MasukLe téléphone de Raphaël vibre contre la nappe.— Marc.Élodie remue lentement son café.— Je serai là.Raphaël raccroche.— Qu’est-ce qui s'est passé?Il reste silencieux un instant, comme s’il cherchait jusqu’où il peut répondre sans rouvrir un sujet qu’elle ne veut plus entendre.— Un bracelet que grande-mère t’a offert avant notre mariage passe aux enchères ce soir.La main d’Élodie s’arrête autour de sa tasse.Le bracelet en saphir.Geneviève le tenait de sa propre mère. Elle l’avait donné à Élodie quelques semaines avant la cérémonie.Élodie s’en est séparée quand elle avait besoin d’argent immédiatement. Depuis, elle évite de
— Seulement pour dire que l’idée venait d’elle. Ensuite, il a reconnu que la décision était la sienne.Élodie fait tourner son verre entre ses doigts.— Enfin.Le mot lui échappe si bas que Geneviève aurait pu prétendre ne pas l’entendre.Elle ne commente pas. Elle prend son téléphone sous la table et envoie un message.*Rejoins-moi au restaurant. Maintenant.*Raphaël répond moins d’une minute plus tard.*Quelque chose ne va pas ?**Viens.*Geneviève range l’appareil.Vingt minutes plus tard, la porte du salon s’ouvre.Raphaël entre, visiblement inquiet. Son regard se pose d’abord sur sa grand-mère, puis sur Élodie. Il s’arrête.— Qu’est-ce qui s’est passé ?Élodie tourne lentement la
Élodie ouvre la porte de l’appartement de Sophie.Elle porte un pantalon sombre et une chemise claire, les cheveux simplement retenus derrière la nuque. Lorsqu’elle voit Geneviève dans le couloir, son expression se transforme aussitôt.— Grand-mère ? Tu vas bien ?Geneviève déteste que ce soit encore sa première question.— Oui. Et j’aimerais que, pour une fois, tu ne commences pas par t’inquiéter pour moi.Élodie s’efface pour la laisser entrer.Sophie apparaît au bout du couloir, une tasse à la main. Son regard passe de Geneviève à Élodie.— Je peux rester, propose-t-elle.— Ça va, répond Élodie.Sophie n’a pas l’air convaincue, mais elle retourne dans sa chambre en refermant la porte. Elle ne s’éloigne probablement pas
— Madame Dubois, j’espère ne pas vous déranger.Geneviève reconnaît la voix d’Auguste Dunois et retire aussitôt le téléphone de son oreille.— Si vous cherchez quelqu’un pour convaincre Raphaël de renouveler vos contrats, vous perdez votre temps.— Votre petit-fils ne vous a donc rien dit.— Les affaires du groupe ne me concernent plus.— Je ne parle pas seulement d’affaires.Quelque chose dans son ton l’empêche de raccrocher.— La raison qu'il a renoncé à plusieurs millions d’euros, c'est simplement parce que des affaires ennuyeuses, racheter ce qu’il a fait à sa femme dans un hôpital, il y a deux ans.Geneviève se redresse dans son fauteuil.— De quoi parlez-vous ?— D’Élodie, bien sûr. Votre petit-fi
Dunois voit qu’il a atteint sa cible et poursuit, la voix plus basse.— Vous étiez prête à ramper pour sauver votre père. Maintenant, vous utilisez tous les hommes qui passent pour punir votre mari et vous osez me parler de dignité ?Élodie se retourne lentement.— Vous ne savez absolument rien de ce que je suis prête à faire.— Je sais ce que votre mari m’avait offert.Le coup part avant qu’Élodie ait le temps de répondre.Le poing de Raphaël frappe Dunois en pleine mâchoire. Le vieil homme perd l’équilibre et heurte la portière de sa berline.Élodie recule, saisie.Raphaël se place aussitôt devant elle. Sa veste est ouverte, sa respiration lourde, mais son visage reste d’un calme presque effrayant.Il voulait parler à Élodie après avoir quitté le conseil, sans savoir que Dunois la trouverait avant lui.— Raphaël...Dunois tente de se redresser.— Vous êtes devenu complètement fou !Raphaël le saisit par le col et le plaque contre la carrosserie.— Répétez ce que vous venez de lui di
La notification arrive peu après neuf heures dans les bureaux d’Auguste Dunois.Son directeur juridique entre sans frapper, le visage fermé, et dépose le courrier devant lui. Aether met fin à leur partenariat avec effet immédiat.Quelques mois plus tôt, Dunois a transféré une partie des droits d’exploitation à un fonds qu’il contrôle par l’intermédiaire de sa famille. Il pensait pouvoir augmenter ses bénéfices sans demander l’autorisation du studio, puisque l’argent resterait dans ses propres sociétés.Le contrat ne fait pourtant aucune distinction. Toute cession non approuvée constitue une violation de l’accord d’exclusivité.Aether conserve les paiements déjà reçus, ne verse aucune indemnité et interdit à Dunois d’utiliser les créations qui n’ont pas encore été livrées.— Appelez E.V., ordonne-t-il.— Nous n’avons aucun moyen de la joindre directement.— Alors passez par son représentant.— Le cabinet refuse toute négociation.Trois jours après, Dunois apprend que Raphaël refuse éga
Le silence dans le bureau directorial du Groupe Dubois était devenu oppressant. Raphaël était debout devant l'immense baie vitrée, observant les artères de Paris qui commençaient à s'illuminer sous le crépuscule. Il ajusta ses boutons de manchette en onyx, un geste machinal qui trahissait une tensi
Élodie pressa le téléphone contre son oreille, ses doigts s'enfonçant dans le métal froid. — Léonard ? C'est Élodie... Elle se décolla du mur, le dos endolori par la violence de la scène précédente. En se retournant, elle fixa une dernière fois la porte close. C'était fini. Cinq ans d'efforts p
Élodie resta clouée au sol, les paumes à plat contre le carrelage dont le froid remontait jusqu'à sa poitrine. Camille s'avança, une couverture en cachemire négligemment posée sur ses épaules frêles. Elle affichait ce sourire de façade, ce masque de "douceur" qui masquait une lame de rasoir. Derri
L'odeur. Ce n'était pas seulement celle du désinfectant industriel qui agresse les sinus, c'était ce relent de peur rance et de métal froid qui imprègne les murs des urgences. Élodie s'engouffra dans le hall de la Pitié-Salpêtrière, le souffle court, ses talons martelant le linoléum avec une régula







