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Chapitre 6

Penulis: Trouvine

« Après tout, à l'époque, c'était moi qui avais choisi la bague, et elle avait été faite à mes mesures. »

Le visage de Sophie a perdu de ses couleurs.

Elle a fixé le dos d'Anaïs qui s'éloignait déjà, les poings serrés. La bague de fiançailles, mal ajustée, lui blessait la paume à force de frottement.

Julien. La place de future Madame Morel. Une vie prestigieuse et enviable… tout cela aurait dû lui revenir, à elle, il y a six ans déjà.

Mais à l'époque, elle avait été trop jeune, trop naïve. Elle avait écouté sa mère et son beau-père, convaincue qu'il existait de meilleures opportunités de l'autre bout du monde.

Puis les affaires de son beau-père s'étaient effondrées. Elle avait passé des années à l'étranger sans rien construire de concret, à part un talent pour plaire aux autres.

Et pendant ce temps, Anaïs avait pris sa place.

Elle avait récupéré tout ce qui aurait dû lui appartenir.

Sophie ne l'acceptait pas.

Alors elle était revenue. Elle avait soigneusement orchestré ses retrouvailles. Et comme prévu, Julien avait encore des sentiments pour elle.

Les hommes restent toujours attachés à leur premier amour.

Elle a inspiré profondément, chassant son irritation, puis a retrouvé son sourire doux et irréprochable.

Peu importe si la bague ne lui allait pas. Elle ne visait pas l'amour de Julien. Elle visait le pouvoir des Morel.

À midi, la cafétéria de l'entreprise était animée.

Sophie était entourée de plusieurs collègues venus discuter. Elle profitait clairement de cette attention, choisissant volontairement une table en diagonale de celle d'Anaïs.

« Sophie, ta bague est incroyable… C'est Julien qui te l'a offerte ? Elle fait combien de carats ? »

Sophie a levé légèrement la main, laissant le diamant capter la lumière.

« C'est lui qui l'a choisie. Pour être honnête, je trouvais ça un peu trop voyant, mais il a insisté : une bague de fiançailles doit être parfaite. »

Elle a souri doucement.

« Il a dit que ça devait être à la hauteur de nos retrouvailles. »

« De la rupture aux retrouvailles, c'est tellement romantique… » a ajouté une collègue. « Monsieur Morel tient vraiment à toi. »

Sophie a souri sans répondre, tout en jetant un regard vers Anaïs.

Anaïs déjeunait seule.

Elle portait un pull col roulé beige clair, et son regard était fixé sur son téléphone, indifférente à l'agitation autour d'elle.

Mais Sophie a remarqué un détail.

Quand Anaïs a levé le bras, le col s'est légèrement écarté, révélant des marques rouges sur le côté de son cou.

Sophie a esquissé un sourire froid.

Elle venait à peine de rompre et elle couchait déjà avec quelqu'un d'autre. Et elle osait encore jouer la femme froide et distante ?

Elle a pris son plateau et s'est installée en face d'Anaïs.

« Anaïs, ça ne te dérange pas si je m'assois ici ? »

« Fais comme tu veux », a répondu Anaïs sans lever les yeux.

Sophie a remué lentement sa soupe, puis a lâché d'un ton faussement surpris :

« Oh… Anaïs, ton cou… tu as une allergie ? »

Anaïs a reposé ses couverts et a essuyé calmement sa bouche.

« Une piqûre de moustique. »

Sophie a ri doucement.

« Un moustique ? J'ai du mal à y croire… ce serait pas plutôt un suçon ? »

Le silence s'est installé autour de la table.

Les regards se sont tournés vers elles.

Anaïs Duval était connue pour être distante, brillante et inaccessible. Personne ne lui connaissait de vie sentimentale.

Cette rumeur ferait immédiatement sensation.

Anaïs a regardé Sophie sans réaction.

« Tu t'intéresses beaucoup à la vie privée des autres, Sophie. »

« Je me fais du souci pour toi », a répondu Sophie avec un sourire innocent.

« Tu es en couple ? Avec qui ? Tu nous le présenteras un jour ? »

Elle insistait volontairement pour l'humilier.

Anaïs a reposé sa serviette.

Elle s'est légèrement adossée à sa chaise.

« Je ne suis pas en couple », a-t-elle dit calmement. « Je suis mariée. »

Sophie s'est figée.

Elle était vraiment surprise.

Anaïs venait de rompre avec Julien il y a si peu de temps… mariée ? C'était absurde.

Des murmures ont éclaté autour d'elles.

Sophie a rapidement repris contenance.

Mariée par dépit, probablement pour faire réagir Julien.

Cette pensée l'a rassurée et elle a souri à nouveau.

« Félicitations. Mais… »

Son regard est tombé sur la main gauche d'Anaïs, vide.

« Tu ne portes pas d'alliance ? Tu n'as pas encore eu le temps d'en acheter une ? »

Elle a levé sa propre main.

Le diamant a scintillé sous l'éclairage de la cafétéria.

« Une bague, c'est important. C'est le symbole du mariage. On ne se marie qu'une fois, autant bien choisir. »

Elle a pris un ton faussement bienveillant.

« Tu n'es pas obligée de prendre quelque chose de très cher, même une petite suffit. Mais ne pas en avoir du tout… c'est un peu dommage, non ? »

Les collègues ont commencé à murmurer.

« Elle s'est mariée trop vite ? »

« Son mari n'a peut-être pas beaucoup de moyens… »

« Elle n'a même pas de bague… »

Anaïs a écouté sans changer d'expression.

Elle avait presque envie de rire.

Si ces gens savaient qui elle avait épousé…

Mais ce n'était pas encore le moment.

Elle a finalement souri.

Un sourire léger, élégant, presque lumineux.

Le bruit autour d'elle s'est calmé.

« Tu as raison », a-t-elle dit doucement. « Il faudra que je choisisse une belle bague. »

Sophie a senti un léger malaise, sans comprendre pourquoi.

Elle a forcé son sourire.

« Et le mariage ? Vous l'avez déjà organisé ? Si tu veux, je connais des agences très bien. » Sophie voulait que tout le monde comprenne qu'elles n'appartenaient plus au même monde.

Chaque mot était une pique à peine voilée.

Anaïs s'est levée, plateau en main.

« Ce n'est pas nécessaire. »

Elle est partie sans se retourner.

Sophie a regardé son dos s'éloigner, satisfaite.

Anaïs était mariée.

À quelqu'un de sans importance.

Le dernier lien avec Julien pouvait enfin disparaître.

Elle a sorti son téléphone et a envoyé un message :

« Julien, tu ne devineras jamais ce que j'ai appris aujourd'hui… Anaïs est mariée. Et apparemment, elle n'a même pas de bague. Tu passes me chercher ce soir ? Tu me manques. »

Elle a souri en rangeant son téléphone.

18h00, sortie du bâtiment Atelier Plume.

Anaïs venait à peine de sortir de l'immeuble qu'on lui bloquait déjà le passage.

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