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Chapitre 3

Auteur: Léo
last update Date de publication: 2026-06-30 15:49:38

— Dix mille euros ? Tu es sérieux, Pio ?

Soren laissa échapper un rire sec, dénué de la moindre gaieté, en se rasseyant au fond de son fauteuil. Un sourire arrogant, presque cruel, étira ses lèvres.

— Je prends ton pari. Et je te parie qu'elle fera ses valises en pleurant dans moins d'une semaine. Ce ne sera pas la première que je fais fuir, et ce ne sera certainement pas la dernière. Elle croit avoir tiré le gros lot en m'épousant ? Elle va vite comprendre que la vie d'épouse Kastell est un aller simple pour l'enfer.

Cassien, qui était resté silencieux jusque-là, referma lentement son stylo plume avec un petit bruit sec. Il leva les yeux vers les deux hommes, une lueur d'ironie brillant derrière ses verres de lunettes.

— Bien, dit-il d'un ton docte et professionnel. En tant qu'avocat de cette firme, je déclare que je suis officiellement témoin de votre pari. Dix mille euros sur la survie de la nouvelle Madame Kastell. Je conseille tout de même à Soren de préparer son chéquier.

— Garde tes conseils juridiques pour le tribunal, Cassien, répliqua Soren en balayant l'air d'une main agacée. Cette fille n'est qu'une...

Le bip strident de son smartphone coupa sa phrase net. Soren jeta un coup d'œil distrait à l'écran posé sur le bureau. Le nom d'Agnès clignotait. Il fronça les sourcils. La gouvernante en chef n'appelait ou n'envoyait de messages que si la maison était en train de brûler.

— Qu'est-ce qu'elle me veut encore, celle-là ? marmonna-t-il en déverrouillant l'appareil.

Sans même prendre la peine de lire attentivement le long pavé de texte que la gouvernante venait de lui envoyer, Soren tapa une réponse rapide, les doigts tapant furieusement sur l'écran tactile :

« Je vous ai déjà dit que je ne remettrai pas les pieds au domaine tant que cette femme sera dans ma maison. Gérez la situation. »

Il reposa le téléphone, pensant l'affaire classée, ignorant totalement la bombe qu'il venait de recevoir. Mais à peine deux secondes plus tard, le téléphone vibra à nouveau avec frénésie. Cette fois, c'était un message vocal d'une minute, accompagné d'une ligne de texte en majuscules.

Soren soupira, appuya sur l'écran et mit le haut-parleur. La voix d'Agnès résonna dans le grand bureau, mais elle n'avait plus rien de sa superbe habituelle. Elle tremblait de rage, de panique et d'humiliation.

— Monsieur Soren ! C'est trop tard ! C'est une catastrophe ! Je ne fais plus partie du personnel ! Elle m'a jetée dehors !

Soren se figea, le bras en l'air. Ses yeux s'écarquillèrent de stupeur.

— Quoi ? souffla-t-il, croyant avoir mal entendu.

Sur le canapé, Pio arrêta net de boire son café, la tasse suspendue à quelques centimètres de ses lèvres. Même Cassien laissa tomber son dossier sur la table, le regard soudainement très alerte.

La voix d'Agnès continua de brailler à travers le haut-parleur, de plus en plus stridente :

— Elle est folle, Monsieur Soren ! Complètement folle ! Elle a donné mes clés à la petite Emma, elle a appelé la sécurité — ce Basile et son collègue — et ils m'ont traînée sur le gravier comme une malpropre devant tout le monde ! Je vous en supplie, rentrez à la maison ! Cette demeure devient un enfer petit à petit, le personnel est terrorisé et je ne pourrai jamais revenir si vous n'êtes pas là pour la remettre à sa place ! Elle dit qu'elle est la maîtresse des lieux !

Le message prit fin dans un petit crachotement.

Un silence de plomb s'abattit sur le bureau. Soren resta immobile, le visage blême, les yeux fixés sur l'appareil. Une fureur noire, brûlante, commença à irradier de sa poitrine pour lui monter jusqu'au visage. Ses veines se gonflèrent au niveau de ses tempes. Quelqu'un venait de toucher à ses affaires. Dans sa maison. Sa forteresse.

Soudain, un bruit étouffé brisa le silence.

Pio venait de se plaquer une main sur la bouche, mais cela ne l'empêcha pas de laisser éclater un rire gargantuesque. Il se laissa aller en arrière sur le canapé, se tordant littéralement de rire.

— Oh mon Dieu ! Non mais c'est un génie ! hurla Pio entre deux fous rires, les larmes aux yeux. Elle a viré Agnès ! La dragonne que même ton père n'osait pas contredire ! Zélia l'a fait interner par la sécurité !

— Pio, ferme-la, gronda Soren, la voix basse et vibrante de menace.

Cassien, essayant de garder son sérieux malgré un coin de ses lèvres qui trahissait son amusement, s'approcha de Soren et posa une main sur son épaule pour tenter de le consoler, ou du moins de calmer le jeu.

— Calme-toi, Soren. C'est... une situation juridique inédite, disons. Ton père lui a donné les pleins pouvoirs, tu le sais.

Mais voir Cassien essayer de faire le diplomate ne fit qu'aggraver les choses, car Pio continuait de s'esclaffer de plus belle, tapant du poing sur l'accoudoir du canapé. Les deux amis ne pouvaient tout simplement pas s'en empêcher. C'était la première fois de sa vie que Soren Kastell se faisait dicter les règles chez lui par une femme en t-shirt élimé.

— C'est bon, vous avez fini de vous foutre de moi ? cracha Soren en repoussant la main de Cassien.

Il se leva brusquement, envoyant presque valser son fauteuil de cuir en arrière. Sa décision était prise. Il saisit son téléphone et composa le numéro de son père, Ambroise. Ça sonna une fois. Deux fois. Trois fois. Puis, la messagerie vocale.

— Putain ! jura-t-il en raccrochant violemment. Il filtre mes appels. Il sait pertinemment ce qu'elle a fait.

Soren attrapa sa veste de costume sur le canapé, la jeta sur son épaule et boutonna sa chemise d'un geste rageur. Ses yeux sombres jetaient des éclairs.

— Tu vas où ? demanda Pio, reprenant peu à peu son souffle, un sourire encore accroché aux lèvres.

— Je pars au grand manoir des Kastell, répondit Soren d'un ton glacial en se dirigeant vers la porte. Je vais régler ça avec mon père, et ensuite, j'irai personnellement jeter cette petite psychopathe hors de ma propriété. Le pari tient toujours, Pio. Prépare tes dix mille euros.

La lourde porte du bureau claqua dans son dos, laissant ses deux amis seuls. Pio se tourna vers Cassien, un immense sourire aux lèvres.

— Je crois bien que notre Soren vient de trouver son maître, Cassien. Et ça va être un spectacle magnifique.

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