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L'art de la gâter
L'art de la gâter
Penulis: Trouvine

Chapitre 1

Penulis: Trouvine

« Alors quoi ? Six ans de relation, c'était trop long ? Tu t'es lassé de moi ? »

Face à la question de la jeune femme, Julien Morel faisait tourner lentement son verre entre ses doigts, sans montrer beaucoup de réaction.

« Anaïs, pendant ces six années, je t'ai fait découvrir le monde, je t'ai envoyée étudier à l'étranger, je t'ai offert la meilleure vie possible. Maintenant, séparons-nous en bons termes et avec dignité. Ce n'est pas mieux ainsi ? »

Assise en face de lui, la jeune femme possédait une beauté presque agressive. Cheveux blonds comme les blés, lèvres rouges éclatantes, elle possédait une beauté saisissante impossible à ignorer.

À cet instant, ses magnifiques yeux légèrement relevés étaient traversés d'une froideur mordante, ce qui accentuait encore davantage son élégance glaciale. Elle était Anaïs Duval, la petite amie de Julien depuis six ans.

Son ton était légèrement moqueur.

« Julien, c'est toi qui avais dit que tu ne voudrais épouser personne d'autre que moi. C'est toi qui m'avais demandée en mariage devant tout le monde lors de la cérémonie de remise des diplômes. Et maintenant tu me parles de séparation paisible ? Toutes les promesses que tu m'as faites, elles valent quoi aujourd'hui ? »

L'expression de Julien s'est figée un instant, laissant apparaître une pointe de douleur.

« Une famille comme les Morel exige une épouse du même rang social. Mon père n'acceptera jamais quelqu'un de ton milieu. »

Son milieu.

Quand il l'avait courtisée, il disait pourtant que leurs différences sociales ne seraient jamais un obstacle.

Aujourd'hui, c'était devenu la raison de leur rupture.

« Anaïs, ce que nous avons vécu était réel. Alors laissons cette histoire dans le passé, d'accord ? Je vais mettre à ton nom l'appartement avec vue sur le fleuve, dans le quartier ouest. Et je vais te donner cinq cent mille euros. Prends cet argent et vis tranquillement. Si tu as le moindre problème plus tard, contacte-moi, d'accord ? »

Adossée à sa chaise, Anaïs écoutait ses paroles froides tandis qu'une douleur sourde lui broyait lentement le cœur.

Six ans.

De ses dix-neuf à ses vingt-cinq ans, elle avait passé toute sa jeunesse à ses côtés.

Elle avait cru qu'au moins, elle obtiendrait un peu de sincérité. Mais elle s'était trompée du tout au tout.

« Ce n'est pas à cause de ton père. C'est parce que Sophie Lambert est revenue, pas vrai ? Julien, tu m'avais promis de ne jamais me mentir. Et maintenant, même pour rompre, tu inventes encore des excuses. »

Le visage de Julien avait changé plusieurs fois d'expression avant qu'il ne finisse par admettre la vérité.

« Désolé, Anaïs. À l'époque, Sophie était partie malgré elle. Maintenant qu'elle est revenue… je ne peux pas la laisser tomber. »

Anaïs avait envie de rire. Elle voulait rire de sa propre naïveté et de l'hypocrisie de Julien.

Mais à cet instant, la douleur était plus forte que tout.

« Je ne veux pas de l'appartement. Donne-moi l'argent à la place. Cinq cent mille de compensation, plus la valeur de l'appartement… ça doit représenter plusieurs millions, non ? Je veux deux millions cinq cent mille euros. Tu me les verses avant demain, à midi. Passé midi, j'envoie nos conversations de ces six dernières années aux magazines people. »

Julien lui avait brusquement attrapé le poignet.

« Anaïs, inutile d'en arriver là. Si tu voulais de l'argent, tu pouvais simplement me le demander. »

Anaïs a retiré sèchement son bras avant d'enfiler son manteau.

« Dépenser deux millions cinq cent mille euros pour préserver la réputation du fameux M. Morel, fidèle à son premier amour depuis toujours… c'est une bonne affaire. Tu n'es pas perdant. »

Julien est resté immobile à regarder sa silhouette s'éloigner.

À cet instant, quelque chose s'est soudain vidé dans son cœur. Mais il a rapidement chassé ce malaise. Pendant six ans, elle avait vécu enfermée dans la cage dorée qu'il lui avait construite. Si elle voulait partir, alors qu'elle parte.

Sophie était revenue, les malentendus étaient enfin dissipés. Il l'avait attendue pendant tant d'années ; il ne pouvait plus la laisser lui échapper.

Quant à Anaïs, après six ans à ses côtés, l'argent qu'il lui avait donné suffisait largement à lui assurer une vie confortable.

Il estimait avoir fait tout ce qu'il devait.

En quittant l'hôtel, Anaïs a longé lentement le fleuve. Elle était une femme extrêmement fière. Les larmes qu'elle retenait depuis si longtemps ont fini par déborder.

Six ans, ce n'était pas six jours. C'était toute sa jeunesse.

Comment n'aurait-elle pas souffert après une rupture aussi brutale ?

Très vite, une notification bancaire est apparue sur son téléphone.

Deux millions cinq cent mille euros. Pas un centime de moins.

Elle a rangé son portable, essuyé ses larmes puis a levé les yeux vers les gratte-ciel illuminés de l'autre côté du fleuve.

La vue nocturne de Belrive était magnifique. Les lumières scintillaient comme dans un rêve. C'était la ville où elle avait désespérément voulu s'enraciner.

Six ans plus tôt, elle avait quitté sa petite ville de province après avoir été admise à l'université de Belrive, l'une des meilleures du pays.

Ses parents lui avaient alors dit : « À quoi ça sert qu'une fille fasse autant d'études ? Le plus important, c'est de se marier rapidement. Ton frère entre bientôt en terminale, il a besoin de cours particuliers. La famille manque d'argent, débrouille-toi toute seule. »

Elle n'avait ni pleuré ni protesté. Elle était partie de chez elle, avait contracté un prêt étudiant et cumulé trois petits boulots.

Quelques mois après la rentrée, elle avait rencontré Julien lors d'un concours de débat. Il était riche, beau, héritier d'une immense fortune.

Après une seule rencontre, il s'était lancé dans une poursuite assidue : fleurs, cadeaux, voitures de luxe, attention constante…

Tout le monde les enviait.

Au début, Anaïs était complètement perdue.

Puis elle avait compris.

Elle voulait s'élever. Elle voulait l'argent, le pouvoir et une place dans cette ville.

Julien avait l'argent, le statut, un beau visage et il la traitait correctement. Pourquoi refuserait-elle ?

Pendant six ans, grâce à Julien, elle avait goûté au monde des puissants. Mais elle savait aussi que tout cela reposait uniquement sur son statut de « petite amie de Julien Morel ».

Le jour où ce titre disparaîtrait, elle ne serait plus rien. Alors elle avait travaillé sans relâche.

Étudier, décrocher des bourses, développer ses réseaux sociaux, intégrer après son diplôme le meilleur cabinet d'architecture de la ville…

Elle faisait constamment des heures supplémentaires jusqu'au milieu de la nuit.

À peine son téléphone rangé dans sa poche, un nouveau message est apparu.

« Anaïs, c'est maman. Ton frère a une petite amie et ils veulent se marier. La famille de la fille demande huit mille euros pour le mariage, et ils veulent aussi un appartement à Belrive. Nous n'avons vraiment pas autant d'argent. Tu pourrais aider ton frère ? Je sais que tu as réussi et que tu connais sûrement beaucoup de gens riches à Belrive… »

Anaïs était déjà épuisée, aussi bien physiquement que mentalement.

Sans réagir, elle a bloqué le numéro, supprimé le message puis a continué d'avancer avant de tourner dans une rue calme.

C'était le vieux quartier de Belrive.

Les platanes bordaient les rues et les réverbères diffusaient une lumière jaune et tamisée.

Avec l'argent économisé grâce à son activité de blogueuse, ainsi qu'une partie financée par Julien, elle avait acheté un petit appartement dans ce quartier.

Devant l'immeuble se tenaient un homme et une femme qui regardaient autour d'eux avec anxiété.

Le cœur d'Anaïs s'est serré.

Ces deux personnes étaient ses parents, avec qui elle n'avait plus eu aucun contact depuis six ans.

Les problèmes semblaient s'enchaîner sans fin.

« Anaïs ! »

Sa mère l'a immédiatement repérée et s'est précipitée vers elle pour lui attraper le bras.

« Enfin te voilà ! Je t'ai appelée tellement de fois, pourquoi tu ne répondais pas ? »

Son père s'est approché lui aussi avec un sourire gêné.

« Anaïs, je sais qu'on a eu tort autrefois, mais une famille ne garde pas rancune éternellement. Le mariage de ton frère ne peut vraiment plus attendre. La fille est enceinte… s'ils ne se marient pas rapidement, sa famille risque de porter plainte… »

Anaïs a repoussé la main de sa mère et a reculé d'un pas.

« À l'époque, vous aviez dit de faire comme si vous n'aviez jamais eu de fille. Alors aujourd'hui, de quel droit venez-vous me demander de l'argent ? »

« Ce n'étaient que des paroles sous le coup de la colère ! » a sangloté sa mère. « Tu es ma fille, la chair de ma chair ! Anaïs, je sais que tu as réussi maintenant. Tu t'en sors bien à Belrive. Aide juste ton frère… je t'en supplie… »

« Je n'ai pas d'argent », a coupé froidement Anaïs. « Je suis juste salariée. Mon salaire suffit à peine à payer mon loyer et mes repas. »

« Tu nous prends pour des idiots ? » a soudain rugi son père. « Je me suis renseigné ! Ton petit ami est l'héritier de la famille Morel ! Les Morel sont la famille la plus riche de Belrive ! Il suffirait que tu laisses filer un peu d'argent entre tes doigts pour acheter un appartement à ton frère ! »

Anaïs a éclaté d'un rire glacé.

« Pendant six ans, vous ne vous êtes jamais souciés de moi. Mais dès que vous avez appris que j'étais liée à une famille riche, vous êtes venus réclamer de l'argent. Vous savez vraiment faire vos calculs. »

« Comment oses-tu nous parler comme ça ? » s'est emporté son père, le visage rouge de colère. « On t'a élevée pendant toutes ces années et maintenant tu refuses d'aider ta famille ? Tu profites toute seule de la belle vie ! Tu es vraiment une ingrate, tu n'as donc aucune conscience ? »

Sa mère s'est remise à pleurer.

« Anaïs… aie pitié de ton frère. S'il ne peut pas se marier, alors je ne veux plus vivre… »

« J'ai pas d'argent à donner. »

Anaïs les a repoussés avant d'entrer dans l'immeuble.

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