LOGINLa pulsation de la musique était devenue si dense qu’elle semblait palpiter sous la peau. Marc, l'homme à la chemise noire, se rapprocha encore, l'odeur de son cocktail — un mélange de gin et de concombre — flottant entre eux. Il posa sa main sur le rebord du bar, encadrant Élodie sans pour autant la toucher, ses yeux gris brillant d'une curiosité amusée.— On dirait que tu es née au milieu des flammes, lança-t-il, sa voix frôlant son oreille pour couvrir le rugissement des basses. On va prendre ce verre ? Tu as l'air d'avoir besoin d'un peu de glace pour calmer tout ça.Élodie secoua la tête, ses boucles d'oreilles en or massif heurtant sa nuque avec un cliquetis métallique. Elle affichait un sourire provocateur, les yeux charbonneux et vibrants sous l'effet de l'adrénaline. Elle sentait la sueur perler légèrement à la racine de ses cheveux courts. — Va pour le verre, Marc. Mais je le veux corsé. Quelque chose qui cogne.Ils s'extirpèrent de la masse mouvante pour se diriger vers l'e
Devant l’entrée du L’Éclipse, la file d’attente s’étirait comme un serpent brillant sous la pluie fine de Paris. Sophie, impatiente, remonta le col de son trench et attrapa le poignet d’Élodie pour fendre la foule jusqu’au cordon de velours rouge.Le videur, un colosse au crâne rasé et au regard d’acier, posa une main massive sur la barrière. Il inspecta Sophie d'un air blasé, puis son regard glissa sur Élodie. Il marqua un temps d'arrêt, ses yeux s'attardant sur le carré plongeant impeccable, la manchette d'or massif et l'éclat carmin de la robe qui pointait sous son manteau ouvert. Un sourire en coin, presque respectueux, détendit ses traits stricts.— Bonsoir, Mesdames. Apparemment, la soirée vient de monter en gamme, dit-il d'une voix de basse, en décrochant le mousqueton avec une célérité rare. Passez devant.— Merci, fit Élodie avec un hochement de tête distant, tandis que Sophie lui adressait un clin d'œil victorieux.Elles franchirent le seuil. Immédiatement, une déflagration s
La berline de Sophie fila vers le Triangle d’Or, ignorant superbement les priorités. À l’intérieur, l’ambiance était montée d’un cran. Sophie avait déjà balancé son sac sur la banquette arrière et cherchait une playlist qui « cognait ».— Élo, écoute-moi bien, dit-elle en jetant un coup d’œil dans le rétro. Ce soir, on n’efface pas seulement deux ans de discrétion. On enterre cinq ans de "Madame-je-baisse-la-tête". Si tu ressors de cette boutique avec un truc qui ne fait pas monter la température de dix degrés, je te déshérite de notre amitié.Élodie rit, un rire franc qui ne l’avait pas quittée depuis l’aéroport. Elle se sentait portée par une adrénaline nouvelle. — Ne t’inquiète pas, Sophie. Je crois que j’ai une réserve de révolte à dépenser.Elles s’arrêtèrent devant une façade discrète de l’avenue Montaigne. Pas d’enseigne clinquante, juste un numéro en laiton. À l’intérieur, Sophie ne laissa même pas le temps à la conseillère de vente d'entamer son discours de bienvenue. Elle pa
À bord de la berline noire qui s'éloignait du Bourget, l'atmosphère était aux antipodes de la tension glaciale qui régnait dans la Porsche de Raphaël. Sophie, les mains sur le volant, jetait des regards complices à Élodie, qui s’était enfoncée dans le cuir du siège passager en poussant un long soupir de soulagement.— Enfin ! s’exclama Sophie en changeant de file avec une aisance décontractée. Paris ne m’a jamais semblé aussi accueillante. Tu te rends compte du temps que tu as passé loin d'ici ? On aurait dit que tu avais été bannie sur une autre planète.Élodie laissa échapper un rire léger, un son qui semblait encore neuf dans sa propre gorge. — C’était un peu ça, Sophie. Une autre galaxie, avec des règles de physique différentes.Sophie l'observa un instant à travers ses lunettes de soleil. — En tout cas, ça t'a réussi. Tu as une de ces mines... On est loin de la gamine au teint de cire que j'ai aidée à fuir il y a deux ans. Tu avais cet air de "morte-vivante" qui me donnait envie
Raphaël repoussa le dossier d’un geste sec. Le cuir de la chemise heurta le bord de la table en verre avec un claquement mat. Il ne prit même pas la peine de regarder l’assistante qui, face à lui, ajustait nerveusement ses lunettes.— Dites à Rousseau qu’on ne négocie pas un contrat de cette envergure avec un fantôme, lâcha-t-il, la voix basse et tranchante.Il se leva, boutonna sa veste d'un geste mécanique et quitta la pièce sans un regard pour les écrans qui affichaient encore des courbes de croissance. Ses pas résonnaient sur le béton ciré du studio, un rythme rapide, impatient, qui trahissait une irritation qu'il ne parvenait plus à contenir.Deux heures plus tard, les roues du Falcon touchèrent le tarmac du Bourget avec une secousse sourde. Raphaël descendit la passerelle, une main serrée sur la rampe en métal froid. La pluie fine de Paris lui cinglait le visage, mais il ne pressa pas le pas. Son esprit était resté bloqué sur cette danse à Genève, sur cette cambrure de dos qu’il
Raphaël n'avait pas dormi.Le cuir des sièges de sa Bentley, d'ordinaire si confortable, lui avait semblé aussi rigide qu'un banc de pierre. Garé à l'angle de la rue menant au studio Aether, il avait observé la ville s'éveiller, les yeux brûlants de fatigue et d'une obsession qu'il ne parvenait plus à discipliner. Chaque fois qu'il fermait les paupières, les images se bousculaient dans un désordre cruel.Il revoyait Élodie à Paris. L'Élodie d'avant. Celle qui l'attendait sagement dans leur appartement aux tons crème, drapée dans son obéissance comme dans un vêtement trop grand. Elle était si prévisible, si malléable. Il se rappelait la façon dont elle baissait les yeux quand il rentrait tard, et comment, d'un simple mouvement de sourcil, il pouvait la faire passer de la tristesse au sourire.Il connaissait les mécanismes de son cœur par cœur. Pendant cinq ans, il l'avait tenue au creux de sa main. Lorsqu'elle se montrait un peu trop rêveuse ou qu'elle osait une pointe de caractère, il







