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Chapitre 5

Penulis: Trouvine
« Je n'ai pas perdu la tête. »

Anaïs regardait la surface du lac. Quelques cygnes glissaient paisiblement sur l'eau.

« Adrien m'a proposé des conditions très avantageuses. Pourquoi je refuserais ? »

« Mais… c'est quand même le père de Julien ! Enfin, pas son père biologique, d'accord, mais légalement c'est son père. Vous vous rendez compte de la situation ? Ça va être terriblement gênant… »

« Celui qui sera gêné, c'est Julien, pas moi », a répondu Anaïs d'un ton calme. « À partir de maintenant, c'est lui qui devra me témoigner un profond respect. »

Chloé est restée silencieuse un instant.

« Anaïs… tu fais ça parce que tu es trop blessée ? À cause de Julien ? Il ne mérite pas que tu en arrives là… C'est complètement absurde. »

« Ce n'est pas pour lui », l'a coupée Anaïs. « Chloé, je sais exactement ce que je fais. En épousant Adrien, j'obtiens tout ce que je veux : l'argent, le statut, les ressources. Et même plus que ce que j'avais imaginé dans mon scénario idéal. »

« Et tu l'aimes ? »

« Non », a répondu Anaïs sans hésiter.

« Je ne comprends pas pourquoi il m'a choisie, mais le contrat détaille clairement tous mes droits après le mariage. Et ça me convient parfaitement. »

Chloé a soupiré.

« Bon… tu as toujours été décidée. Mais fais attention quand même. Adrien Morel a une réputation compliquée. On dit qu'il est impitoyable et très stratégique. »

« Je sais », a dit Anaïs en pensant à ce regard profond.

« Mais pour l'instant, il se comporte bien avec moi. »

Elle a raccroché, puis est allée se laver.

Dans le miroir, elle a remarqué les marques encore visibles sur son cou malgré ses efforts pour les cacher.

Elle a poussé un léger soupir.

Son téléphone a vibré de nouveau.

Un message du groupe de l'entreprise.

« @Tous les employés : une nouvelle recrue rejoint aujourd'hui le service de design. Merci de lui réserver un bon accueil. »

Les messages de bienvenue ont rapidement suivi.

Anaïs a à peine regardé l'écran avant de le poser.

Elle s'est changée, a enfilé un pull à col roulé pour dissimuler les traces sur son cou, puis est descendue déjeuner.

Dans le quartier d'affaires de Belrive, la Tour Hélia dominait la ville.

Au 23e étage se trouvait l'Atelier Plume, l'un des studios de design les plus réputés du pays.

Les personnes recrutées ici étaient soit issues de grandes universités internationales, soit des talents exceptionnels.

Anaïs appartenait aux deux catégories.

Elle avait remporté des prix internationaux pendant ses études et avait été recrutée directement après son stage.

« Anaïs, bonjour. »

Sa collègue Sarah Dupont s'est approchée en baissant la voix.

« Tu es au courant ? La nouvelle a de sacrés soutiens. »

« Qui ? » a demandé Anaïs sans lever les yeux de son écran.

« La fiancée de Julien Morel. Celle dont les fiançailles viennent d'être annoncées. »

Les doigts d'Anaïs ont marqué une brève pause sur le clavier.

Sarah a poursuivi en haussant les épaules.

« Franchement, son école n'est même pas connue, et son portfolio est moyen. Sans le soutien des Morel, elle ne serait jamais entrée ici. »

À ce moment-là, la directrice est entrée dans le bureau commun avec une femme à ses côtés.

« Tout le monde, un instant. »

Elle a frappé dans ses mains pour attirer l'attention.

« Voici notre nouvelle collègue. Sophie Lambert rejoint le département design à partir d'aujourd'hui. Merci de l'accueillir. »

Sophie se tenait droite à côté d'elle.

Tailleur Chanel, maquillage impeccable, sourire parfaitement maîtrisé.

À sa main gauche, une bague de fiançailles brillait intensément.

Son regard a balayé la salle et s'est arrêté un instant sur Anaïs, avec un sourire un peu plus appuyé.

« Bonjour à tous, je suis Sophie Lambert », a-t-elle dit doucement. « Je suis ravie de rejoindre l'équipe. J'espère pouvoir apprendre de vous tous. »

Elle a ajouté :

« Et surtout d'Anaïs. J'ai beaucoup entendu parler de son talent, j'espère pouvoir progresser à ses côtés. »

Anaïs a immédiatement compris l'intention derrière ces mots.

Dans une équipe expérimentée, mettre en avant une nouvelle employée de cette manière revenait à lui attirer des problèmes.

Elle n'a pas réagi.

Le sourire de Sophie a légèrement vacillé.

On lui a attribué un poste juste en diagonale du bureau d'Anaïs.

Toute la matinée, Anaïs a senti un regard revenir régulièrement vers elle.

Six ans plus tôt, au début de sa relation avec Julien, Sophie était revenue de l'étranger sans prévenir.

Elle s'était présentée dans le restaurant où Anaïs dînait avec lui.

Julien avait été bouleversé.

Mais à cette époque, encore en colère contre Sophie pour son départ soudain, il était parti avec Anaïs.

C'est ce jour-là qu'Anaïs avait compris quelque chose qu'elle ignorait.

Julien avait commencé à la courtiser juste après avoir été quitté par son premier amour.

Par la suite, Sophie avait réussi à obtenir ses coordonnées.

Elle avait insisté pour garder le contact, jusqu'à ce qu'Anaïs accepte, juste pour avoir la paix.

Puis Sophie avait évoqué son passé avec Julien et lui avait fait comprendre qu'elle devait partir d'elle-même.

En réalité, ce n'était qu'une histoire de jeunesse : une relation simple interrompue par les circonstances.

Rien de plus.

À partir de là, Anaïs avait compris qu'il existait une autre femme dans le cœur de Julien.

Mais qui n'avait jamais été hanté par son passé ?

Quand on aime, on croit toujours que son histoire est unique.

On croit toujours que ça durera.

Anaïs n'avait pas échappé à cette illusion.

...

L'après-midi, en réunion, la directrice a présenté un nouveau projet :

« Le projet de villas haut de gamme. Le délai est large. Anaïs sera cheffe de projet, Sophie sera son assistante. »

« Très bien », a répondu Sophie avec un sourire.

Après la réunion, elle a rattrapé Anaïs.

« Anaïs, j'ai déjà quelques idées pour ce projet. »

Elle a affiché plusieurs visuels sur sa tablette.

« Ce sont des projets réalisés pendant mes études à l'étranger. Je pense qu'on pourrait partir sur une esthétique plus innovante, plus artistique. »

Anaïs a regardé rapidement.

La technique était correcte, mais les propositions ignoraient totalement les contraintes du terrain et les usages réels.

« Le projet vient à peine de commencer », a répondu Anaïs calmement. « Le client n'a donné qu'une idée initiale. »

Elle a poursuivi : « Avant de parler design, il faut analyser le terrain : orientation, pente, réglementation, vues, contraintes et profil des acheteurs. »

Elle a tendu le dossier.

« Tu me fais un rapport complet sur la parcelle A-3 d'ici vendredi. »

« Mais je pense qu'il faudrait commencer par un concept fort… »

« Ce n'est pas comme ça que fonctionne un projet sérieux », a répondu Anaïs.

Sa voix est restée neutre.

« Sans analyse, tu risques de tout refaire plus tard. Et si tu penses que l'analyse du terrain est inutile, ce métier n'est peut-être pas fait pour toi. »

Le visage de Sophie s'est crispé.

« Anaïs… tu as un problème avec moi ? »

Ses yeux se sont embués.

« C'est à cause de Julien ? Je sais que je ne devais pas revenir, mais on s'aime… je n'y peux rien… »

« Nous sommes au travail », a coupé Anaïs.

Sophie l'a retenue par la manche.

Sa bague a scintillé sous la lumière.

« Julien et moi sommes fiancés. Le passé est le passé. J'espère qu'on pourra bien s'entendre. Il ne voudrait pas qu'on soit en conflit. »

Anaïs a retiré doucement son bras.

« Premièrement, Julien et moi sommes séparés. »

« Deuxièmement, ici, on évalue le travail, pas les relations personnelles. »

Elle l'a regardée.

Un léger sourire ironique est apparu.

« Et troisièmement… ta bague semble un peu trop grande. Normal, elle avait été faite selon mes mesures à l'époque… »
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