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Chapitre 2

Author: Trouvine

« Si vous continuez à faire des histoires, j'appelle la police », a dit Anaïs en marchant.

En fermant la porte du palier de l'escalier, elle a entendu les cris aigus de sa mère : « Anaïs, ingrate ! Tu finiras par le payer ! »

Anaïs a fermé les yeux et a inspiré profondément.

Non. Ils finiraient par en payer le prix.

De retour chez elle, elle a retiré ses talons et s'est laissée tomber sur le canapé en poussant un soupir.

Elle ne pouvait plus rester à cette adresse. Sinon, ce couple continuerait à la harceler. Elle a froncé les sourcils, à la fois agacée et épuisée.

Son téléphone a de nouveau sonné. C'était un numéro local inconnu.

« Allô ? »

« Mademoiselle Anaïs Duval ? Bonjour, je suis Adrien Morel. Si vous êtes disponible, j'aimerais vous rencontrer. »

Adrien Morel.

Le véritable dirigeant du Groupe Morel, une légende du monde des affaires de Belrive, et le père adoptif de Julien.

Pourquoi voulait-il la voir ?

Adrien et Julien n'avaient que dix ans d'écart. Ils étaient père et fils adoptif, mais Julien faisait bien partie de la famille Morel. Anaïs n'en connaissait pas les détails.

Elle a repensé à ce que Julien disait de cet homme : froid, distant, autoritaire, rigide, et d'une efficacité redoutable.

Elle ne pouvait pas se permettre de l'offenser. Quant à refuser, elle n'en avait même pas la possibilité.

Le rendez-vous avait lieu dans un club privé.

Adrien était assis près de la fenêtre. Il portait un costume gris foncé, parfaitement ajusté, sa chemise impeccablement boutonnée.

Il semblait plus jeune que sur les photos des magazines, mais aussi beaucoup plus intimidant.

Ses traits étaient profonds, sa mâchoire nette, et il portait des lunettes sans monture.

« Mademoiselle Duval, asseyez-vous. »

Anaïs s'est assise en face de lui, en essayant de garder son calme.

« Monsieur Morel, pourquoi vouliez-vous me voir ? »

« Vous avez rompu avec Julien. »

Anaïs a levé un sourcil. Elle a compris immédiatement son intention : comme la plupart des familles riches, il voulait vérifier qu'elle ne causerait plus de problèmes à son fils.

« Oui. Si vous êtes ici pour vous assurer que je ne l'importunerai plus, soyez rassuré. C'est terminé entre nous. »

Adrien l'a regardée longuement.

« Je ne suis pas venu pour lui. J'ai une proposition. Épousez-moi. »

Anaïs a eu un moment de silence.

« Monsieur Morel, ce n'est pas drôle. »

Il a sorti un dossier et l'a posé devant elle.

« Je ne plaisante pas. Voici le projet de contrat de mariage que j'ai fait préparer. Vous pouvez le consulter. »

Anaïs a senti son esprit s'emballer.

Adrien Morel, l'homme le plus puissant de Belrive, milliardaire, trente-cinq ans, jamais marié.

Et il lui proposait ça ? À elle, l'ex-petite amie de son propre fils adoptif ?

« Pourquoi ? » a-t-elle demandé.

Il s'est légèrement adossé.

« J'ai besoin d'une épouse. Ma grand-mère insiste. Vous êtes un bon choix : intelligente, belle, diplômée et ambitieuse. Et j'apprécie votre manière de penser. Vous savez tirer parti des opportunités. Vous avez même réussi à convaincre votre ancien petit ami de vous verser deux millions cinq cent mille euros de son plein gré. Vous êtes faite pour devenir Mme Morel. »

Le cœur d'Anaïs a légèrement bondi.

Il savait tout.

Tout ce qu'elle avait calculé, tout ce qu'elle avait caché.

« Si vous acceptez, vous aurez tout ce que vous voulez. Argent, statut, ressources. Et vous pourrez aussi obtenir votre revanche. De mon côté, j'aurai une épouse convenable pour rassurer ma famille. »

« Y a-t-il une durée ? » a-t-elle demandé.

« Aucune. Dans la famille Morel, on ne divorce pas facilement. Sauf si vous insistez. »

« Et si on ne s'entend pas ? »

« On s'adapte. Tant que vous respectez votre rôle de Mme Morel et mes limites, je vous traiterai correctement. Les sentiments peuvent venir avec le temps. »

« Et mes obligations ? »

« Apparaître en société avec moi, jouer le rôle de mon épouse, gérer les réunions familiales. Et… »

Il a marqué une pause.

« Il y a aussi la vie conjugale. Je suis un homme normal, j'ai aussi mes besoins. Avant le mariage, je peux me contrôler ou m'en occuper seul, mais après le mariage, je considère que ce n'est plus nécessaire. Je n'accepte pas un mariage sans intimité. »

« Mais vous avez trente-cinq ans et moi vingt-cinq ans. Il y a dix ans d'écart entre nous. » Anaïs lui a rappelé la différence d'âge, qui pouvait rendre leur relation moins harmonieuse.

Adrien a légèrement haussé un sourcil.

« Donc, vous pensez que je suis trop vieux et que je ne suis pas à la hauteur sur ce plan-là ? »

Anaïs a resté sans voix. Comment pouvait-il toujours finir par rendre ce genre de conversation aussi ambiguë ?

Adrien l'a regardée, observant la rougeur qui s'étendait sur ses joues, le regard assombri.

« Mon travail m'occupe beaucoup et je suis souvent en déplacement professionnel et je ne suis pas souvent à la maison. Vous aurez une liberté totale pour faire ce que vous voulez. En plus, je vous verserai un million d'euros par mois. Toutes les ressources du Groupe Morel vous seront accordées en priorité. Vous pourrez continuer à être architecte ou ouvrir votre propre cabinet, comme vous le souhaitez. »

Comment Anaïs aurait-elle pu ne pas être tentée ? N'importe qui aurait été ébloui par une telle fortune, même si tout cela ressemblait vraiment à une arnaque.

« J'ai besoin de temps pour réfléchir », a-t-elle dit.

Adrien s'est levé.

« D'accord. Mon vol est demain soir. Je serai en déplacement pendant une semaine et je reviendrai ensuite. J'espère avoir votre réponse à ce moment-là. »

Il s'est dirigé vers la porte, puis s'est arrêté et s'est retourné vers elle.

« Anaïs, ce que Julien peut vous offrir, je peux vous l'offrir dix fois plus. Ce qu'il ne peut pas vous donner, moi je peux vous le donner aussi. Réfléchissez bien. »

La porte s'est refermée. Anaïs a ouvert le dossier posé sur la table et l'a parcouru page après page. Les clauses étaient claires, les conditions extrêmement avantageuses : un don mensuel d’un million d'euros, l'ensemble des ressources du groupe Morel mises à sa disposition, ainsi que le soutien pour créer son propre cabinet de design.

En échange, elle devait jouer correctement le rôle de Mme Morel et assumer ses obligations conjugales.

Anaïs a refermé le dossier et a tourné le regard vers la fenêtre.

La nuit était déjà très profonde. De l'autre côté du fleuve, les néons scintillaient comme un rêve, un rêve fastueux façonné spécialement pour elle.

Il lui suffisait de signer ce contrat pour se libérer totalement de son passé, atteindre l'indépendance financière, franchir les barrières sociales et se hisser au sommet de Belrive.

Mais le prix à payer était clair : elle devait épouser un homme de dix ans son aîné, un homme qu'elle ne connaissait pas, et qui était officiellement le père adoptif de son ex-petit ami.

C'était forcément une relation déséquilibrée, avec un fossé immense de statut, de position sociale et d'expérience de vie.

Est-ce que ça en valait la peine ?

Anaïs s'est souvenue de l'après-midi même : les visages cruels de ses parents au pied de l'immeuble.

Elle s'est souvenue de Julien dans le restaurant, de son air hautain, comme s'il lui faisait une faveur.

Elle s'est souvenue de ces six années où elle avait avancé avec prudence, comme sur une corde raide, en essayant désespérément d'entrer dans la famille Morel.

Elle s'est souvenue des nuits de travail jusqu'à l'épuisement, à s'endormir sur son bureau sans jamais réussir à franchir la barrière sociale.

Elle en avait assez.

Assez de vivre sous le regard des autres, assez de dépendre de quelqu'un, assez d'être examinée et choisie par les autres.

Anaïs a pris le stylo. Elle a hésité une dernière fois, la pointe suspendue au-dessus du papier.

Devait-elle signer ?

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Comments (1)
goodnovel comment avatar
anita
Magnifique
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