ログインChapitre 40ApollineJe craque, je finis par craquer après des jours et des nuits passés à ruminer dans l'angoisse la plus totale, à peser le pour et le contre, à retourner le problème dans tous les sens sans jamais trouver de solution satisfaisante ni d'issue acceptable. La lettre d'Alexander est toujours rangée dans le tiroir de ma table de chevet, sous le roman que je n'arrive plus à lire, et je l'ai relue tant de fois que je pourrais la réciter par cœur les yeux fermés, chaque mot gravé dans ma mémoire comme une cicatrice indélébile qui ne s'effacera jamais complètement. Ses excuses tournent en boucle dans ma tête, ses regrets, sa demande de pardon, et je ne sais plus si je dois les prendre au sérieux ou les considérer comme une nouvelle manœuvre pour parvenir à ses fins. Les nuits sont les pires
Chapitre 39LéoQuelque chose ne va pas avec Maman depuis plusieurs jours, et moi je le vois bien même si elle essaie de faire semblant que tout est normal, même si elle me sourit le matin en me préparant mon bol de chocolat chaud et en coupant mes tartines en petits rectangles comme je les aime. Elle a les yeux fatigués le matin au petit-déjeuner, avec des petits traits rouges dedans comme quand on a pleuré en cachette dans son oreiller, et elle sursaute chaque fois qu'on sonne à la porte ou que le téléphone vibre sur la table du salon. Elle se fige, elle regarde l'écran, et elle respire plus fort jusqu'à ce que la sonnerie s'arrête, comme si elle avait peur que quelqu'un vienne nous embêter.Elle ne m'emmène plus au square après l'école, alors que c'était mon moment préféré de t
Chapitre 38AlexanderJe souffre, et cette souffrance est nouvelle pour moi, elle ne ressemble à rien de ce que j'ai connu auparavant, à rien de ce que j'ai traversé dans ma vie d'homme puissant et redouté. Ce n'est pas la douleur sèche d'un contrat perdu, d'une bataille juridique acharnée, d'une humiliation professionnelle devant le conseil d'administration. C'est une douleur intime, profonde, viscérale, qui me serre la poitrine comme un étau et qui m'empêche de respirer normalement, qui me réveille en sursaut au milieu de la nuit et qui ne me lâche pas le jour, qui s'accroche à moi comme une ombre maléfique. Je suis assis dans mon bureau, la pièce est plongée dans une semi-obscurité que troublent seulement les flammes vacillantes de la cheminée et la lueur pâle de la lune qui filtre à travers les hautes fen&ecir
Chapitre 42ApollineJe reste assise sur le banc de pierre, incapable de bouger, incapable de penser, incapable de faire autre chose que de fixer la silhouette d'Alexander qui s'éloigne dans l'allée bordée de statues et de platanes aux branches nues. Il ne s'est pas retourné, pas une seule fois, et cette absence de regard en arrière me trouble plus que je ne voudrais l'admettre. Il a disparu au détour d'un bosquet, avalé par l'ombre des grands arbres, et il ne reste plus de lui que l'écho de ses pas sur le gravier, un bruit régulier qui s'estompe peu à peu jusqu'à se confondre avec le murmure de la fontaine. Le vent soulève les feuilles mortes autour de mes pieds, les fait tourbillonner sur le bassin où elles se posent comme des bateaux de papier, et je les regarde dériver sans les voir, mon esprit prisonnier d'une boucle infinie.Il n'a pas insisté, il n'a pas menacé, il n'a pas brandi sa fortune ni son armée d'avocats. Il n'a pas exigé de test de paternité, il n'a pas parlé de saisi
Chapitre 37ApollineLa lettre est arrivée ce matin, glissée sous ma porte par une main inconnue pendant que je préparais le petit-déjeuner de Léo dans la cuisine. Une enveloppe blanche, épaisse, sans nom d'expéditeur, sans adresse de retour, mais j'ai reconnu immédiatement l'écriture qui courait sur le papier, cette écriture élégante et penchée que j'avais vue des centaines de fois sur des contrats et des documents officiels, mais jamais sur une lettre qui m'était adressée. Je l'ai ouverte avec des doigts fébriles, le cœur battant trop fort dans ma poitrine, et j'ai lu les mots d'Alexander dans le silence de l'appartement encore endormi, debout près de la fenêtre du salon, pendant que Léo terminait son bol de chocolat chaud dans la cuisine en chantonnant une comptine.Je lis la lettre une première fois, lentement, en butant sur certains mots, puis une deuxième fois, puis une troisième fois, et chaque lecture fait naître en moi des émotions contradictoires qui se bousculent et s'entre
Chapitre 36AlexanderJe recule, je n'ai pas d'autre choix que de reculer, et cette retraite forcée est la décision la plus difficile que j'aie jamais eu à prendre dans ma vie d'homme d'affaires habitué à gagner toutes les batailles, à écraser tous les obstacles, à plier le monde à ma volonté par la seule force de mon nom et de ma fortune. La menace d'Apolline résonne encore dans ma tête comme un glas, comme une sentence irrévocable prononcée par un juge implacable, ces mots qu'elle a tapés avec une froideur déterminée, cette promesse de disparaître pour toujours si j'osais engager la moindre procédure judiciaire contre elle. Je ne peux pas prendre ce risque, je ne peux pas la perdre une seconde fois, je ne survivrais pas à une nouvelle disparition, à un nouveau silence de quatre années inter







