LOGINJe croyais naïvement que mon deuxième jour serait plus simple que le premier.
C’était stupide.
Rien avec Ethan Blackridge n’est simple.
Quand j’arrive dans le bureau, il est déjà là, penché sur son écran, parfaitement immobile. On pourrait croire qu’il ne respire pas. Ses manches sont légèrement retroussées, révélant des avant-bras sculptés que je préférerais ne pas remarquer. Je détourne le regard, mais mon cerveau a déjà archivé l’image dans un coin dangereux.
— Bonjour, dis-je timidement.
Aucune réponse.
Je pose mes affaires, déterminée à ignorer son aura toxique. Je me mets au travail quand soudain, sa voix tombe, coupante.
— Vous écoutez mal.
Je relève la tête.
— Pardon ?
Il tourne l’écran vers moi. Un tableau que j’ai rempli hier apparait, une seule ligne rouge contraste.
— Cette valeur est incohérente.
Je fronce les sourcils.
Il a remarqué UNE erreur sur cinquante pages ?
C’est inhumain.
— Je peux corriger tout de suite, dis-je.
— Déjà fait.
Il tapote son clavier, sans même me regarder.
— Mais je voulais savoir si vous étiez capable de la voir vous-même.
Je sens mes joues chauffer. Pas de honte. De défi. J’ai envie de lui prouver qu’il ne peut pas me juger en deux jours.
Je m’approche. Peut-être un peu trop près. Mais je n’aime pas parler à un dos.
Je veux qu’il me regarde.
Quand je me penche, mon parfum doit flotter dans l’air, parce que ses doigts s’arrêtent. Il ne bouge pas, comme si un signal interne avait déclenché une alarme.
— Vous avez changé quelque chose, dit-il.
Je cligne des yeux.
— Quelque chose comme… quoi ?
Il tourne lentement la tête vers moi.
Trop lentement.
Comme s’il craignait de voir ce qu’il allait voir.
— Votre parfum.
Je sens ma respiration se coincer.
— Oui. Je… j’ai pensé que...
— Ne changez rien à votre travail pour plaire à qui que ce soit.
Il me fixe.
— Ou pour déplaire.
Je reste muette. Je ne comprends pas ce qu’il insinue.
— Je ne l’ai pas fait pour… quelqu’un, dis-je enfin.
— Bien.
Il recule un peu, comme pour rétablir une distance qu’il a peur d’avoir brisée.
— Amélia.
Première fois qu’il prononce mon prénom sans le hacher froidement.
Ça résonne différemment dans l’air.
— Oui ?
— Vous travaillez avec moi. Pas pour moi.
Je reste figée un instant. Est-ce… un compliment déguisé ? Une reconnaissance ?
Mais avant que je ne puisse répondre, il se rassoit.
— Nous avons une réunion dans dix minutes. Vous venez.
— Je… je n’étais pas au courant.
— Vous l’êtes maintenant.
Il se lève, attrape sa veste et marche vers la porte. Je me dépêche de le suivre.
Dans l’ascenseur, silence.
Mais pas un silence neutre.
Un silence épais. Chargé. Tendu.
Je sens son regard sur moi avant même de tourner la tête.
Quand je le fais, il détourne les yeux trop vite.
Je me mords la lèvre.
Mauvaise idée.
Son regard descend instantanément sur ma bouche.
Une seconde.
Deux.
Trop longtemps.
Je sens mon cœur faire un salto.
Les portes s’ouvrent.
Il s’écarte vers la sortie comme s’il venait de s’approcher trop près d’un incendie.
La réunion se passe étonnamment bien.
Enfin… pour lui.
Pour moi, c’est une épreuve : il parle vite, utilise des termes complexes, et chaque fois que je prends la parole, j’ai l’impression que la moitié de la salle de conférence me juge.
Mais lui…
Lui m’écoute.
Quand je fais une remarque sur un projet mal structuré, je sens certains cadres me lancer des regards noirs. Ethan tourne la tête vers eux, juste un peu.
Ils se taisent immédiatement.
Il revient vers moi, impassible.
— Continue.
Un mot.
Un ordre.
Qui me donne paradoxalement de la force.
Quand la réunion se termine, je range mes notes, encore tremblante. Ethan ne bouge pas. Il attend que tout le monde soit sorti.
Quand il ferme enfin la porte, il se tourne vers moi.
— Vous avez bien parlé.
Je manque de lui demander s’il va mourir après un compliment pareil.
— Merci, dis-je doucement.
— Mais vous étiez nerveuse.
Je baisse les yeux.
— Je ne suis pas habituée à parler devant autant de gens importants.
Il s’approche.
Un pas.
Puis un autre.
Comme si quelque chose en lui le poussait malgré lui.
— Vous n’avez pas besoin d’avoir peur tant que je suis là.
Je relève la tête.
Il est juste devant moi.
Son regard est plus sombre qu’hier.
Plus… humain.
— Pourquoi vous dites ça ? demandé-je.
Il inspire profondément.
Sa mâchoire se contracte.
Ses yeux glissent une seconde trop longtemps sur ma bouche.
— Parce que je n’arrive plus à supporter l’idée que quelqu’un vous intimide autant que moi.
Je sens la chaleur monter dans ma poitrine.
— Vous m’intimidez encore, dis-je sans réfléchir.
Il ferme les yeux une demi-seconde.
Comme si mes mots venaient de frapper quelque chose en lui.
— Alors c’est un problème.
— Pour qui ?
Il ouvre les yeux.
Son regard brûle.
— Pour moi.
Avant que je puisse répondre, il se tourne brusquement et ouvre la porte.
— Retour au bureau.
Mais sa voix n’est plus glacée.
Elle tremble.
Juste un peu.
Je n’ai jamais été aussi consciente de mon propre corps qu’en ce matin-là.Chaque pas dans le hall de l’entreprise résonnait en moi comme un avertissement. Mes talons claquaient sur le marbre avec une régularité trop parfaite, comme si je marchais au rythme d’un métronome intérieur qui comptait les secondes avant la prochaine explosion. J’avais passé la nuit précédente seule dans mon lit, les clés de l’appartement d’Ethan posées sur ma table de nuit, brillant sous la lueur de la rue comme un petit phare interdit. Je les avais regardées pendant des heures, incapable de dormir, revivant chaque caresse, chaque murmure, chaque moment où j’avais supplié sans honte. Et maintenant, je revenais au bureau, vêtue comme toujours jupe crayon, chemisier cintré, cheveux attachés en un chignon impeccable , mais je me sentais nue. Exposée. Comme si ma peau portait encore l’empreinte de ses lèvres.La normalité devenait un exercice périlleux.Je souriais aux collègues avec une mesure calculée, réponda
J’arrivai au bureau avec un léger retard une demi-heure, pas plus. Le hall était animé, les collègues saluant d’un geste distrait. À l’accueil, on me sourit poliment. « Ça va mieux ? » demanda une voix familière. Je hochai la tête, murmurai un « Oui, merci », et passai. Tout me semblait différent. Les couloirs plus longs, les lumières plus crues, les conversations banales autour de moi plus artificielles. J’avais l’impression que tout le monde savait. Que chaque regard était un jugement silencieux, que chaque sourire cachait une question. Évidemment, ce n’était que dans ma tête. Personne ne pouvait deviner ce que je cachais sous mon apparence impeccable. Mais moi, je le sentais dans chaque geste : une hypersensibilité, un secret qui pulsait sous ma peau comme un deuxième cœur.Je m’installai à mon poste, allumai mon ordinateur, plongeai dans le travail. Sérieusement. Comme toujours. Je répondis aux mails avec précision, participai à une visioconférence sans faillir, classai des dossie
Le matin filtrait à travers les rideaux clairs de l’appartement, une lumière douce et dorée qui se posait sur les draps froissés comme une caresse timide. J’ouvris les yeux lentement, encore engourdie par le sommeil, le corps lourd d’une fatigue délicieuse et coupable. Pendant un instant, je restai suspendue entre deux réalités, le cœur battant à un rythme irrégulier. Le plafond au-dessus de moi n’était pas le mien haut, immaculé, avec des moulures discrètes qui trahissaient le luxe discret de l’endroit. L’air n’avait pas l’odeur familière de mon petit studio : pas de trace de mon café bon marché, ni du parfum floral de mon linge. Ici, tout portait l’empreinte d’Ethan un mélange boisé et masculin, subtil mais omniprésent, qui s’était imprégné dans les draps, dans ma peau, dans mes souvenirs de la nuit.Je tournai légèrement la tête. Ethan dormait à côté de moi, ou du moins en avait-il l’air. Allongé sur le dos, un bras replié sous la tête, l’autre étendu sur le matelas comme s’il cher
Sa voix grave la fit frissonner. Il lui tendit la main, l’aida à descendre, et ne la lâcha plus jusqu’à l’ascenseur. Le silence entre eux était électrique, chargé d’une tension palpable. Deuxième étage. Les portes s’ouvrirent sur un appartement vaste et luxueux : cuisine américaine intégrée au salon, plans de travail en marbre noir, salon immense avec un canapé en cuir clair face à un grand écran encastré, lumières tamisées qui donnaient une ambiance intime et sensuelle. Tout était impeccable, masculin, reflétant son pouvoir et son contrôle.Amelia observa autour d’elle, impressionnée malgré elle. « C’est… magnifique », murmura-t-elle.Ethan s’approcha par derrière, ses mains effleurant ses épaules. « Tu te sens bien ici ? »Elle hocha la tête, la gorge serrée. Ils parlèrent à demi-mots de cette nuit fatidique au bureau, de ce qui n’aurait jamais dû arriver… et qui les avait changés à jamais. Ethan se rapprocha dangereusement, son corps chaud contre son dos. Amelia sentit la peur la t
La journée touchait à sa fin, mais Amelia n’arrivait pas à se concentrer, son esprit vagabondant comme un papillon piégé dans une toile invisible. Les heures s’étaient écoulées dans un brouillard épais, un mélange de routine mécanique et de tourments intérieurs qui laissaient son corps tendu comme une corde prête à rompre. Elle fixait l’écran de son ordinateur sans vraiment voir les lignes de texte qui défilaient, ses doigts immobiles sur le clavier. Chaque tâche accomplie un mail envoyé, un dossier classé lui semblait vide de sens, une façade fragile pour masquer le chaos qui bouillonnait en elle. Comment pouvait-elle prétendre travailler normalement alors que chaque pensée la ramenait à Ethan ? À ce regard échangé dans son bureau, à ces mots qui avaient allumé un feu en elle qu’elle ne savait pas éteindre ? Elle se sentait comme une étrangère dans son propre corps, divisée entre la femme professionnelle qu’elle avait toujours été et cette nouvelle version d’elle-même, impulsive, ass
Le matin avait un goût étrange, un mélange fade d’appréhension et de résignation qui collait à la gorge comme une brume matinale. Amelia se tenait devant l’immeuble imposant de l’entreprise, figée quelques secondes de trop, son sac serré contre sa poitrine comme un bouclier dérisoire. Les portes vitrées renvoyaient son reflet : une jeune femme aux traits tirés, aux yeux brillants d’une fatigue qui n’était pas seulement due au manque de sommeil.Elle inspira profondément, gonflant ses poumons d’un air chargé de l’odeur urbaine bitume humide, café des passants pressés, effluves lointains d’une boulangerie voisine. Ce simple geste, ce rituel banal, était censé lui donner le courage nécessaire pour affronter la journée. Mais au fond d’elle, elle savait que rien ne pourrait vraiment la préparer à ce qui l’attendait.Elle avait décidé de venir. Fuir plus longtemps n’aurait rien réglé. Hier, avec ses amies, le panier de victuailles envoyé par Ethan, les rires forcés autour de la table basse,







