L'héritier et l'ennemi promise

L'héritier et l'ennemi promise

last updateLast Updated : 2026-05-21
Language: French
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L'Héritier et l'Ennemie Promise Damian Reyes a été élevé dans un seul but : succéder à son père à la tête du cartel le plus puissant de Tierra Hueso. Mais à l'aube de sa prise de pouvoir, son père est assassiné par un clan rival, les Vargas. Pour Damian, la vengeance est un devoir sacré. Il lance un ultimatum : pour éviter un bain de sang, les Vargas doivent livrer leur fille aînée, Isabella, en mariage forcé. Elle sera son trophée, la preuve vivante de la soumission de ses ennemis. Isabella arrive au domaine Reyes avec des yeux emplis de haine et un secret qu'elle compte bien utiliser pour détruire Damian de l'intérieur. Mais ce qu'elle n'avait pas prévu, c'est que Damian, sous son armure de cruauté, est hanté par les doutes et refuse d'être le monstre que son père était. Coincés dans ce mariage qui est une prison pour tous les deux, ils découvrent que leurs ennemis communs ne sont pas ceux qu'ils croyaient. La vengeance qui les unissait pourrait bien devenir l'amour qui les sauvera.

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Chapter 1

Chapitre 1

Chapitre 1

Damian

Je fixe le portrait de mon père assassiné, et mes poings se serrent si fort que mes ongles s'enfoncent dans mes paumes jusqu'à presque tirer le sang.

La toile est immense, accrochée au-dessus de la cheminée en marbre noir de la bibliothèque principale du domaine Reyes. Mon père y apparaît dans toute sa gloire cruelle : le regard d'acier, la mâchoire carrée, les épaules larges sous son costume gris perle, une main posée sur le pommeau d'une canne qu'il n'a jamais utilisée pour marcher, seulement pour frapper. Il avait cinquante-sept ans quand la balle a traversé son crâne, il y a trois semaines, dans une ruelle de Tierra Hueso, en pleine négociation avec les Vargas. On dit qu'il n'a pas eu le temps de crier. On dit qu'il est tombé comme un sac de pierres, sans un mot, sans une plainte, les yeux encore ouverts sur la nuit qui l'engloutissait.

Moi, Damian Reyes, j'ai vingt-huit ans, et je deviens aujourd'hui l'homme que je n'ai jamais voulu être.

La bibliothèque sent le cuir vieilli et le tabac froid, une odeur qui est celle de mon enfance, de mes nuits passées à lire les dossiers du cartel sous la surveillance de mon père, à apprendre l'art de la violence déguisée en négociation. Les murs sont couverts de livres que personne n'a jamais ouverts, des reliures en cuir rouge et or qui ne servent qu'à impressionner les visiteurs. Les rideaux de velours grenat sont tirés, même en plein jour, parce que mon père détestait la lumière du soleil. Il disait qu'elle rendait les hommes mous. Il préférait l'éclairage des lampes en bronze, tamisé, presque funèbre, qui donne aux visages l'apparence de masques mortuaires.

Je n'ai pas pleuré mon père. Je ne pleurerai pas.

Derrière moi, le feu crépite dans la cheminée. Les flammes dansent sur les bûches de chêne, projetant des ombres mouvantes sur les murs, et la chaleur qui en émane est la seule douceur que je m'autorise en ce moment. Mes hommes m'attendent dans la salle de réunion. Les Vargas attendent ma réponse. Tout Tierra Hueso retient son souffle, parce que le fils du roi est mort, et que le prince doit maintenant prendre la couronne.

Je lève la main vers le portrait, et mes doigts effleurent le cadre doré. Le bois est froid, lisse, sans aucune aspérité, comme la vie que mon père m'a construite. Il m'a élevé pour succéder, pour régner, pour continuer l'œuvre de sang et d'argent qu'il avait bâtie pierre par pierre, cadavre par cadavre. Je suis son héritier. Je suis son chef-d'œuvre. Et je déteste l'idée de lui ressembler.

Mais ce soir, je vais agir comme lui.

Je me retourne, et mes yeux croisent ceux de Rafael, mon lieutenant, mon ami d'enfance, le seul homme en qui j'ai confiance. Il est appuyé contre la porte de la bibliothèque, ses bras croisés sur sa poitrine, son visage fermé. Il porte son costume noir habituel, sans cravate, la chemise ouverte sur un cou musclé. Ses cheveux bruns sont plaqués en arrière, et ses yeux sombres lisent en moi comme dans un livre ouvert.

— Tu es sûr de vouloir faire ça ? demande-t-il.

Sa voix est calme, mais je perçois la tension qui la parcourt, une corde qu'on tend jusqu'à la limite de la rupture. Rafael désapprouve. Il désapprouve presque tout ce que je fais depuis la mort de mon père, mais il reste à mes côtés par loyauté, par amitié, par cette promesse que nous nous sommes faite enfants, les doigts entrelacés dans le sang d'un poulet sacrifié : nous sommes frères jusqu'à la mort.

— Je suis sûr, répondis-je en traversant la pièce vers mon bureau.

Le bureau est une immense table en acajou, couverte de cartes, de dossiers, de téléphones satellites. Au centre, un écran plat diffuse en boucle les images de l'enterrement de mon père : le cercueil en acajou, les fleurs blanches, les visages fermés des parrains de la côte Est, les caméras des journalistes que nous avons laissés filmer parce que mon père disait que la peur doit être publique. Au bord de la table, une enveloppe épaisse, scellée de cire rouge, porte le blason des Vargas. Je ne l'ai pas encore ouverte. Je sais ce qu'elle contient : des excuses, des offres, des suppliques. Rien qui ne vaille le sang versé.

— Les Vargas ont répondu, dis-je à Rafael en désignant l'enveloppe d'un geste du menton. Ils offrent trois millions, deux territoires de trafic, une alliance commerciale.

— C'est généreux, murmure Rafael.

— C'est une insulte.

Ma voix claque comme un coup de fouet dans le silence de la bibliothèque. Rafael ne bronche pas. Il a l'habitude de mes colères froides, de ces explosions de rage que je refrène avant même qu'elles n'atteignent ma gorge. Mon père disait que la colère est une faiblesse. Que l'homme qui se laisse dominer par ses émotions est déjà mort. Alors j'ai appris à sceller ma rage dans une boîte en acier, à la garder au fond de moi, à ne l'utiliser que comme un carburant, jamais comme un moteur.

— Ils ont tué mon père, Rafael. Pas par erreur. Pas par accident. Ils l'ont abattu comme un chien dans une ruelle, et ils croient que trois millions et deux rues pourries vont effacer le sang ?

Je prends l'enveloppe, et sans la regarder, je la jette dans la cheminée. Le papier se tord sous l'effet de la chaleur, la cire rouge fond en une seconde, les mots d'excuse se consument en une lueur orange. Les flammes dansent plus haut, plus vives, comme si elles célébraient mon refus.

Rafael pousse un soupir, long et lourd, et passe une main sur son visage.

— Alors qu'est-ce que tu veux ?

Je m'assieds dans le fauteuil de mon père. Le cuir noir est encore chaud de ma propre présence, mais je sens l'empreinte de son corps, la façon dont il s'enfonçait dans l'assise, les bras posés sur les accoudoirs comme sur des trônes. Je ferme les yeux une seconde, et quand je les rouvre, je suis prêt.

— Je veux Isabella Vargas.

Le prénom flotte dans l'air comme une sentence. Rafael se redresse, ses bras se décroisent, son visage se fige.

— La fille aînée ? Celle qui est à Mexico ?

— Celle-là même.

— Damian, elle n'a rien à voir avec l'assassinat. Elle étudie, elle vit loin du cartel, elle n'est même pas au courant des affaires de son père.

— Je m'en fiche.

Ma voix est plate, sans émotion. Mais au fond de moi, quelque chose se tord. Je sais que Rafael a raison. Isabella Vargas n'est pas responsable des crimes de sa famille. Elle est innocente, probablement, aussi innocente qu'on peut l'être quand on porte un nom qui sent le sang. Mais je n'ai pas besoin de sa culpabilité. J'ai besoin de sa valeur.

— Je vais dicter un ultimatum aux Vargas, dis-je en prenant une feuille de papier à en-tête du cartel. Ils ont quarante-huit heures pour livrer Isabella au domaine Reyes, en mariage forcé. Elle deviendra ma femme. Elle deviendra le symbole de leur soumission. Si ils refusent, je raserai tout ce qu'ils possèdent, et je pendrai leurs cadavres aux ponts de Tierra Hueso.

Rafael s'approche du bureau, ses mains posées à plat sur le bois. Ses jointures blanchissent sous l'effort.

— C'est de la barbarie, Damian.

Je lève les yeux vers lui, et je vois dans son regard la déception, l'inquiétude, la peur peut-être. Il a raison, et nous le savons tous les deux. C'est de la barbarie. C'est cruel, injuste, médiéval. Mais c'est aussi la seule chose que les Vargas comprendront.

— C'est la justice, répondis-je en trempant une plume dans l'encrier. La justice selon Reyes.

Je commence à écrire. Les lettres s'enchaînent, noires et définitives, sur le papier crème. Ma main ne tremble pas. Mon cœur non plus. Je suis le fils de mon père, et je vais faire ce qu'il attendrait de moi.

Isabella Vargas. Vingt-trois ans, d'après le dossier que j'ai fait compiler. Étudiante en histoire de l'art à Mexico, éloignée des affaires familiales par la volonté de son père qui voulait la protéger. Jeune, brillante, belle, dit-on. Et bientôt, ma prisonnière.

Quand j'ai fini d'écrire, je relis l'ultimatum à voix haute, pour Rafael, pour les murs, pour le portrait de mon père qui me regarde avec ses yeux d'acier.

— À Don Emilio Vargas, chef du clan Vargas. Le 15 novembre, votre fils a assassiné mon père dans une ruelle de Tierra Hueso. Vous offrez de l'argent. Je refuse. Je vous offre une seule chance d'éviter un bain de sang. Livrez votre fille aînée, Isabella Vargas, au domaine Reyes, pour qu'elle devienne mon épouse. Elle résidera ici, sous ma protection, comme gage de votre soumission et de votre repentir. Vous avez quarante-huit heures. Passé ce délai, je considérerai votre silence comme un refus, et je déclencherai une guerre totale contre votre clan. Il ne restera rien de vous. Ni pierre, ni homme, ni femme, ni enfant. Damian Reyes, héritier du cartel de Tierra Hueso.

Le silence, après ces mots, est assourdissant.

Rafael ne dit rien. Il regarde la lettre, puis mes yeux, puis la cheminée où les cendres de l'enveloppe des Vargas se mêlent aux braises. Il secoue la tête, lentement, et sort de la bibliothèque sans se retourner.

Je reste seul. Le feu crépite. Le portrait de mon père veille.

Isabella Vargas. Dans quarante-huit heures, elle sera ici. Elle me haïra. Elle pleurera. Elle suppliera peut-être. Mais elle ne partira plus jamais.

Je scelle la lettre de cire noire, l'empreinte de mon anneau s'imprimant dans la matière encore brûlante. Puis j'appelle mon secrétaire.

— Envoie ça aux Vargas. Par coursier. Maintenant.

L'homme s'incline et disparaît. Je me lève du fauteuil de mon père, et je retourne devant le portrait. La fumée de la cheminée monte en volutes grises, et dans ses tourbillons, je vois le visage de mon père, sa bouche déformée par un sourire que je ne lui ai jamais connu.

Approuves-tu, père ? Est-ce assez violent pour toi ? Est-ce assez cruel ?

La réponse ne vient pas. Le tableau reste muet, les yeux d'acier fixent le vide, et la seule voix que j'entends est la mienne, qui répète dans ma tête le nom de celle qui va devenir ma femme.

Isabella.

Quarante-huit heures.

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