MasukCertaines plaies, si on refuse de les ouvrir, ne font que continuer à s'infecter.« Lucienne, j'ai trente-cinq ans. » La voix d'Adrien était très calme. Mais chacun de ses mots avait un poids immense. « Je ne suis plus le garçon de dix-huit ans que vous pouviez contraindre à obéir et à reconnaître Julien comme mon fils. Vous ne pouvez plus décider à ma place. »Lucienne s'est laissée retomber contre ses oreillers, une main plaquée sur la poitrine, respirant avec difficulté.« Pourquoi est-ce que tu parles d'Étienne… » Sa voix s'est affaiblie et s'est chargée de larmes. « Tu m'en veux, c'est ça ? Adrien… comment peux-tu penser ça de moi ? »« Je ne vous en veux pas. » Adrien l'a interrompue. Son ton s'est un peu adouci, mais sa position n'a pas changé d'un pouce. « Je constate simplement les faits. Je suis capable de prendre mes propres décisions, et j'en ai le droit. Je peux assumer seul mon mariage et ma vie. »Il l'a regardée droit dans les yeux.« Anaïs est la femme que j'ai choisi
« Toi… ! » Lucienne a eu le souffle coupé. Ses doigts se sont crispés autour du verre jusqu'à blanchir. « Tu ne seras satisfait que lorsque tu m'auras tuée de colère ? Adrien, écoute-moi bien : tant que je serai en vie, je n'accepterai jamais cette femme dans la famille Morel ! Elle a été avec Julien, et maintenant avec toi… Où sont passées toutes les convenances ? Si ça se sait, que va-t-on penser de notre famille ? De toi ? Et qu'est-ce que ça va faire au cours de l'action du Groupe Morel ? »« Mon mariage avec Anaïs est parfaitement légal et ne pose aucun problème moral. » La voix d'Adrien est restée parfaitement égale. « Ce qu'il y a eu entre Julien et elle s'est terminé le jour où ils se sont séparés. Je l'ai épousée après leur rupture. Il n'y a donc rien d'inapproprié dans notre relation, contrairement à ce que vous affirmez. »« Arrête de jouer sur les mots ! » Lucienne a reposé brutalement son verre sur la table de chevet. Le choc a produit un claquement sec. « Tu crois que les
Son téléphone a vibré dans sa poche.Anaïs l'a sorti.Un message d'Adrien.« Tu es occupée ? »« Oui, je viens de régler un petit problème au travail. »« Ça s'est bien passé ? »« Ce n'était qu'un petit contretemps, c'est réglé. »« Tant mieux. L'état de Lucienne est stable. Je devrais pouvoir rentrer ce soir. »« D'accord. Fais attention sur la route, avec la neige qui fond, ça risque de glisser. »« Attends-moi. »À midi, Anaïs n'est pas allée à la cantine avec les autres.Elle s'est fait livrer quelque chose et a déjeuné à son bureau.Elle n'avait aucune envie de subir les regards curieux, compatissants ou franchement satisfaits de certains collègues.Elle pouvait les ignorer.Mais elle n'était pas obligée de s'infliger ça pour autant.À treize heures trente, la commission d'enquête interne a envoyé une conclusion.Le mail avait été adressé à l'ensemble du service de conception.Le ton était rigoureux, mais le message parfaitement clair :Après examen préliminaire, les éléments à
Quelques minutes ont passé.Puis le regard de Renaud s'est arrêté sur un point précis de l'écran.Il a relevé la tête vers Anaïs, visiblement stupéfait.« Dans son projet… » Sa voix s'est légèrement asséchée. « Les données de charge de la poutre principale sur la structure en porte-à-faux du troisième niveau sont fausses. Et pas qu'un peu. Si on construit sur cette base, la structure ne peut pas fonctionner. Et dans le parking souterrain, la trame des poteaux présente aussi des espacements clairement incohérents… »C'étaient des erreurs extrêmement basiques en architecture.Et surtout, des erreurs potentiellement graves.Un concepteur ayant un minimum d'expérience ne ferait jamais ce genre de faute.À moins que… les plans d'origine qu'elle avait copiés soient eux-mêmes volontairement erronés.Renaud a fixé Anaïs. « Qu'est-ce que ça signifie ? »Elle a soutenu son regard sans ciller. « Les caméras de surveillance du bureau devraient pouvoir vous donner une partie de la réponse. »Tout
Quant au projet de Sophie, s'il avait réussi à passer l'évaluation interne de l'entreprise, c'était probablement parce qu'elle était passée par un autre directeur pour éviter Renaud.C'était bien son genre : toujours chercher la moindre faille dans le système pour arriver à ses fins.Mais peu importait désormais.Anaïs a repris son téléphone, l'a déverrouillé et a ouvert son espace de stockage en ligne. Après avoir saisi son mot de passe, elle a accédé à plusieurs dossiers.Ils contenaient ses toutes premières esquisses, ses notes manuscrites de calcul structurel, les différentes versions successives de ses modèles, ainsi que la copie numérisée d'un brevet qu'elle avait déposé pendant ses études de master.Le brevet essentiel était à son nom.L'originalité de son travail ne faisait donc aucun doute.Elle était même un peu curieuse.Quand Sophie avait vu les erreurs qu'elle avait volontairement laissées dans le projet, ne s'était-elle jamais posé de questions ?Ou était-elle devenue tel
« Anaïs. » Adrien l'a appelée doucement.« Hum ? »« Ne te fais pas trop de souci. Quand je rentrerai, on parlera tranquillement. »« D'accord. » Sa voix était un peu étouffée.« Maintenant, dors. Tu travailles demain. »« Je sais… Toi aussi, essaie de te reposer. Tu es blessé. »« Oui. »Quand Anaïs s'est réveillée le lendemain matin, il faisait déjà grand jour.La neige avait cessé de tomber. Dehors, tout était recouvert d'un blanc immaculé, et le soleil se reflétait sur la neige avec un éclat presque aveuglant.Anaïs s'est massé les tempes, encore lourdes après cette nuit agitée. Elle s'est préparée, habillée, puis a appliqué un maquillage léger pour dissimuler la fatigue sous ses yeux.Dans le miroir, elle avait l'air exactement comme d'habitude.Lorsqu'elle est descendue, Natalie était déjà installée à table pour le petit-déjeuner.« Nana, tu es réveillée ? Viens manger. » Natalie lui a souri chaleureusement. Son regard était clair : aujourd'hui, elle semblait aller plutôt bien.
« Après tout, à l'époque, c'était moi qui avais choisi la bague, et elle avait été faite à mes mesures. »Le visage de Sophie a perdu de ses couleurs.Elle a fixé le dos d'Anaïs qui s'éloignait déjà, les poings serrés. La bague de fiançailles, mal ajustée, lui blessait la paume à force de frotteme
Anaïs a poussé un soupir de soulagement.Une domestique l'a conduite jusqu'à sa chambre. C'était une véritable suite, avec une chambre, un dressing, une salle de bains et même un petit salon. La vue était magnifique et donnait directement sur le lac.Ce qui a le plus surpris Anaïs, c'est que la dé
Une semaine plus tard, ils se sont retrouvés à la mairie.Les démarches ont été rapides.Signatures, tampon officiel… Quand elle a enfin eu l’acte de mariage entre les mains, Anaïs est restée un instant hébétée en regardant leurs deux noms côte à côte.La voix d'Adrien a résonné près de son oreil
« Si vous continuez à faire des histoires, j'appelle la police », a dit Anaïs en marchant.En fermant la porte du palier de l'escalier, elle a entendu les cris aigus de sa mère : « Anaïs, ingrate ! Tu finiras par le payer ! »Anaïs a fermé les yeux et a inspiré profondément.Non. Ils finiraient p







