LOGINIl lui a offert Paris, le luxe et l’illusion d’un amour absolu. Elle lui a donné ce qu’elle avait de plus précieux : un cœur sincère. À 25 ans, Evestine pensait avoir enfin trouvé l’homme capable de l’aimer sans la blesser. Dans les bras de Canus, riche, élégant, fascinant, tout semblait avoir le goût d’un destin rare. Il connaissait les bons mots, les bonnes attentions, les silences qui séduisent. Avec lui, chaque nuit ressemblait à une promesse. Mais Canus n’a jamais été honnête en amour. Quand les mensonges commencent à fissurer leur relation, Evestine comprend que derrière le charme de cet homme parfait se cache un être incapable de fidélité émotionnelle. Trahie là où elle se croyait en sécurité, elle s’effondre. Pourtant, de cette douleur naîtra une nouvelle femme : plus forte, plus froide, plus libre. Canus croyait pouvoir la perdre et la retrouver quand il le voudrait. Il ignorait qu’un jour viendrait où le cœur d’Evestine n’habiterait plus chez lui. Dans le Paris des apparences, des secrets et des passions qui consument, jusqu’où peut aller une femme blessée ? Et que vaut le regret d’un homme qui a détruit l’unique amour vrai de sa vie ?
View MoreParis avait cette manière insolente de faire croire à chacun qu’une nouvelle vie pouvait commencer au coin d’une rue.
Ce soir-là, le ciel de février était d’un gris tendre, presque élégant, et le vent glissait le long des façades comme une confidence. Depuis la terrasse vitrée d’un café discret près du Trocadéro, Evestine observait les passants avec cette distance que prennent les gens qui pensent trop.
Elle avait posé son téléphone face contre table, refusant pour une fois de répondre au monde. Elle voulait seulement respirer. Respirer Paris. Respirer sa propre vie. Respirer sans avoir à expliquer pourquoi, à vingt-cinq ans, malgré sa beauté, malgré son intelligence, malgré cette lumière que les autres disaient voir en elle, elle avait parfois le sentiment étrange d’être absente d’elle-même.
Son reflet tremblait légèrement dans la vitre. Une jeune femme métisse au port calme, au visage fin, à la bouche délicate, aux yeux profonds. Elle portait un long manteau crème, une robe noire sobre, et ce genre d’élégance naturelle que certaines femmes n’apprennent pas : elles la portent comme une seconde peau.
Le serveur revint déposer son thé.
— Merci, dit-elle doucement.
Elle regarda la vapeur monter de la tasse, puis leva les yeux vers la place.
C’est là qu’elle le vit.
Il sortait d’un véhicule noir stationné de l’autre côté de l’avenue. Grand. Droit. Le mouvement précis. Rien de forcé. Rien d’ostentatoire. Il avait cette présence rare des hommes qui n’ont pas besoin de se faire remarquer pour occuper l’espace. Son manteau sombre tombait parfaitement sur ses épaules larges. Sous l’éclairage froid du soir, son visage paraissait net, presque trop maîtrisé. Beau, oui. Mais pas d’une beauté tendre. D’une beauté qui imposait.
Evestine détourna d’abord le regard, comme on le fait quand on refuse de reconnaître qu’on vient d’être troublée par un inconnu.
Puis elle regarda de nouveau.
L’homme venait dans sa direction.
Elle sentit quelque chose se contracter doucement dans sa poitrine, sans savoir pourquoi. Peut-être à cause de sa démarche. Peut-être à cause de ce calme presque arrogant qui l’entourait. Ou peut-être parce qu’il regardait devant lui comme s’il savait exactement où allait sa vie.
Lorsqu’il entra dans le café, l’air sembla se modifier. Deux femmes près du comptoir se turent brièvement. Le serveur redressa presque machinalement le dos. Lui salua à peine. Il semblait habitué à être reçu, attendu, reconnu.
Il choisit une table non loin d’elle.
Evestine s’efforça de rester concentrée sur sa tasse, mais elle percevait malgré elle chaque détail : sa montre discrète et manifestement hors de prix, sa mâchoire bien dessinée, ses mains puissantes, la manière presque irritante dont il prenait place comme si rien ne pouvait le déstabiliser.
Un appel vibra sur le téléphone de l’homme. Il regarda l’écran, laissa sonner, puis coupa.
Son visage n’exprima presque rien. Pourtant, dans ce geste bref, Evestine lut quelque chose qu’elle connaissait trop bien chez certains êtres : le contrôle. Le refus. La distance.
Le serveur s’approcha de lui.
— Comme d’habitude, monsieur Canus ?
Canus.
Le prénom resta suspendu dans l’esprit d’Evestine avec une netteté surprenante.
Il hocha la tête sans répondre tout de suite, puis leva légèrement les yeux. Juste assez pour croiser ceux d’Evestine.
Ce ne fut pas un regard banal.
Ce fut ce genre de seconde étrange où le monde semble ralentir pour vérifier si deux inconnus doivent réellement s’ignorer.
Evestine sentit ses doigts se resserrer autour de la tasse. Elle n’était pas femme à chercher les regards. Encore moins ceux des hommes trop sûrs d’eux. Mais celui-là ne ressemblait pas à une provocation. C’était pire. C’était une lecture. Comme s’il venait de remarquer quelque chose en elle.
Elle détourna les yeux la première.
Quelques minutes plus tard, au moment de régler l’addition, elle chercha sa carte dans son sac, puis fronça les sourcils. Son portefeuille n’y était pas.
Elle fouilla plus vite. Une fois. Deux fois. Son souffle changea de rythme.
— Non… murmura-t-elle.
Le serveur attendait avec une politesse gênée.
— Je suis désolée, dit-elle en relevant la tête. J’ai dû le laisser chez moi. Je peux—
— C’est réglé.
La voix venait de derrière elle.
Evestine se retourna brusquement. Canus se tenait là, à une distance raisonnable, une main dans la poche de son manteau, l’autre tenant son reçu avec un calme presque offensant.
— Pardon ? demanda-t-elle.
— Votre addition, répondit-il. C’est fait.
— Je n’ai rien demandé.
Il eut un léger sourire. Pas un sourire chaleureux. Plutôt le genre de sourire qui naît chez les gens habitués à ce qu’on les contredise sans réelle conviction.
— Je sais.
Le serveur, déjà soulagé, s’éclipsa avec discrétion.
Evestine sentit monter une irritation étrange, précisément parce qu’elle était mêlée à autre chose.
— Je n’aime pas devoir quelque chose à un inconnu.
— Alors nous pouvons corriger ce détail.
— Comment ?
Il sortit une carte sobre de la poche intérieure de son manteau et la posa sur la table.
— En me laissant la possibilité de ne plus l’être.
Elle baissa les yeux vers la carte. Aucun logo tapageur. Seulement un nom.
Canus Delorme.
Le nom lui allait trop bien.
Elle releva le menton.
— Et si je ne vous appelle pas ?
— Alors j’aurai payé un thé à une femme qui regardait Paris comme si elle cherchait à y survivre.
Evestine resta figée une seconde.
Ce n’était pas de la drague facile. C’était une phrase dangereuse. Parce qu’elle touchait juste.
— Vous avez toujours cette façon de parler aux femmes ? demanda-t-elle, méfiante.
— Seulement à celles qui ont l’air de ne croire à rien.
Il y eut un silence.
Au-dehors, les lumières de la ville commençaient à se refléter sur les vitres, et la Tour Eiffel, au loin, semblait surgir d’une nuit encore incomplète.
Evestine prit la carte entre ses doigts. Elle aurait dû la laisser là. Elle le savait déjà. Les hommes comme lui n’entraient jamais dans une vie pour l’éclairer. Ils y entraient pour y laisser leur marque.
Mais elle glissa pourtant la carte dans son sac.
— Merci pour le thé, dit-elle avec retenue.
Canus inclina légèrement la tête.
— Bonne soirée, Evestine.
Elle se figea.
— Je ne vous ai pas dit mon prénom.
Cette fois, son sourire se fit presque invisible.
— Non. Mais le serveur l’a prononcé quand il vous a apporté votre commande.
Il passa près d’elle sans la frôler, laissant derrière lui un parfum boisé, sobre, troublant. Arrivé à la porte, il ne se retourna pas.
Et ce fut peut-être cela, le plus dérangeant.
Il n’avait rien demandé de plus. Ni numéro. Ni insistance. Ni scène inutile.
Seulement une entrée.
Une brèche.
Evestine resta debout quelques secondes au milieu du café presque vide, le cœur anormalement éveillé, comme si quelque chose venait de commencer sans lui demander son avis.
Elle ignorait encore que certains hommes ne font pas irruption dans une vie comme des rencontres.
Ils y entrent comme des tempêtes polies.
Le dîner s’acheva dans un calme trompeur.Ni Evestine ni Canus n’avaient réellement mangé avec appétit. Ils avaient parlé, surtout. Pas de ces conversations légères qu’on laisse flotter à la surface d’un premier rapprochement, mais de celles qui avancent à pas lents, avec prudence, comme si chaque phrase testait la solidité du sol avant d’aller plus loin.Il lui avait raconté quelques fragments choisis de son enfance entre Bruxelles et Paris, une mère exigeante, un père absent par excès d’ambition, des maisons trop vastes pour y être réellement heureux. Elle, de son côté, avait laissé tomber quelques vérités sur sa double culture, sur la sensation étrange d’avoir toujours appartenu à plusieurs mondes sans se sentir entièrement possédée par aucun.Rien d’intime, en apparence.Et pourtant, quand ils sortirent enfin du restaurant, il y avait entre eux cette proximité singulière qui naît lorsque deux êtres ont commencé à ouvrir des portes qu’ils n’ouvrent pas d’ordinaire.La pluie avait c
Le lendemain, Paris s’éveilla sous une pluie fine.Une pluie élégante, presque discrète, de celles qui rendent les trottoirs plus brillants et les silences plus lourds. Depuis la baie vitrée de son appartement, Evestine observait les toits gris, une tasse de café entre les mains, sans vraiment voir le paysage. Son esprit n’avait pas quitté la veille.Le rendez-vous.Les phrases de Canus.La maîtrise de son regard.Et surtout, cette étrange impression qu’avec lui, chaque mot prononcé cachait quelque chose de plus vaste.Elle détestait les hommes compliqués.Non, se corrigea-t-elle aussitôt.Elle détestait les hommes qui faisaient de leur complexité une excuse pour blesser les autres.Et pourtant, depuis qu’elle l’avait rencontré, Canus Delorme occupait une place qu’il n’aurait jamais dû obtenir si vite dans ses pensées.Elle posa sa tasse, attrapa son téléphone, hésita un instant, puis ouvrit leur conversation.Aucun nouveau message.C’était presque pire.Il ne la poursuivait pas. Il n
Le Café de Flore s’était lentement vidé autour d’eux, mais ni Evestine ni Canus ne semblaient avoir remarqué le temps qui passait.Il y avait entre eux quelque chose de singulier, une tension retenue qui ne ressemblait pas encore à de la tendresse, encore moins à de la confiance, mais qui les obligeait l’un comme l’autre à rester d’une lucidité presque excessive. Avec certains hommes, Evestine savait tout de suite à quel jeu elle avait affaire. Avec Canus, c’était plus trouble. Il ne cherchait pas à la flatter grossièrement. Il ne lui jetait pas de phrases faciles pour l’endormir. Il faisait plus dangereux : il la regardait comme s’il prenait la peine de la comprendre.— Vous ne m’avez toujours pas dit ce que vous faisiez, reprit-elle en effleurant du doigt le bord de son verre.Canus inclina légèrement la tête.— J’investis.— C’est vaste.— C’est volontaire.Elle le fixa, mi-amusée, mi-agacée.— Vous aimez donc répondre sans répondre.— J’aime surtout savoir à qui je parle avant de
Il existait des femmes qu’on remarquait avant même qu’elles ne parlent.Evestine faisait partie de celles-là.Pas parce qu’elle cherchait à séduire. Pas parce qu’elle collectionnait les regards ou avançait dans le monde avec le besoin d’être confirmée par les autres. Au contraire. Ce qui frappait chez elle, c’était cette façon presque silencieuse d’exister. Une élégance sans démonstration. Une présence qui ne demandait rien et qui, pourtant, laissait une impression durable.À vingt-cinq ans, Evestine Mbelek-Delcourt avait appris très tôt que la beauté était un langage que les gens interprétaient mal. On croyait qu’une belle femme vivait plus facilement. On imaginait des portes ouvertes, des privilèges, des évidences. On ne voyait jamais ce qui venait avec : les jugements rapides, les intentions cachées, les hommes charmants qui prenaient la douceur pour une faiblesse, les femmes parfois dures qui confondaient réserve et arrogance.Métisse franco-camerounaise, elle portait dans ses tra






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