Chapitre 2IsabellaMon père me regarde comme on regarde une marchandise qu'on s'apprête à vendre, et je comprends, dans la fulgurance glaciale de cet instant, que je n'ai jamais été sa fille. J'ai toujours été une monnaie d'échange. Je n'attendais que le moment où il faudrait dépenser.La résidence Vargas est silencieuse. Les domestiques ont disparu, les gardes se tiennent à l'extérieur, et dans le grand salon aux murs couverts de tapisseries flamandes, il n'y a que nous deux : mon père, Don Emilio Vargas, assis dans son fauteuil en cuir vert, et moi, debout devant lui comme une accusée devant son juge. J'ai vingt-trois ans. Je viens de rentrer de Mexico, où j'étudiais l'histoire de l'art, où je vivais une vie que j'aimais, loin des trafics, des assassinats, des nuits blanches à attendre que mon père rentre vivant. Je suis revenue pour l'enterrement de sa sœur, ma tante Carlotta, morte d'un cancer qu'on a caché jusqu'à la fin. Et je suis tombée dans un piège.— Assieds-toi, Isabella,
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