Share

Chapitre 3

Author: Trouvine

Une semaine plus tard, ils se sont retrouvés à la mairie.

Les démarches ont été rapides.

Signatures, tampon officiel… Quand elle a enfin eu l’acte de mariage entre les mains, Anaïs est restée un instant hébétée en regardant leurs deux noms côte à côte.

La voix d'Adrien a résonné près de son oreille.

« On passe à ton appartement pour t'aider à déménager. »

C'est seulement à ce moment-là qu'elle a réellement pris conscience qu'elle était mariée à Adrien. Désormais, ils allaient vivre ensemble, partager le même quotidien, la même intimité… alors qu'elle ne connaissait presque rien de lui.

Elle ignorait où il vivait, quelles étaient ses habitudes, ce qu'il aimait ou détestait.

Pendant tout le trajet, le chauffeur est resté silencieux. Anaïs et Adrien étaient assis à l'arrière, séparés par la largeur d'un bras.

« Voici Louis Martin, l'un de mes assistants », a dit Adrien en désignant l'homme installé à l'avant. « Si tu as besoin de quoi que ce soit à l'avenir, tu peux lui en parler directement. »

L'homme s'est retourné avec respect et a incliné la tête.

« Bonjour, Madame. »

Anaïs a répondu d'une petite voix, légèrement mal à l'aise.

Son appartement se trouvait dans une ancienne demeure rénovée de trois étages, dont la façade était recouverte de lierre.

« J'habite au 3e étage », a-t-elle dit en descendant de voiture.

Adrien est également descendu et a demandé à Louis de les attendre en bas.

L'escalier était étroit. Les lumières automatiques se sont allumées au rythme de leurs pas. Anaïs a sorti ses clés pour ouvrir la porte, consciente qu'Adrien se tenait juste derrière elle, à un demi-pas de distance.

Sa présence l'enveloppait discrètement, accompagnée d'un parfum frais aux notes de cèdre.

La porte s'est ouverte sur un petit studio d'une quarantaine de mètres carrés avec une ambiance chaleureuse et soignée : canapé crème, bibliothèque en bois clair, aquarelles et esquisses de design accrochés au mur.

Une grande baie vitrée orientée vers le sud donnait sur un petit balcon où séchaient quelques vêtements fraîchement lavés… ainsi que plusieurs ensembles de lingerie en dentelle.

Le visage d'Anaïs est devenu écarlate.

Elle s'est précipitée pour rentrer le linge, mais Adrien lui a doucement saisi le poignet.

« Je m'en occupe. »

Il a tendu la main pour récupérer les vêtements. Ses doigts longs et élégants décrochaient soigneusement les tissus délicats.

Lingerie, nuisettes, vêtements de nuit… Il les a pliés un par un avant de les déposer dans un panier en osier.

« Vraiment… je pouvais le faire moi-même », a murmuré Anaïs.

Sans lever les yeux, Adrien a répondu :

« Un mari qui aide sa femme à ranger ses affaires, ça n'a rien d'étrange, non ? »

Il parlait comme si c'était parfaitement naturel, mais Anaïs sentait son cœur battre un peu trop vite.

Une fois le linge rentré, Adrien a observé le petit appartement. Son regard a parcouru les livres de la bibliothèque, les projets de conception inachevés sur le bureau, puis s'est arrêté sur l'accoudoir du canapé.

Une écharpe y était posée.

Un modèle classique Burberry pour homme.

Adrien s'est approché et l'a prise en main.

« C'est à lui ? »

Anaïs rangeait des livres sur la table. Elle a levé les yeux.

« Oui. C'est à Julien. »

Adrien a plié l'écharpe en deux, s'est dirigé vers la poubelle… puis l'a laissée tomber dedans.

Ensuite, il s'est tourné vers elle.

« Madame Morel, on ne garde pas les affaires d'un ex. »

Ce qu'il disait était logique. Anaïs pensait la même chose. Pourtant, quelque chose lui a quand même serré le cœur.

Ce n'était pas qu'elle éprouvait encore des sentiments pour Julien. Mais ces six années faisaient partie de sa vie, les bons comme les mauvais souvenirs.

Adrien a semblé percevoir son inconfort et s'est approché.

« Tu n'arrives pas à t'en détacher ? »

« Non. C'est juste que… je me trouve ridicule. »

« Ridicule ? »

Anaïs a esquissé un sourire amer.

« J'ai vraiment cru qu'en restant avec le propriétaire de cette écharpe, je pourrais m'élever socialement grâce à l'amour. En fait, ce n'était qu'une illusion. »

Elle a détourné la tête et repris ses affaires.

Vêtements, livres, matériel de dessin, maquillage…

Elle possédait peu de choses. Très vite, tout a été réparti dans deux valises et un carton.

Adrien a retroussé les manches de sa chemise, pris la valise la plus lourde et soulevé le carton de l'autre main.

« Ne touche à rien. Je reviendrai chercher le reste. »

Anaïs allait dire qu'elle pouvait l'aider, mais il était déjà sorti.

Cet homme qui, quelques heures plus tôt encore, lui semblait inaccessible — légende du monde des affaires et dirigeant du Groupe Morel — était maintenant son mari… et son déménageur.

Arrivés en bas, Louis a ouvert le coffre. Adrien y a rangé les bagages avant de se tourner vers Anaïs.

« À part une dernière valise, tout est descendu ? »

Anaïs s'est soudain souvenue de la salle de bain.

« Il reste quelques vêtements là-haut. Comme c'est humide, ils risquent de moisir si je les laisse. Je compte vendre cet appartement plus tard, donc je préfère éviter ça. »

Dans les logements anciens, l'humidité était parfois telle que les vêtements finissaient rapidement par moisir.

« J'y vais », a simplement dit Adrien avant de remonter.

Anaïs a voulu le suivre, mais Louis l'a arrêtée poliment.

« Madame, montez plutôt en voiture. Laissez Monsieur s'en charger. »

Adrien a poussé la porte de la salle de bain.

La pièce était petite mais impeccablement propre.

Sur le lavabo se trouvaient une brosse à dents électrique et plusieurs produits de soin féminins. Près du miroir étaient suspendus une serviette de couleur lavande et quelques vêtements.

Son regard a balayé l'ensemble… avant de se figer sur une étagère dans un coin.

Une chemise d'homme.

Ses yeux se sont assombris.

Même s'il savait qu'Anaïs et Julien n'avaient jamais vécu ensemble, voir les affaires d'un autre homme dans cet espace intime lui a donné l'impression de recevoir un couteau en plein cœur.

Sans rien laisser paraître, il a froissé la chemise avant de la jeter à la poubelle, pour rejoindre l'écharpe.

Puis il a ouvert le robinet et s'est lavé les mains. L'eau glacée a coulé sur ses doigts, sans parvenir à calmer l'agitation qui montait en lui.

Le passé entre Anaïs et Julien était une réalité qu'il connaissait depuis six ans déjà.

Mais savoir et voir de ses propres yeux étaient deux choses totalement différentes.

Cela faisait trop longtemps.

Il avait attendu bien trop longtemps.

Quand il est remonté dans la voiture, Anaïs a immédiatement senti que quelque chose n'allait pas.

« Qu'est-ce qu'il y a ? »

« Rien », a-t-il répondu sans la regarder.

Mais il y avait clairement quelque chose.

Anaïs a réfléchi un instant, puis elle a compris.

« Tu as vu quelque chose, c'est ça ? »

Il est resté silencieux.

Donc elle avait raison.

Le cœur d'Anaïs s'est serré. Qu'est-ce qu'il avait vu dans la salle de bain ? Puis elle s'en est souvenue.

La chemise.

La semaine précédente, Julien était passé chez elle. Il avait un rendez-vous important, mais il avait renversé du café sur sa chemise juste avant la réunion.

Comme son appartement était proche du siège du Groupe Morel, il était venu prendre une douche et se changer.

« C'était un accident », a-t-elle expliqué. « Il avait du café sur lui, alors il est venu se changer ici. Ensuite il a oublié sa chemise… »

La voix d'Adrien est devenue plus froide.

« Tu n'as pas besoin de te justifier. Ce qui se passait entre vous ne me regarde pas. »

Pourtant, ses lèvres serrées et ses sourcils légèrement froncés criaient exactement l'inverse : il était contrarié.

Un sentiment étrange est monté dans le cœur d'Anaïs.

Mais pourquoi ?

« Adrien… », l'a-t-elle appelé doucement.

« Oui ? »

« Tu es fâché ? »

Il lui a enfin jeté un regard.

« Non. »

Anaïs était certaine du contraire.

« Si. »

Il a tourné la tête vers la fenêtre.

« Voir les affaires d'un autre homme chez sa femme, imaginer qu'un autre homme ait pu passer la nuit ici… si un mari ne réagit pas à ça, ce ne serait pas un peu anormal ? »

Anaïs est restée un instant figée avant de répondre doucement :

« Notre passé existe, c'est vrai. Mais il n'a jamais passé la nuit chez moi… jamais. »

Pendant ces six dernières années, Julien était resté fidèle à Sophie. Anaïs et lui s'étaient embrassés, enlacés, avaient partagé des moments intimes… mais ils n'avaient jamais dormi ensemble.

« Je sais », a répondu Adrien en se tournant de nouveau vers l'avant.

Mais il n'arrivait pas à contrôler ce qu'il ressentait.

Anaïs s'est demandé ce qu'il croyait savoir exactement.

La voiture est entrée dans la Résidence Céleste de Belrive avant de s'arrêter devant une villa au bord du lac.

Jardins paysagers, piscine, immense bâtiment principal… tout correspondait parfaitement à l'image qu'Anaïs se faisait d'une demeure de grand luxe.

« C'est ici que tu habites ? » a-t-elle demandé.

Adrien l'a conduite vers l'intérieur.

« Je suis souvent en déplacement, donc je ne reste pas beaucoup à Belrive. Mais maintenant qu'on est mariés, je reviendrai plus souvent. »

Le cœur d'Anaïs a raté un battement.

Plus souvent ? Ce qui voulait dire…

Adrien a semblé lire dans ses pensées.

« Ta chambre est au deuxième étage, juste à côté de la mienne. Ne t'inquiète pas… tant que tu ne te sentiras pas prête, je ne te toucherai pas. »

Continue to read this book for free
Scan code to download App

Latest chapter

  • L'art de la gâter   Chapitre 163

    Anaïs…Était vraiment sa fille ?Lily a senti le monde vaciller autour d'elle.Ces derniers jours, Éléonore s'était accrochée à elle, refusant qu'elle s'éloigne, et son projet de partir à Belrive pour rencontrer Anaïs avait sans cesse été repoussé.Elle a saisi le bras de Silvain. « Mon père a fait enquêter sur elle. Anaïs est notre fille. Ils ont fait le test ADN. »Silvain s'est figé.Même s'il s'y était préparé, même s'il l'avait soupçonné dès leur première rencontre, le choc lui a tout de même coupé le souffle.Sa fille.Pendant plus de vingt ans, sa fille avait vécu loin d'eux.Il n'avait aucune idée de ce qu'elle avait traversé ni de toutes les difficultés qu'elle avait dû affronter.Pourquoi n'avait-il pas agi dès la première fois qu'il l'avait vue ?S'il avait demandé un test ADN plus tôt, leur famille aurait pu se retrouver depuis longtemps.Tant qu'elle n'avait pas eu la certitude qu'Anaïs était son enfant, Lily avait encore pu être retenue par Éléonore.Maintenant qu'elle av

  • L'art de la gâter   Chapitre 162

    « Incroyable ? »« Oui. » Anaïs a tourné la tête vers lui. « Quelque part, il y a une personne que je ne connais pas. Peut-être que je ne la rencontrerai jamais de toute ma vie. Je ne sais ni son nom ni à quoi elle ressemble. Et pourtant, parce que j'ai signé par hasard un formulaire de consentement il y a des années, nos vies viennent de se croiser de cette manière. Une partie de moi va entrer dans son corps et l'aider à continuer de vivre. »Adrien avait toujours su qu'Anaïs avait un cœur doux.Malgré les injustices et les épreuves qu'elle avait traversées, elle continuait à regarder le monde avec bienveillance. « Oui, c'est assez extraordinaire. » Sa voix s'est adoucie presque malgré lui. « Alors… ce que tu fais est vraiment admirable. »Un sourire a fleuri sur les lèvres d'Anaïs.De retour à la Résidence Céleste, Anaïs a profité du dîner pour annoncer qu'elle serait hospitalisée dès le lendemain.« Hospitalisée ? » Anna a sursauté et reposé aussitôt le bol qu'elle tenait. « Madam

  • L'art de la gâter   Chapitre 161

    Quelques jours ont passé en un clin d'œil.Les résultats du typage HLA à haute résolution et du bilan médical complet étaient enfin disponibles.Le médecin a posé les deux dossiers devant Anaïs.Il a ouvert le premier rapport et lui a montré les différentes données.« Commençons par la compatibilité HLA. Le résultat est excellent. Les dix marqueurs analysés sont compatibles : on parle d'une compatibilité complète, dix sur dix. Chez deux personnes sans lien de parenté, c'est un résultat rare et précieux. Cela augmente les chances de réussite de la greffe et réduit également le risque de réaction du greffon après la transplantation. »Le cœur d'Anaïs a accéléré d'un battement.Le médecin a ensuite ouvert le second dossier.« Quant à votre bilan général, l'état de santé est excellent. Tous les paramètres se situent dans les normes, et certains sont même meilleurs que ceux de nombreuses personnes de votre âge. Tout est parfaitement compatible avec un don. Nous n'avons relevé aucune contre-

  • L'art de la gâter   Chapitre 160

    Dans la journée, Anaïs se comportait comme d'habitude avec lui.Mais dès que venait le soir, la frontière entre eux redevenait nette.Le troisième soir, Adrien a fini par ne plus tenir. « Anaïs. »« Hmm ? »« Tu es retournée dormir dans ta chambre parce que je te dérange la nuit ? » Il avait posé la question avec le plus grand sérieux.Anaïs n'a pas pu s'empêcher de sourire. « Pas du tout. Tu dors très calmement, tu bouges à peine. »« Alors… je te prends la couette ? » Adrien poursuivait son enquête.Cette fois, Anaïs a éclaté de rire, les yeux plissés de gaieté. « Non plus. La couette est immense, il y en a largement assez pour nous deux. »En voyant son sourire, Adrien s'est légèrement détendu.Mais il n'avait toujours pas obtenu la réponse qu'il cherchait.« Alors est-ce que… ces derniers temps, je t'ai mise sous pression ? »« Sous pression ? » Anaïs a cligné des yeux, sans comprendre. « Quelle pression ? »Adrien est resté silencieux deux secondes.Son regard s'est posé sur son v

  • L'art de la gâter   Chapitre 159

    Ça…Anaïs ne présentait aucun signe de grossesse.Et puis, à chaque fois, ils avaient pris leurs précautions avec sérieux.Hypothèse éliminée.Le visage impassible, Adrien est retourné s'allonger et a poursuivi sa lecture.Le résultat suivant avait reçu énormément de votes positifs :Félicitations ! Votre femme est probablement amoureuse de quelqu'un d'autre. Son cœur est ailleurs, alors forcément, elle n'a plus envie de partager votre lit.Le regard d'Adrien s'est glacé.Impossible.Anaïs n'était pas ce genre de femme.Il a fait défiler l'écran jusqu'à une dernière réponse :La raison la plus profonde, c'est qu'elle n'aime pas son mari. Sans amour, elle n'a plus envie d'intimité. Faire chambre à part n'est que la première étape. Ensuite vient la séparation, puis le divorce.Clac.Adrien a retourné son téléphone face contre la table de chevet.L'écran s'est éteint.Il ne restait plus dans la chambre qu'une petite lampe allumée près du lit, dessinant son profil fermé dans une lumière à

  • L'art de la gâter   Chapitre 158

    Adrien travaillait énormément et avait toujours eu le sommeil léger.Anaïs ne voulait pas perturber son repos en veillant tard pour dessiner, en se levant fréquemment ou en faisant du bruit au beau milieu de la nuit.Au début de leur mariage, ils dormaient déjà séparément.Maintenant qu'Enzo était reparti, il lui semblait donc logique de regagner sa chambre.« Oui, merci. Vous pouvez remettre mes affaires dans ma chambre. Je vais y dormir dès ce soir. »« Dès ce soir ? » Le ton d'Adrien était sorti un peu trop vite.« Oui. Je n'ai pas beaucoup d'affaires, ça devrait être rapide. Merci, Anna. » Anaïs n'avait pas remarqué la légère variation dans sa voix.« Avec plaisir, madame. » Anna s'est aussitôt mise au travail.Adrien, lui, est resté silencieux en observant le profil calme d'Anaïs.Les mots qu'il s'apprêtait à prononcer sont restés coincés dans sa gorge.Il avait envie de lui dire qu'elle n'avait pas besoin de déménager. Qu'elle pouvait rester dans la suite principale.Mais Anaïs a

  • L'art de la gâter   Chapitre 6

    « Après tout, à l'époque, c'était moi qui avais choisi la bague, et elle avait été faite à mes mesures. »Le visage de Sophie a perdu de ses couleurs.Elle a fixé le dos d'Anaïs qui s'éloignait déjà, les poings serrés. La bague de fiançailles, mal ajustée, lui blessait la paume à force de frotteme

  • L'art de la gâter   Chapitre 5

    « Je n'ai pas perdu la tête. »Anaïs regardait la surface du lac. Quelques cygnes glissaient paisiblement sur l'eau.« Adrien m'a proposé des conditions très avantageuses. Pourquoi je refuserais ? »« Mais… c'est quand même le père de Julien ! Enfin, pas son père biologique, d'accord, mais légale

  • L'art de la gâter   Chapitre 4

    Anaïs a poussé un soupir de soulagement.Une domestique l'a conduite jusqu'à sa chambre. C'était une véritable suite, avec une chambre, un dressing, une salle de bains et même un petit salon. La vue était magnifique et donnait directement sur le lac.Ce qui a le plus surpris Anaïs, c'est que la dé

  • L'art de la gâter   Chapitre 2

    « Si vous continuez à faire des histoires, j'appelle la police », a dit Anaïs en marchant.En fermant la porte du palier de l'escalier, elle a entendu les cris aigus de sa mère : « Anaïs, ingrate ! Tu finiras par le payer ! »Anaïs a fermé les yeux et a inspiré profondément.Non. Ils finiraient p

More Chapters
Explore and read good novels for free
Free access to a vast number of good novels on GoodNovel app. Download the books you like and read anywhere & anytime.
Read books for free on the app
SCAN CODE TO READ ON APP
DMCA.com Protection Status