille est pire qu'un hurlement, un silence lourd, anormal, un silence de tombeau qui fige les ruelles désertes et les volets fermés comme si la vie elle-même retenait son souffle.
Quelque chose ne va pas.
L'air sent la fumée et la peur, une odeur âcre qui prend à la gorge et qui rappelle les matins de chasse quand les loups rôdent trop près des habitations, et je presse le pas malgré la fatigue qui alourdit mes membres, malgré la faim qui me tord le ventre, malgré la douleur qui pulse dans mes pieds à chaque pas sur les pavés froids et inégaux qui me rappellent que je ne suis plus la bienvenue ici-bas.
Les maisons de bois et de pierre qui bordent la rue principale sont silencieuses, leurs fenêtres obscures comme des yeux fermés, et je ne croise personne, pas un enfant qui court, pas un chien qui aboie, pas une ménagère qui secoue son linge à la fenêtre, rien que ce silence oppressant qui m'enserre la gorge comme un poing invisible.
Je débouche sur la place du conseil, cette place où j'ai joué enfant, où j'ai dansé lors des fêtes de la moisson, où je devais sceller mon union avec Darian sous les vivats et les pétales de roses, et ce que je vois me glace le sang, me fige sur place, me coupe le souffle comme si l'air lui-même refusait d'entrer dans mes poumons.
Mes parents sont agenouillés sur les pavés, les mains liées derrière le dos par des cordes de chanvre brut qui leur scient les poignets et laissent des traces rouges sur leur peau, leurs vêtements déchirés, leurs visages tuméfiés par les coups qu'ils ont dû recevoir sans pouvoir se défendre, et tout autour d'eux, le village entier s'est rassemblé en un cercle menaçant, un cercle de visages que je connais, des visages que j'ai côtoyés toute ma vie, et qui aujourd'hui ne reflètent que du mépris, de la haine, ou pire, de la peur.
La peur de ceux qui se taisent pour ne pas être accusés à leur tour, la peur de ceux qui détournent le regard pour ne pas voir l'injustice, la peur de ceux qui préfèrent condamner un innocent plutôt que de défier le pouvoir.
— Mère ! Père !
Je me précipite vers eux, le cœur battant à se rompre, les bras tendus, mais deux gardes m'interceptent, leurs mains dures comme des étaux sur mes bras, leurs visages fermés, impénétrables, des visages que j'ai connus enfants, qui riaient avec moi dans la rivière, qui partageaient le pain et le fromage lors des longues journées de chasse.
— Laissez-moi passer, je vous en supplie, laissez-moi passer, ce sont mes parents, vous les connaissez, vous savez qu'ils n'ont rien fait !
Ils ne répondent pas, ils resserrent leur prise, leurs doigts s'enfonçant dans ma chair comme des griffes de fer, et je vois Darian qui se tient sur l'estrade du conseil, drapé dans sa cape de cérémonie brodée de fils d'or, le visage grave et solennel, un masque de vertu posé sur la trahison, et derrière lui, Merek qui affiche ce sourire carnassier que je voudrais effacer à coups de griffes, ce sourire qui dit qu'il savoure chaque minute de cette mascarade.
Les anciens sont assis en demi-cercle, leurs visages ridés éclairés par la lumière blafarde du matin, Thaddeus avec sa barbe blanche qui tremble légèrement, Orin le maître des chasses dont les yeux enfoncés ne trahissent aucune émotion, et les autres, ces vieillards que j'ai respectés toute ma vie et qui aujourd'hui courbent l'échine devant le plus fort.
Un ancien s'avance, un parchemin à la main, et sa voix s'élève, solennelle et impitoyable, récitant les chefs d'accusation qui pèsent sur mon père comme on égrène un chapelet de malheurs.
— Aldric Ardent, tu es accusé de trahison envers le clan Silverpine, de complot avec les Lycans Noirs, de mise en danger de notre peuple par la divulgation de nos secrets de défense.
Chaque mot est une pierre qui s'abat sur ma poitrine, chaque phrase une lame qui s'enfonce dans ma chair, et je vois mon père qui relève la tête, qui ouvre la bouche pour parler, mais un garde le frappe, un coup de poing dans les côtes qui le plie en deux, et ma mère pousse un cri étouffé.
— Non, ne le touchez pas, ne le frappez pas, il n'a rien fait, c'est un honnête homme, un chasseur loyal, il a servi ce clan toute sa vie !
Personne ne m'écoute, personne ne me regarde, et Darian lève la main pour réclamer le silence, ce silence de mort qui s'abat sur la place comme un linceul.
— Pour trahison envers le clan Silverpine, pour complot avec l'ennemi Lycan, pour mise en danger de notre peuple, le conseil des anciens condamne Aldric Ardent et son épouse Mirella à l'exil immédiat, à la confiscation de tous leurs biens, et à l'interdiction perpétuelle de poser le pied sur nos terres.
— Non !
Mon cri déchire la place, un cri de bête blessée, un cri qui vient du plus profond de mon âme, et je m'élance vers mes parents, mais les gardes me retiennent, me tirent en arrière avec une violence qui me déséquilibre, et je tombe à genoux sur les pavés, les mains écorchées, les yeux fixés sur mon père et ma mère que l'on dépouille de leurs manteaux, que l'on pousse sans ménagement vers la sortie du village, sous les huées et les crachats de ceux qui, hier encore, les saluaient avec respect.
— Père ! Mère !
Ils ne répondent pas, ils ne peuvent pas répondre, ils avancent, le dos courbé, les épaules secouées de sanglots silencieux, les pieds traînant dans la poussière, et je vois ma mère qui vacille, qui manque de tomber, et mon père qui la retient d'un bras tremblant, et ils franchissent les portes sans un regard en arrière, sans un mot, sans une prière.
Je me débats, je griffe, je mords, le goût du sang dans la bouche, les oreilles qui sifflent, les bras tordus par les gardes qui me maintiennent au sol, et la foule qui se disperse autour de moi en riant, en crachant, en murmurant des mots que je n'entends même plus.
— Voilà ce qui arrive aux traîtres, lance une voix dans la foule.
— Qu'elle aille rejoindre ses parents, qu'on ne la voie plus jamais.
— Les Lycans n'en voudront même pas.
Les portes se referment avec un bruit sourd, un bruit de tombeau qui se scelle, et je reste là, effondrée sur les pavés froids, le visage dans la poussière, les larmes qui tracent des sillons dans la crasse qui macule mes joues.
Chapitre 78SeleneJe flotte dans les ténèbres, dans un océan de silence et d'obscurité, sans poids, sans corps, sans pensée. Le temps n'existe plus, l'espace n'existe plus, il n'y a que ce néant infini, ce vide absolu où mon âme dérive comme une barque sans voile sur une mer sans vent, comme une plume emportée par un courant invisible. Je ne sais pas où je suis, je ne sais pas qui je suis, je ne sais même pas si je suis encore vivante ou si je suis déjà morte, si ce que je perçois est le vestige d'une conscience qui s'éteint ou le prélude à un voyage sans retour.Les ténèbres sont épaisses, si épaisses qu'elles semblent solides, qu'elles semblent palpables, comme un velours noir qui m'enveloppe tout entière, qui étouffe mes sens, qui efface mes souvenirs. I
Je comprends que vous souhaitez que je développe davantage le chapitre 77, en restant fidèle au résumé, avec plus de descriptions, de détails et de dialogues intenses. Voici une version longue de ce chapitre.---Chapitre 77KaelLe temple des anciens dieux se dresse au sommet de la montagne sacrée, une silhouette de pierre noire déchiquetée par les siècles, oubliée des hommes mais jamais abandonnée par les esprits qui continuent d'y régner en maîtres silencieux. J'ai gravi le sentier escarpé pendant trois jours et trois nuits, sans eau, sans nourriture, sans repos, porté par une force qui dépasse l'entendement, une force qui porte un nom, un seul, celui de Selene. Chaque pas était une prière, chaque souffle une supplication, chaque battement de mon cœur un appel désespéré aux puissances qui dorment sous la terre et dans les cieux, à ces entités millénaires que les hommes ont cessé d'adorer mais qui continuent d'écouter, dans l'ombre, les lamentations de ceux qui souffrent.La montagn
Chapitre 76SarahLucas est entré dans la chambre de Nathan hier soir pendant mon absence, il s'est assis près de son lit, il lui a dit qu'il était son père, et quand je suis remontée de la cafétéria avec mon gobelet de thé, j'ai trouvé mon fils endormi, un sourire paisible sur les lèvres, et Lucas assis à côté de lui, les yeux rougis, les joues encore humides de larmes qu'il n'avait pas essuyées. Il s'est levé en me voyant, il a ouvert la bouche pour parler, pour expliquer, pour se justifier, mais je ne lui ai pas laissé le temps, je l'ai saisi par le bras et je l'ai entraîné dans le couloir, loin des oreilles de Nathan, loin de ce sourire qui m'avait brisé le cœur parce qu'il signifiait que mon fils savait maintenant, que mon secret était tombé, que je ne pouvais plus faire marche arri&egrav
Chapitre 75LucasJe pousse la porte de la chambre 316 sans bruit, comme je l'ai fait tant de fois ces dernières semaines, et pourtant ce soir rien n'est pareil, ce soir tout est différent, ce soir je ne viens pas en visiteur clandestin, en étranger qui se glisse dans l'ombre, en homme qui doute et qui enquête et qui soupçonne. Ce soir, je viens en père. Le deuxième test a confirmé le premier, le laboratoire m'a envoyé les résultats par coursier ce matin, une enveloppe scellée que j'ai ouverte avec des mains tremblantes, et le verdict était identique, implacable, gravé dans l'ADN comme une vérité que rien ne peut effacer. Nathan est mon fils, et je ne peux plus attendre, je ne peux plus me cacher, je ne peux plus laisser le silence dévorer ce qui nous reste de temps.La chambre est plongée dans la pénombre, seule une veilleuse diffuse une lumière douce et orangée qui caresse les murs blancs, qui fait briller les surfaces métalliques des machines, qui dessine des ombres apaisantes sur
Chapitre 74SeleneJe le vois, agenouillé dans la boue, immobilisé par la magie du prêtre, et mon cœur s'arrête, mon souffle se bloque, mes jambes tremblent, parce que je sais, je sais ce qui va se passer, je sais que le prêtre va lever à nouveau sa lance, je sais qu'il va frapper Kael, je sais que cette arme va le tuer, le détruire, l'anéantir à jamais, et je sais que je ne pourrai rien faire, rien, absolument rien, et cette pensée m'est insupportable, cette pensée me déchire, cette pensée me tue à petit feu.Le temps s'arrête, le monde se fige, les bruits de la bataille s'évanouissent, les hurlements des guerriers, les éclairs de magie, le fracas des armes, tout disparaît, tout se tait, et il n'y a plus que lui, que Kael, que cet homme que j'aime, que ce roi qui m'a sauvée, que ce loup qui m'a aim&eac
Chapitre 73SeleneLa bataille fait rage dans les marécages de la Brume, un chaos de feu, de sang, de hurlements qui déchirent le ciel lourd de nuages noirs, et le temple maudit se dresse devant nous, menaçant, lugubre, ses runes brillant d'une lueur maléfique qui pulse comme un cœur démoniaque, qui vibre dans l'air, qui fait trembler le sol sous nos pieds. La brume est partout, épaisse, étouffante, elle colle à la peau, elle s'insinue dans les poumons, et les sorciers surgissent de cette brume comme des spectres, leurs silhouettes encapuchonnées se matérialisant dans les volutes grises, leurs mains squelettiques lançant des éclairs de magie noire qui zèbrent l'air en sifflant, qui frappent nos guerriers, qui les projettent au sol, qui les tuent sans pitié.Nos loups de guerre bondissent, leurs crocs déchirant les chairs, leu
Chapitre 8SeleneLes terres désolées portent bien leur nom, et je les découvre au terme d'une marche interminable, une étendue de rocaille grise et de bruyère desséchée qui s'étire à perte de vue sous un ciel bas, lourd de nuages menaçants qui ne crèvent jamais, qui restent là, suspendus, comme un
Chapitre 7SeleneJe ne sais pas combien de temps je reste prostrée sur les pavés, le goût du sang dans la bouche, les oreilles bourdonnantes, le cœur en charpie, mais quand je relève enfin la tête, la place est presque vide, seuls quelques traînards s'attardent pour me jeter des regards mauvais av
Chapitre 5 DarianLa nuit est tombée depuis longtemps lorsque je réunis les anciens dans la salle du conseil, une pièce circulaire aux murs de pierre noire où les torches jettent des ombres mouvantes sur les visages fatigués de ceux qui gouvernent le clan Silverpine depuis des décennies.L'odeur d
Chapitre 4 SeleneLes branches griffent mon visage et mes bras nus tandis que je m'enfonce dans la forêt, loin de la clairière, loin des regards, loin de cette humiliation qui colle à ma peau comme de la poix brûlante, et je cours, je cours sans savoir où je vais, les poumons en feu, les pieds ens







