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CHAPITRE 90 — LES SOUVENIRS

Author: Eternel
last update publish date: 2026-08-21 21:11:11

Aurora

La photographie ne me lâche pas, elle est restée sur la table de la cuisine toute la journée, et chaque fois que je passe devant, je ralentis, je m'arrête, je la regarde, et je sens que quelque chose en moi se déchire doucement, comme un voile qu'on écarte, comme une porte qu'on pousse, comme un souvenir qui ne demande qu'à remonter. La maison de pierre, la femme blonde, la petite fille en robe blanche, cette lumière dorée qui baigne la scène comme un tableau ancien, tout cela me parle,
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  • L'enfant du milliardaire    CHAPITRE 94 — LA NUIT DU MASSACRE

    AuroraJe ne bouge plus, je ne respire plus, je tiens la photographie serrée entre mes doigts, et je regarde Delacroix, j'attends, j'attends qu'il parle, qu'il raconte, qu'il me dise ce qui s'est passé cette nuit-là, cette nuit dont je ne me souviens pas, cette nuit qui m'a enlevé mon nom, mes parents, mon enfance, cette nuit qui a fait de moi une étrangère à moi-même. Il baisse les yeux, il inspire, il joint les mains, et quand il reprend, sa voix est plus basse, plus lente, comme s'il choisissait chaque mot, comme s'il savait que ces mots vont me traverser comme des lames.— Vos parents, Charles et Éléonore Montclair, ont été assassinés dans la nuit du 3 au 4 octobre 2005. Vous aviez sept ans. Vous étiez dans la maison, avec eux, avec Léo. L'attaque a été préparée, exécutée, et dissimulée. On a pa

  • L'enfant du milliardaire    CHAPITRE 93— AURORA MONTCLAIR

    AuroraMaître Delacroix revient le lendemain, et cette fois, je le reçois seule dans le salon, parce que j'ai besoin d'entendre la vérité sans le regard de Lionel sur moi, sans sa main qui se tend, sans son silence qui me protège et m'étouffe à la fois. Il entre, il s'assoit, il ouvre sa mallette avec les mêmes gestes lents que la veille, et il en sort une chemise en cuir, une chemise sombre, usée sur les bords, qui contient des documents que je regarde comme s'ils allaient me mordre. Il les pose un par un sur la table basse, il les lisse du plat de la main, et il commence à parler, et sa voix est calme, posée, presque douce, comme s'il mesurait la violence de chacun de ses mots.— Voici votre acte de naissance, dit-il. Établi à la mairie du huitième arrondissement de Paris, le 12 mars 1998. Vous y êtes inscrite sous le nom de Aurora Louise Montclai

  • L'enfant du milliardaire    CHAPITRE 92 — LE NOM OUBLIÉ

    LionelJe n'aime pas les mystères, je n'aime pas les ombres, je n'aime pas les noms qui remontent du passé sans crier gare, et ce nom, Montclair, ce nom que Damian a prononcé sur la terrasse, ce nom que mon père a écrit de sa main, ce nom qui apparaît sur une photographie qu'Aurora reconnaît sans la reconnaître, ce nom s'installe en moi comme un poison lent, comme une obsession, comme une énigme que je ne peux pas laisser sans réponse.Je passe la nuit dans le bureau, je déplie les documents, je lisse les papiers froissés, je relis les lettres que mon père a conservées, des lettres d'affaires, des correspondances avec des avocats, des notes griffonnées en marge de contrats, et je reconstitue peu à peu un puzzle dont je ne connaissais pas même l'existence. Les Montclair, famille française, fortune ancienne, héritière disparue, succession gelée, des millions dans des comptes sous séquestre, des propriétés en sommeil, et une disparition, une disparition d'enfant, une affaire classée sans

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    DamianJe viens, je viens chaque semaine, chaque fois un peu plus confiant, chaque fois un peu plus apaisé, et je découvre que la vie peut être simple, que les gestes peuvent être doux, que les mots peuvent être vrais. Je joue avec Noah, je lui apprends à faire des ricochets sur l'étang, je lui raconte des histoires de dinosaures et de chevaliers, je l'écoute me parler de ses peurs et de ses rêves, et je me surprends à rire, à rire vraiment, sans arrière-pensée, sans calcul, sans cette colère qui m'a tenu éveillé pendant tant d'années. Il m'appelle Tonton Damian, il l'a fait la première fois sans réfléchir, il a couru vers moi dans le jardin en criant — Tonton Damian, regarde ce que j'ai trouvé ! — et je me suis arrêté net, j'ai senti mes yeux piquer, j'ai senti mon cœur se serrer, j'ai senti que ce mot, ce simple mot, venait de m'offrir une place que j'avais toujours crue inaccessible.Lionel l'a entendu, il était sur la terrasse, il m'a regardé, et il n'a rien dit, il a juste inclin

  • L'enfant du milliardaire    CHAPITRE 90 — LES SOUVENIRS

    AuroraLa photographie ne me lâche pas, elle est restée sur la table de la cuisine toute la journée, et chaque fois que je passe devant, je ralentis, je m'arrête, je la regarde, et je sens que quelque chose en moi se déchire doucement, comme un voile qu'on écarte, comme une porte qu'on pousse, comme un souvenir qui ne demande qu'à remonter. La maison de pierre, la femme blonde, la petite fille en robe blanche, cette lumière dorée qui baigne la scène comme un tableau ancien, tout cela me parle, tout cela m'appelle, et je ne comprends pas pourquoi, je ne comprends pas comment, je ne comprends pas d'où viennent ces images qui surgissent sans prévenir, des fragments, des éclats, des bribes d'une vie que je n'ai pas vécue, ou que j'ai oubliée, ou qu'on m'a enlevée.Je me souviens d'un jardin, d'un grand jardin planté de rosiers, avec une fontaine au centre et des allées de gravier qui crissent sous les pas. Je me souviens d'une voix, une voix de femme, douce et chantante, qui m'appelle — A

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    AuroraLa rose noire ne quitte pas la table de nuit, elle est toujours là, posée dans son verre d'eau comme une sentence suspendue, et je la regarde chaque matin en me levant, je la regarde chaque soir en me couchant, et je sens qu'elle est le premier signe d'une tempête qui s'approche, lente, patiente, inévitable. Lionel ne dit rien, mais je le vois, je le vois dans sa manière de vérifier les fenêtres avant la nuit, dans ses appels à Marek à des heures impossibles, dans la présence discrète d'hommes postés autour de la villa, dans l'ombre des cyprès, dans les chemins de pierre, dans les voitures garées au bout de la route. La maison n'est plus tout à fait une maison, elle est devenue un bastion, un refuge, une forteresse, et je me demande si nous pourrons encore y vivre sans que la peur ne devienne notre seule respiration.Ce matin, Marek est venu tôt, avant même que Noah ne descende prendre son petit-déjeuner, et je l'ai entendu parler avec Lionel dans le bureau, à voix basse, avec

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