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Ce que vous faites de moi

Author: Anatory
last update Last Updated: 2025-12-28 06:29:26

Cinq jours. Cinq jours où l’air du bureau est devenu irrespirable.

Je me répète que c’est mieux ainsi : on se parle à peine, on ne se regarde plus, on joue la comédie parfaite du patron et de l’assistante irréprochable. Je me le répète en boucle, comme une prière, chaque matin devant le miroir pendant que je noue mon chignon trop serré. Mais mon corps, lui, n’écoute rien.

Il suffit qu’Ethan passe derrière moi pour que ma peau se couvre de frissons. Il suffit qu’il prononce mon prénom d’une voix neutre (« Amelia, le rapport Morrison ») pour que mon ventre se contracte violemment. Je passe mes soirées à me doucher à l’eau glacée, à compter les heures avant de le revoir, à me haïr de désirer un homme marié.

Vendredi 17 h 12. L’open space se vide peu à peu. Les néons commencent à grésiller doucement, comme fatigués de la semaine. Je range mes stylos, je ferme mon ordinateur, je me dis que ce soir je rentrerai tôt, que je commanderai une pizza et que je regarderai n’importe quoi pour ne plus penser.

L’interphone grésille.

« Amelia. Mon bureau. Tout de suite. »

Sa voix est basse, posée, mais il y a quelque chose dedans qui me fait frissonner avant même d’avoir bougé.

Je traverse le couloir sur des jambes déjà molles. La porte est entrouverte. Je la pousse, entre, referme derrière moi. Le clic du verrou qu’il tourne me fait l’effet d’un coup de feu.

Il est adossé au bord de son bureau, bras croisés, chemise anthracite ouverte sur le col, manches retroussées jusqu’aux coudes. Ses avant-bras sont tendus, veines saillantes. Il me regarde comme on regarde une proie qu’on a décidé de ne plus lâcher.

Je reste près de la porte, sac contre ma poitrine, bouclier dérisoire.

« Tu m’évites depuis lundi », dit-il simplement.

Je secoue la tête, trop vite. « Non. On travaille. C’est tout. »

Il sourit. Lentement. Dangereusement. « Menteuse. »

Un pas. Puis un autre. Je recule jusqu’à ce que mon dos heurte la bibliothèque. Les livres de droit derrière moi tremblent légèrement.

Il s’arrête à trente centimètres. Je sens la chaleur de son corps, son parfum boisé, la tension qui émane de lui comme une onde électrique.

« Regarde-moi », ordonne-t-il doucement.

Je lève les yeux. Erreur. Ses pupilles sont dilatées, presque noires.

« Dis-moi que tu ne penses plus à moi la nuit Amélia »

Je déglutis. « Tu as une femme, Ethan. » Ma voix tremble.

Il ricane, un son rauque qui me fait frissonner. « Oublie-la. »

Sa main effleure ma hanche, juste un frôlement à travers le tissu de ma jupe. « Ici, entre ces quatre murs,

il n’existe qu’une seule femme ici. Toi. »

Il prend mes poignets, lentement, les plaque contre son torse.

Je sens son cœur cogner sous ma paume, rapide, violent. « Sens comme tu me fais ça », murmure-t-il.

Je devrais retirer mes mains. Je les laisse là.

D’un mouvement fluide il me retourne, me penche légèrement en avant. Mon ventre heurte le bord du bureau, mes mains s’agrippent instinctivement au bois. Il se colle à moi par derrière. Tout son corps contre le mien. Et là, je le sens. Son sexe, dur comme l’acier, qui se presse contre mes fesses à travers nos vêtements. Un gémissement m’échappe, je ne peux pas le retenir.

Il resserre un bras autour de ma taille, l’autre main glisse sur ma cuisse, remonte lentement sous ma jupe.

Sa bouche effleure ma nuque, juste sous l’oreille. « Tu le veux, Amelia. »

Sa voix est rauque, presque brisée. « Dis-moi que je t’ai manqué. »

Je ferme les yeux, vaincue.

« Tu m’as manqué… tellement. » Il pousse un grognement de satisfaction, mordille doucement ma peau.

« J’ai vu comment tu me regardais toute la semaine. Tes yeux qui me suppliaient. Tes cuisses que tu serrais dès que je passais. »

Sa main atteint le bord de ma culotte. Ses doigts effleurent la dentelle trempée.

« Putain, écoute-toi Amélia », souffle-t-il contre mon oreille.

« Tu es déjà prête à me supplier. »

Il appuie un peu plus son bassin, frotte lentement. Je sens chaque centimètre de lui.

Je gémis encore, plus fort.

« Tu vois ce bureau ? » murmure-t-il en désignant la surface en chêne devant moi.

Je hoche la tête, incapable de parler. « Rien ne m’empêche de te pencher dessus tout de suite. De relever cette jupe. De t’écarter les jambes. »

Il pousse un peu plus, son érection glisse entre mes fesses. « Imagine ta joue contre le bois froid, tes mains qui griffent le bord, et moi qui te prends si fort que tu oublies ton propre nom. »

Je suis au bord de l’explosion. Mon corps tremble, mes genoux flanchent. Je suis prête à dire oui. Prête à tout.

Toc toc toc.

On se fige. La voix de Marc, derrière la porte : « Monsieur Blackwell ? La conférence avec Singapour commence dans deux minutes. Ils vous attendent en salle 1. »

Ethan jure entre ses dents, un son rageur. Il recule d’un pas, me libère. Je reste pliée en deux sur le bureau, haletante, les cheveux dans la figure, les jambes qui ne me portent plus.

Il se passe une main dans les cheveux, se rajuste rapidement. Son regard est noir, sauvage, frustré. « Excuse moi », lâche-t-il en passant devant moi. Il ouvre la porte, sort sans se retourner.

Je reste seule. Seule avec le bruit de ma respiration chaotique, seule avec la chaleur qui pulse entre mes cuisses, seule avec l’odeur de son corps encore collée à ma peau.

Je me redresse lentement, les mains tremblantes. Je touche mes lèvres gonflées, mes cheveux décoiffés. Je regarde le bureau. Le bois froid. L’endroit exact où il voulait me prendre.

Et je sais, avec une certitude terrifiante, que si la porte n’avait pas frappé, j’aurais dit oui. Et je l’aurais laissé faire jusqu’à ce que je hurle.

Je ramasse mon sac, je sors du bureau comme une somnambule. Dans l’ascenseur, je regarde mon reflet : yeux brillants, lèvres mordues, air d’avoir été à deux doigts d’être dévorée vivante.

Et le pire, c’est que je veux y retourner. Tout de suite. Maintenant. Peu importe qui il est dehors. Peu importe qui attend à la maison.

Je suis perdue. Et je n’ai jamais eu autant envie de me perdre.

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