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CHAPITRE 8

مؤلف: Léo
last update تاريخ النشر: 2026-03-20 01:50:11

La seconde rencontre fut fixée dès la semaine suivante.

Sans les pères, cette fois.

Sans la nappe blanche.

Sans le théâtre.

Mathias avait proposé un café discret du seizième arrondissement, loin des salons où l’on orchestre les alliances de famille. L’adresse, envoyée par message via les secrétariats, surprit Élise. Elle s’était attendue à un bureau, à un club privé, à un territoire purement stratégique. Pas à un endroit presque ordinaire.

Quand elle arriva, il était déjà là.

Assis au fond de la salle, près d’une fenêtre. Une tasse de café noir devant lui. Pas de téléphone sur la table. Pas de journal. Il attendait sans avoir l’air d’attendre.

Élise enleva ses lunettes de soleil, s’approcha, et il se leva par pure politesse. Rien de plus.

— Mademoiselle Vernon.

— Monsieur Deverell.

— Asseyez-vous.

Elle prit place en face de lui. Le café était presque vide à cette heure. Une femme âgée lisait au comptoir. Un couple parlait bas à l’autre bout. Personne ne faisait attention à eux, et cette absence d’attention avait quelque chose d’étrangement apaisant.

Un serveur s’approcha.

— Pour vous, madame ?

— Un thé, s’il vous plaît.

Quand il repartit, le silence se referma sur eux.

Mathias fut le premier à parler.

— Je vais être direct.

Élise haussa légèrement un sourcil.

— Je n’attendais rien d’autre de vous.

Un éclat bref passa dans ses yeux. Pas un sourire. Plutôt la reconnaissance d’un coup bien placé.

— Très bien, dit-il. Je ne veux pas de ce mariage.

Elle soutint son regard.

— Moi non plus.

Il acquiesça lentement.

— C’est déjà un point de départ.

— Un point de départ vers quoi ?

Il joignit les mains devant lui.

— Vers une entente raisonnable.

Le mot raisonnable la fit presque rire.

— C’est ainsi que vous appelez ça ?

— J’appelle ça limiter les dégâts.

Le thé d’Élise arriva. Elle n’y toucha pas.

— Expliquez-vous.

Mathias ne détourna pas les yeux.

— Nous sommes tous les deux dans une situation que nous n’avons pas choisie. Vous comme moi savons que nos pères ne reculeront pas. Nous pouvons soit transformer cette affaire en guerre ouverte, soit convenir d’un fonctionnement supportable.

— Supportable pour qui ?

— Pour nous deux.

Il fit une pause.

— Je vous propose un mariage de façade. Propre. Sans illusions. Sans débordements inutiles.

Élise resta immobile.

— Et cela signifie ?

— Cela signifie que nous remplissons nos obligations publiques. Nous faisons ce qui doit être fait. Nous évitons les scènes, les scandales, les complications. Puis, dans quelques années, nous divorçons dans de bonnes conditions.

— Quelques années ?

— Trois, dit-il. C’est un délai crédible.

Élise laissa échapper un léger rire incrédule.

— Incroyable.

— Quoi donc ?

— Votre manière de parler de notre avenir comme d’un calendrier d’entreprise.

— Parce que c’est exactement ce que c’est.

Elle posa enfin les mains à plat sur la table.

— Et s’il m’arrive d’attendre autre chose qu’un arrangement technique ?

Il la regarda avec une franchise presque brutale.

— Alors vous serez déçue.

Pas d’arrogance dans sa voix.

Pas de mépris.

Seulement une forme de constat glacial.

Comme s’il parlait moins d’elle que de lui-même.

Élise inclina légèrement la tête.

— Vous semblez avoir une haute opinion de ce qu’un mariage peut contenir.

— J’ai surtout une opinion réaliste de ce qu’il contient quand il est imposé.

Cette phrase la toucha malgré elle.

Elle pensa au dossier. À la mère morte. Au père revenu trop tard. Aux années de lutte. Aux entretiens où il déclarait que les sentiments sont des saboteurs.

— Vous avez réponse à tout, n’est-ce pas ? demanda-t-elle.

— Non. Seulement aux questions utiles.

— Charmant.

— On me l’a rarement dit.

— Je m’en doute.

Un presque-silence passa.

Puis Mathias se pencha légèrement en avant.

— Écoutez-moi bien, mademoiselle Vernon. Je n’ai aucune intention de vous humilier. Ni de vous mentir. Je préfère vous dire maintenant ce que beaucoup d’hommes auraient masqué sous du charme : je ne crois pas à cette union. Je ne crois pas à sa dimension sentimentale. Je crois seulement à la possibilité de l’encadrer.

Élise le contempla longuement.

Sa franchise était violente.

Mais elle était propre.

Dans son monde, la brutalité venait presque toujours enveloppée de miel. Chez lui, au moins, elle arrivait sans déguisement.

— Et si je refusais votre cadre ? demanda-t-elle.

— Vous pouvez.

— Vous avez l’air très sûr de vous.

— Non. Je suis simplement lucide. Si vous refusez cette entente, nous n’aurons que deux options : nous déchirer ou faire semblant. Les deux me paraissent une perte de temps.

Elle détourna un instant le regard vers la rue.

Des passants marchaient, mangeaient, téléphonaient, riaient. Des vies sans témoins officiels.

— Je vous hais déjà un peu, dit-elle doucement.

Mathias ne sursauta pas.

— C’est probablement plus simple ainsi.

Elle revint à lui.

— Vous voyez ? C’est exactement pour ça que vous êtes insupportable.

— Parce que je ne joue pas ?

— Parce que vous avez l’air de croire qu’en retirant toute illusion, vous retirez aussi toute douleur.

Pour la première fois, quelque chose se fissura dans son visage.

Minuscule.

Mais réel.

— Ce n’est pas ce que je crois, dit-il plus bas.

— Alors quoi ?

Il baissa brièvement les yeux vers sa tasse avant de répondre.

— Je crois seulement qu’une douleur nommée est parfois plus facile à porter qu’une douleur travestie.

Le silence qui suivit fut différent des précédents.

Plus dense.

Moins hostile.

Élise sentit qu’elle venait d’entrevoir quelque chose sous la surface : un homme qui avait déjà trop payé pour les mensonges bien emballés.

Elle attrapa enfin sa tasse.

— Très bien, dit-elle après un moment. Si ce mariage a lieu, je préfère au moins un contrat honnête à une comédie ridicule.

Mathias acquiesça.

— Alors nous sommes d’accord.

Elle but une gorgée de thé, puis posa la tasse.

— Ne vous faites pas d’illusions. Être d’accord avec vous ne me rend pas heureuse.

— Je n’en attendais pas tant.

Elle se leva.

— Je crois que nous avons fait connaissance autant qu’il était possible de le faire dans ces circonstances.

Il se leva à son tour.

— En effet.

Élise prit sa pochette, contourna la table, puis s’arrêta avant la porte.

— Une dernière chose.

— Oui ?

Elle tourna légèrement la tête.

— Vous avez raison sur un point, monsieur Deverell.

— Lequel ?

Sa voix se fit presque froide.

— Nous sommes tous les deux prisonniers.

Puis elle sortit.

Mathias resta debout dans le silence du café, les yeux fixés sur la porte qui venait de se refermer.

Élise, elle, marcha longtemps après cela.

Le vent lui fouettait le visage. Paris avançait autour d’elle avec son indifférence magnifique.

Elle venait de comprendre quelque chose de pire qu’un refus amoureux.

Elle n’épousait pas un homme.

Elle épousait un contrat.

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