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L'art d'étreindre l'emmeni
L'art d'étreindre l'emmeni
Penulis: Léo

Chapitre 1 : Noir Absolu

Penulis: Léo
last update Terakhir Diperbarui: 2026-02-08 14:04:57

Catalina.

La lame du coupe-chocolat s’enfonça dans la tablette avec un craquement parfait, net et satisfaisant. Un son que je connaissais mieux que celui de ma propre voix.

— Messieurs, le « Noir Absolu ». Cacao à soixante-douze pour cent, fèves de la vallée de Piura. Une seule récolte, un seul terroir.

Je soulevai le carré entre mes doigts gantés de soie noire. La lumière de la salle de dégustation privée, tamisée et dorée, accrocha l’arête parfaite du chocolat.

— L’apparence est un mensonge, commençai-je, ma voix un velours bas et assuré. Elle promet la douceur, la régularité.

Je le fis passer sous le nez de l’homme à ma droite, Gustav, un investisseur suisse au regard aussi froid que ses montres.

— L’arôme vous dit ?

Il renifla, méfiant.

— Amer. Fruité. Un peu… sauvage.

— Exactement. Le premier mensonge. Car ce n’est pas l’amertume qui va vous surprendre.

Je déposai le carré sur la langue de l’homme à ma gauche, Pietro, un Italien au sourire trop large. Ma règle : faire goûter les autres d’abord. Les observer. Lire dans leurs yeux le moment où le contrôle vacillait.

— Gardez-le. Ne croquez pas. Laissez-le épouser la chaleur.

Pietro ferma les yeux, jouant le jeu. J’observai la minuscule tension à sa tempe. L’attente.

Puis, ce fut là. Un léger tressaillement des paupières. Un relâchement infime de la mâchoire.

— Maintenant, croquez, murmurai-je.

Le craquement fut audible dans le silence de la pièce. Pietro ouvrit les yeux, écarquillés.

— Sainte mère… C’est… une explosion. Des fruits rouges, puis des épices… et une longueur infinie. Presque salée à la fin.

Je permis à un sourire d’effleurer mes lèvres. Pas de triomphe. De la simple confirmation.

— Le troisième mensonge, messieurs. La finale. Elle n’est pas salée. C’est l’âpreté du cacao pur, qui se rappelle à vous longtemps après avoir avalé. Comme un souvenir qui refuse de partir.

Je pris enfin mon propre carré. Je ne le regardai pas. Mes yeux, d’un vert trop pâle pour être tout à fait naturel, balayèrent les trois hommes autour de la table de marbre noir.

— On ne vend pas du chocolat. On vend une expérience. Une émotion encapsulée. Un voyage en trois actes : l’attente, la révélation, la persistance. « Mora Exquisita » ne crée pas des confiseries. Nous créons des moments d’abandon.

Gustav se pencha en avant, ses doigts joints.

— Le procédé de tempérage exclusif dont parle votre brevet… il est vraiment à l’origine de cette texture ?

— Le brevet protège le « comment ». Ce qui vous intéresse, c’est le « pourquoi ». Pourquoi ce chocolat-là, et pas un autre, justifiera un prix trois fois supérieur sur les étagères de Harrods ou de la Grande Épicerie ?

Je laissai la question flotter dans l’air, chargée du parfum riche et complexe du cacao.

— Parce qu’il parle à la part d’eux que vos clients étouffent sous les contrats et les réunions. La part qui a encore faim de sensation pure, de risque contrôlé. De luxe véritable, qui est une insulte à la modération.

Pietro ricana.

— Vous vendez de la subversion, Madame Mora ?

— Je vends du désir, monsieur Conti. Le désir de quelque chose d’unique. D’irrépétable. Comme une vengeance bien orchestrée : unique, personnelle, et d’une satisfaction… prolongée.

Le mot « vengeance » glissa dans la conversation, inattendu, métallique. Les hommes se raidirent imperceptiblement. Je n’avais pas cligné des yeux.

— Une analogie, bien sûr, repris-je avec un geste élégant de la main. Pour illustrer l’impact mémorable.

Gustav, le Suisse, était le plus dur à craquer. Son argent était ancien, patient, et méfiant comme un vieux chat.

— Votre entreprise est jeune. Votre passé… nuageux. Pourquoi devrions-nous investir dans un mystère ?

Je soutins son regard. C’était là que tout se jouait. Non pas dans les chiffres ils étaient impeccables, forgés par Marcus mais dans la confiance. Ou l’illusion de la confiance.

— Mon passé, monsieur Reiner, est un atelier, pas un salon. Il m’a appris que la plus grande force n’est pas dans ce qu’on montre, mais dans ce qu’on choisit de taire. Je vous offre la rareté. L’authenticité d’un produit né d’une obsession, pas d’un comité marketing. Investissez dans l’ombre qui donne toute sa valeur à la lumière.

Je me levai, laissant mon carré de chocolat intact devant moi. Un symbole.

— Vous avez les projections. Les échantillons. La preuve sensorielle est devant vous. Demain, je signe avec un grand groupe hôtelier qui a compris cette valeur. La question n’est pas de savoir si « Mora Exquisita » va percer. Elle l’a déjà fait. La question est de savoir si vous serez à bord quand elle quittera le port.

Je ne leur serrai pas la main. Un signe de tête, distant mais poli, et je quittai la pièce, laissant derrière moi le silence et le parfum tenace du Noir Absolu.

Dans l’ascenseur aux parois d’acier brossé, mon reflet me renvoya à moi-même. Catalina Mora. Tailleur crème, impeccable. Cheveux châtain foncé coiffés en un chignon sévère qui dégageait la nuque. Un visage aux angles précis, belle d’une beauté qui intimidait plus qu’elle n’attirait.

Le sourire mystérieux que j’avais ébauché pour les investisseurs s’effaça, laissant place à une froideur parfaite, vide.

L’ascenseur descendait. Chaque étage qui passait était comme un compte à rebours.

Le premier pas est fait. Ils mordront. Ils ont tous mordu.

Je sortis mon téléphone. Un message pré-écrit était prêt. Un seul nom en destinataire : M.

Mon pouce plana au-dessus de « envoyer ».

Non. Pas encore.

Je rangeai le téléphone. Il fallait laisser mûrir la tentation. Comme le cacao. Comme la vengeance.

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