MasukChapitre 32
Isabella
La main de Damian tremble sous la mienne, et ce tremblement minuscule, presque imperceptible, est la chose la plus déchirante que j'aie jamais vue. L'homme qui se tient devant moi n'est plus le prédateur du perron, ni le bourreau de la chapelle, ni le geôlier qui m'a enfermée dans une cage dorée. C'est un enfant, un enfant de douze ans qui vient d'apprendre que son père a tu&e
Chapitre 73DamianLe hall du domaine Reyes s'est vidé, et le silence qui s'installe après le départ d'Esteban est un silence nouveau, un silence de paix, un silence de fin, comme si les murs eux-mêmes, les pierres elles-mêmes, les portraits des ancêtres eux-mêmes retenaient leur souffle pour savourer l'instant. Les gardes ont refermé les lourdes portes de chêne derrière le banni, et le bruit sourd des verrous qu'on pousse a résonné dans le hall comme le point final d'une phrase qui a mis des décennies à s'écrire. Mon oncle est parti, il ne reviendra pas, et la menace qui planait sur nous depuis des semaines, depuis des années, depuis avant ma naissance peut-être, s'est dissipée comme une fumée dans le vent du matin. Je me tiens au centre du hall, les bras ballants, le cœur étrangement léger, et j
Chapitre 72IsabellaJe me tiens dans le grand hall du domaine Reyes, près de la porte qui s'ouvre sur le perron de marbre, et je regarde la scène qui se déroule devant moi comme on regarde un tableau en mouvement, une fresque historique qui se peint sous mes yeux avec des couleurs de deuil et de justice. Esteban Reyes est debout au centre du hall, entouré de gardes armés, les mains liées devant lui, le visage creusé par la fatigue et la défaite, et il attend la sentence que Damian s'apprête à prononcer. Le soleil du matin entre à flots par les hautes fenêtres, illumine les dalles de marbre, fait briller les dorures des portraits d'ancêtres, et cette lumière crue, impitoyable, semble souligner chaque ride du visage du condamné, chaque trace de sueur sur son front, chaque tremblement de ses doigts. Les domestiques se sont rassemblés da
Chapitre 71DamianLes gardes ont emmené Esteban, mais son rire résonne encore dans ma tête, ce rire sinistre, ce rire de dément, ce rire qui contenait toute la haine et toute la folie d'un homme qui a passé sa vie à détruire les autres pour assouvir son ambition. La salle du conseil se vide lentement, les lieutenants se retirent en silence, le visage grave, les épaules lourdes, comme s'ils venaient d'assister à un enterrement plutôt qu'à un jugement. Isabella est restée à mes côtés, sa main posée sur mon bras, sa présence silencieuse qui me soutient, qui me retient, qui m'empêche de m'effondrer ou d'exploser. Mais je ne peux pas en rester là, je ne peux pas laisser Esteban s'enfermer dans sa cellule sans comprendre, sans savoir, sans lui arracher les derniers lambeaux de vérité. Il a avoué, ou
Chapitre 70IsabellaLa salle du conseil est pleine, plus pleine que je ne l'ai jamais vue, et l'air y est lourd, chargé d'une tension si épaisse qu'on pourrait la couper au couteau, la respirer comme une fumée toxique, la sentir peser sur les épaules comme un manteau de plomb. Les lieutenants du cartel sont assis autour de la longue table en acajou, leurs visages fermés, leurs costumes sombres, leurs regards fixés sur l'homme qui se tient au centre de la pièce, enchaîné, encadré par deux gardes armés, le visage défait, les cheveux en désordre, les vêtements froissés. Esteban Reyes n'a plus rien du patriarche arrogant qui m'a menacée dans le grand hall, il y a quelques jours à peine. Il n'a plus rien du stratège calculateur qui a manipulé son neveu pendant des années, qui a assassiné son frèr
Chapitre 69DamianTrois jours. Trois jours de patience, de tension, de silence, trois jours passés à attendre que le piège se referme, que le serpent morde à l'hameçon, que mon oncle commette enfin l'erreur qui le perdra. Trois jours pendant lesquels j'ai dû jouer la comédie, afficher une confiance que je ne ressentais pas, faire croire à mes lieutenants que tout était sous contrôle, que le témoin était en sécurité, que le procès d'Esteban n'était plus qu'une question de formalités. Trois jours pendant lesquels Isabella est restée confinée dans ses appartements, protégée par Rafael et ses hommes, goûtant à peine à ses repas, dormant mal, les nerfs à vif, mais ne se plaignant jamais, ne faiblissant jamais, restant cette alliée précieuse, cette partenaire ind&
Chapitre 68IsabellaLe salon est plongé dans une semi-pénombre, éclairé seulement par les flammes dansantes de la cheminée et par la lueur tremblotante d'une lampe à huile posée sur la table basse, et Damian est assis en face de moi, les coudes posés sur les genoux, les mains jointes, les yeux fixés sur le feu avec une intensité qui me fait comprendre, avant même qu'il n'ouvre la bouche, que ce qu'il s'apprête à me dire est grave, important, décisif. Il est arrivé il y a quelques minutes, après des heures passées dans la bibliothèque avec Rafael, après des heures passées à arpenter les couloirs, à donner des ordres, à préparer quelque chose que je sens peser sur ses épaules comme un manteau de plomb. Son visage est pâle, ses traits sont tirés, ses cernes se
Chapitre 5DamianLe convoi Vargas apparaît à l'horizon comme une ligne de fourmis noires rampant sur la route blanche, et ma gorge se serre.Je suis debout sur le perron du domaine Reyes, les mains croisées dans le dos, le visage aussi impassible qu'une statue de cire. Derrière moi, mes hommes son
Chapitre 4IsabellaLe soleil se lève sur la résidence Vargas comme un couteau qu'on aiguise, et je suis déjà debout, les yeux secs, le cœur serré, la main posée sur ma valise que je n'ai pas fermée de la nuit. Je n'ai pas dormi. Je n'ai même pas essayé. À quoi bon fermer les paupières quand chaque
Chapitre 3DamianLa cérémonie sera dans trois heures, et je n'ai toujours pas mis ma cravate.Je suis debout devant le miroir en pied de ma chambre, au premier étage du domaine Reyes, et mon reflet me renvoie l'image d'un homme que je ne reconnais pas. Le costume noir est taillé sur mesure, le tis
Chapitre 6IsabellaLe domaine Reyes surgit devant moi comme une bête de pierre endormie sous le soleil de plomb, et je retiens mon souffle malgré moi.La berline noire franchit le portail en fer forgé, et soudain, l'allée de gravier s'ouvre sur une perspective qui écrase tout, une immensité si aus







