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Le Menteur !

Author: Anatory
last update Last Updated: 2025-12-28 06:10:51

Il est 14 h 43 quand la porte de l’ascenseur s’ouvre enfin.

Je le vois avant même qu’il ne franchisse le seuil de l’open space. Costume anthracite impeccable, cheveux un peu plus en bataille que d’habitude, la mâchoire serrée comme s’il avait passé la matinée à grincer des dents. Il traverse le couloir d’un pas rapide, sans regarder personne… jusqu’à moi.

Nos regards se croisent.

Une seconde. Pas plus.

Mais cette seconde me brûle la rétine. Il y a quelque chose de sombre, d’épuisé, presque de dangereux dans ses yeux. Puis il détourne la tête et continue vers son bureau comme si je n’existais pas.

Je reste figée sur ma chaise, les doigts crispés sur ma souris.

Je veux me lever.

Je veux le suivre.

Je veux lui hurler : « Tu es marié, espèce de salaud ? »

Je ne bouge pas.

Cinq minutes plus tard, l’interphone grésille sur mon poste.

Sa voix, basse, autoritaire, sans aucune chaleur.

« Amelia. Dans mon bureau. Tout de suite. »

Je raccroche. Mes jambes tremblent déjà.

Je traverse l’open space sous les regards curieux. Je ferme la porte derrière moi. Le clic résonne comme un verrou.

Il est debout derrière son bureau, les mains dans les poches, dos à la baie vitrée. Il ne m’invite pas à m’asseoir.

Je reste debout aussi.

Silence.

Je craque la première.

« Votre femme va mieux ? »

Ma voix est plus froide que je ne le voulais.

Il pince les lèvres.

« Oui. Juste un coup du lapin. Merci. »

Il détourne les yeux, regarde un dossier, le repose.

« Le dossier Morrison. J’ai besoin que tu… »

Je le coupe.

« Non. On va pas parler du dossier Morrison. »

Il relève la tête, surpris.

« Pardon ? »

Je fais un pas.

« Tu es marié, Ethan. »

Ce n’est pas une question.

Il se fige. Une seconde. Deux.

Puis il soupire, comme si c’était une corvée.

« Oui. »

Un seul mot. Sec. Sans excuses.

Je sens la colère monter, brûlante.

« Et tu trouves ça normal de me dire “je vous veux” dans un ascenseur ? De liker ma story à 3 h du matin pendant que je suis collée à un autre mec ? Tu trouves ça normal de jouer avec moi comme ça ? »

Il serre la mâchoire.

« Je n’ai jamais joué. »

« Ah non ? Alors c’est quoi, ça ? Une crise de la quarantaine ? Ta femme te fait chier et tu te défoules sur l’assistante ? »

Il fait un pas vers moi, les yeux noirs.

« Attention à ce que tu dis. »

« Non, toi, attention. Tu crois que je suis quoi ? Un jouet que tu prends quand tu t’ennuies dans ton mariage parfait ? »

Il ricane, froid.

« Tu veux vraiment qu’on parle de qui a commencé, Amelia ? »

Il avance encore.

« Parce que je te rappelle que tu n’as jamais demandé non plus. Pas une seule fois. “Ethan, tu es célibataire ?” Rien. Tu t’es contentée de me regarder avec ces grands yeux et de me laisser croire que tu voulais la même chose que moi. »

Je recule d’un pas.

« Je… je ne savais pas ! »

« Et si tu l’avais su ? »

Sa voix baisse, devient dangereusement douce.

« Dis-moi la vérité. Si tu avais vu une alliance à mon doigt dès le premier jour… est-ce que tu aurais arrêté de me regarder comme tu me regardes ? Est-ce que tu aurais arrêté de rougir quand je te frôle ? Est-ce que tu aurais dit non dans cet ascenseur ? »

Je reste sans voix.

Parce que je ne sais pas.

Je ne sais vraiment pas.

Il avance encore. On est à moins d’un mètre maintenant.

« Réponds-moi, Amelia. »

Je secoue la tête, incapable de parler.

Il sourit, mais ce n’est pas un sourire gentil.

« Tu vois. Tu es aussi coupable que moi. »

Il est si proche que je sens sa chaleur, son parfum, cette odeur qui me rend folle depuis des semaines.

« Tu voulais que je franchisse la ligne. Tu l’as suppliée avec chaque regard, chaque souffle, chaque fois où tu humidifiais tes lèvres en me regardant. »

Je recule jusqu’à toucher le bord de son bureau.

« Ce n’est pas vrai… »

Ma voix tremble.

Il pose ses deux mains de part et d’autre de moi sur le bureau, m’enfermant sans me toucher.

« Menteuse. »

Il penche la tête, sa bouche à quelques centimètres de la mienne.

« Tu sais ce que je pense ? »

Je ne réponds pas. Je ne peux pas.

« Je pense que même en sachant tout, tu serais là. Exactement là. À trembler. À attendre que je t’embrasse. »

Je ferme les yeux.

Je les rouvre.

Il me regarde comme s’il pouvait lire dans mon âme.

« Dis-moi d’arrêter, Amelia. Dis-le-moi maintenant et je te laisse partir. »

Sa voix est rauque, presque douloureuse.

Je devrais le dire.

Je devrais hurler « Arrête ».

Je devrais le gifler.

Je devrais sortir en claquant la porte.

Mais je ne fais rien.

Je reste là, prisonnière de ses bras, de son regard, de cette tension qui me liquéfie.

Mon cœur bat si fort que j’ai peur qu’il l’entende.

Ma respiration est courte, saccadée.

Je suis hypnotisée. Complètement. Irrémédiablement.

Il le sait.

Il sourit, lentement, cruellement.

« C’est bien ce que je pensais. »

Il ne m’embrasse pas.

Il reste là, à dix centimètres, à me regarder me noyer.

Et moi, je me laisse couler.

Je ne sais plus qui je suis quand il me regarde comme ça.

Je ne sais plus ce que je veux.

Je ne sais plus où est le bien, où est le mal.

Je sais juste que je suis piégée.

Et que je n’ai aucune envie qu’il me libère.

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