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L'amante du PDG
L'amante du PDG
Author: Anatory

Le PDG qui ne veut rien sentir

Author: Anatory
last update Petsa ng paglalathala: 2025-12-28 05:54:04

Je n’avais jamais vu un bâtiment qui semblait juger les gens avant même qu’ils en franchissent la porte.

Le siège de Blackwell Industries se dressait au milieu de la ville, immense façade noire reflétant la lumière grise du matin. Tout, dans son architecture, respirait la froideur et la puissance. Même les portes vitrées me donnaient l’impression de devoir présenter mes excuses avant d’entrer.

Parfait. J’allais donc commencer mon premier jour de stage en me faisant intimider par un immeuble.

Je poussai les portes tournantes et pénétrai dans le hall, mon carnet serré contre ma poitrine. Mes pas résonnaient sur le marbre, beaucoup trop bruyants à mon goût. J’avais beau essayer de marcher normalement, je n’arrivais pas à ralentir.

J’étais en retard. Évidemment.

La matinée avait tourné au désastre dès que j’avais quitté mon appartement. Vingt minutes d’arrêt à cause d’une panne de signal sur la ligne, du jus d’orange renversé sur mon manteau par un enfant dans le train, puis une course effrénée à travers la ville pour rejoindre l’entreprise.

Je pris une inspiration et tentai de remettre un peu d’ordre dans ma tête. Ce n’était pas le moment de paniquer. J’avais travaillé trop dur pour obtenir ce stage, et je n’allais certainement pas tout gâcher avant même d’avoir commencé.

Je relevai le menton et m’efforçai de sourire.

— Vous êtes en retard.

Je me figeai.

La voix venait de ma gauche. Calme, basse, sans la moindre trace d’agacement apparent. Ce qui, pour une raison que je ne m’expliquais pas, était encore plus inquiétant.

Je tournai la tête.

Ethan Blackwell.

Le PDG de Blackwell Industries. L’homme qui avait bâti son empire avant trente ans et dont la réputation suffisait à faire taire une salle de réunion. D’après les magazines, il était brillant, exigeant et d’une froideur presque légendaire. Certains prétendaient même qu’il souriait si rarement que personne ne savait vraiment à quoi cela ressemblait.

Je n’avais jamais cru les portraits dressés par la presse entièrement fidèles à la réalité.

À présent, j’avais quelques doutes.

Il était grand, les épaules larges sous son costume anthracite. Ses yeux gris, particulièrement froids, se posèrent sur moi avec une attention qui me donna l’impression d’avoir déjà commis une faute sans savoir laquelle. Son visage était d’une beauté sévère, sa mâchoire parfaitement dessinée, et toute son attitude dégageait une assurance presque insolente.

Je détestai immédiatement le fait d’avoir remarqué tout cela.

— Je… oui. Je suis désolée, mon train a eu un problème et…

— Votre vie personnelle ne m’intéresse pas.

La réponse tomba sans brutalité, mais sans la moindre considération non plus.

Je refermai la bouche.

— Votre nom ?

— Amélia Ross.

Son regard descendit brièvement vers mes chaussures éraflées, puis mon manteau froissé et le carnet que je serrais toujours contre moi. Lorsqu’il revint à mon visage, je me sentis étrangement transparente.

— La nouvelle stagiaire.

Ce n’était pas une question.

— Oui, monsieur.

— Suivez-moi.

Il tourna les talons sans attendre.

Je restai immobile une fraction de seconde, surprise qu’il ait pris la peine de venir m’accueillir lui-même, avant de me hâter derrière lui. Ses longues enjambées m’obligeaient presque à courir, et le bruit de mes talons sur le marbre me rappelait à chaque pas que je n’étais pas à ma place.

Une partie de moi trouvait son attitude insupportable.

L’autre avait beaucoup trop conscience de sa présence.

Je préférai ne pas m’attarder sur cette seconde partie.

Nous rejoignîmes un ascenseur privé qui nous conduisit au dernier étage. Le silence s’installa aussitôt. Je fixai les chiffres lumineux au-dessus des portes, incapable de trouver quelque chose d’intelligent à dire. À côté de moi, Ethan consultait son téléphone, comme si ma présence ne méritait pas davantage son attention.

Les portes s’ouvrirent sur un couloir bordé de baies vitrées, puis sur un immense bureau baigné de lumière. L’endroit était aussi impressionnant que le reste du bâtiment : épuré, élégant, avec une vue panoramique sur la ville.

Ethan s’arrêta devant son bureau en verre et se tourna vers moi.

— Voici votre poste.

Il désigna un bureau installé juste à côté du sien.

Je regardai l'emplacement, puis lui.

— Je vais travailler ici ?

Son expression ne changea pas.

— Vous avez un problème avec ça ?

— Non, pas du tout. Je pensais simplement que les stagiaires travaillaient aux étages inférieurs.

— Je n’aime pas les suppositions. Je préfère observer ce que les gens valent réellement. Vous travaillerez ici.

Je n’eus pas le temps de répondre. Il posa un dossier épais sur mon bureau.

— Priorité absolue. Je veux un rapport dans une heure.

Je baissai les yeux vers les documents, puis relevai la tête.

— Une heure ?

Il consulta sa montre.

— Cinquante-huit minutes, maintenant.

Puis il s’installa derrière son bureau et alluma son écran, me signifiant clairement que la conversation était terminée.

Je restai un instant à regarder le dossier.

Très bien. Pas de pression.

Je m’assis et l’ouvris. Les premières pages étaient remplies de tableaux, d’analyses financières et de projections dont je devais examiner la cohérence. Mon enthousiasme du matin venait de prendre un sérieux coup.

Ce n’était pas une simple tâche d’accueil. Il voulait savoir de quoi j’étais capable, et il ne me laissait pratiquement aucune marge d’erreur.

Je posai mon carnet à côté de moi et me mis au travail.

Les premières minutes furent difficiles. Je devais lutter contre ma nervosité, reprendre certains chiffres pour vérifier mes calculs et organiser mes observations assez rapidement pour produire quelque chose de cohérent. Peu à peu, pourtant, mon esprit se concentra sur les documents. Les chiffres avaient au moins l’avantage de ne pas me regarder comme si j’étais une erreur de recrutement.

Du moins, pas à ma connaissance.

Je sentais parfois le regard d’Ethan se poser sur moi. Chaque fois, je m’efforçais de ne pas y prêter attention, même si une partie de moi se demandait ce qu’il pouvait bien chercher à observer.

Au bout d’un moment, je finis par lever les yeux.

Il me regardait.

Nos regards se croisèrent et, pendant une seconde, aucun de nous ne détourna les yeux. Son expression demeurait impénétrable, mais cette attention silencieuse me troubla davantage que ses remarques froides.

Je fus la première à baisser les yeux.

Ridicule. J’étais venue ici pour travailler, pas pour me laisser déstabiliser par mon patron.

Lorsque j’eus terminé, je rassemblai mes pages et me levai. Cinquante-sept minutes s’étaient écoulées.

— Voici mon rapport.

Ethan prit les feuilles et les parcourut sans commentaire. Je restai devant son bureau, les mains jointes pour dissimuler mon impatience, attendant une réaction qui ne venait pas.

Enfin, il releva les yeux.

— Correct.

Je clignai des paupières.

C’était tout ?

— C’est bien ou plutôt médiocre ?

Un sourcil se souleva légèrement.

— C'est ...Correct.

J’aurais préféré qu’il me dise franchement que mon travail était mauvais. Au moins, j’aurais su à quoi m’en tenir. Avec lui, même un compliment ressemblait à une sanction.

Il se leva soudain et contourna son bureau. Je me raidis lorsqu’il s’arrêta près de moi, assez proche pour que je remarque son parfum discret, quelque chose de boisé qui contrastait avec la froideur qu’il dégageait.

Je m’efforçai de rester immobile.

— Vous Avez l'air tendu...

Je baissai les yeux vers mes mains.

— Non, je…

— Ne mentez pas, Amélia.

Il avait prononcé mon prénom d’une voix plus basse. Ce changement, presque imperceptible, me fit relever la tête.

Il me regardait toujours.

Je déteste ça.

Je ne sus pas quoi répondre. J’étais effectivement nerveuse, mais je ne comprenais pas pourquoi il semblait accorder autant d’importance à ce détail.

Il recula finalement, comme s’il venait de se rappeler qu’il n’avait aucune raison de rester là.

— Ce sera tout vous pouvez  retournez au travail.

Le ton était redevenu froid. La parenthèse était refermée.

Je regagnai mon bureau sans discuter et posai les mains sur mon clavier. Mon cœur battait encore trop vite, et je dus m'y reprendre à deux fois avant de réussir à me concentrer sur mon écran.

Ce n’était que mon premier jour.

J’avais encore tout à prouver, un stage à réussir et un avenir professionnel à construire. Je n’avais aucune intention de laisser un homme comme Ethan Blackwell me faire perdre mes moyens.

Pourtant, tandis que je sentais sa présence à quelques mètres de moi, une pensée s’imposa, aussi agaçante qu’inquiétante.

Cet homme allait me donner du fil à retordre.

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