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Chapitre 2 — Les cendres d'Astravale 2

Author: Dledition
last update publish date: 2026-08-17 00:40:43

Mais rien ne va bien. La porte principale de la chapelle s'ouvre brusquement, et un homme entre en titubant. Il est blessé, une plaie à la tempe qui saigne abondamment, sa tunique déchirée, son épée encore à la main. Je le reconnais. C'est le capitaine de la garde, un homme qui a servi mon père pendant plus de vingt ans. Il s'appelle Bren. Il me voit, s'approche, s'agenouille devant moi.

— Ma dame, dit-il d'une voix rauque. Le seigneur votre père vous demande. Il veut vous voir avant... avant la fin.

Je me lève d'un bond. La fin. Le mot me frappe comme un coup de poing. Père veut me voir avant la fin. Avant la défaite. Avant la mort peut-être. Je ne réfléchis pas. Je suis déjà debout, déjà en marche, les jambes tremblantes mais le pas décidé. Mira me suit, mais je lui fais signe de rester.

— Occupe-toi des autres, je lui dis. Je reviens.

Je mens. Je ne sais pas si je reviendrai. Mais je ne peux pas lui dire la vérité. Je ne peux pas lui dire que je vais peut-être mourir. Je ne peux pas prononcer ces mots-là.

Je suis Bren à travers les couloirs de la citadelle. Les murs tremblent, les fenêtres explosent sous les impacts, la poussière me pique les yeux. Nous passons devant des salles dévastées, des meubles renversés, des tapisseries arrachées. Le château de mon enfance n'est plus qu'un décor de cauchemar, un labyrinthe de pierre et de feu qui se referme sur moi. Bren boîte légèrement, mais il avance sans se plaindre. Son silence est pire que tout. Il me terrifie davantage que les cris des mourants.

Nous débouchons enfin dans la grande salle, celle où mon père tenait ses audiences, où il rendait la justice, où il recevait les dignitaires. Elle est méconnaissable. Les fenêtres hautes sont brisées, les tentures pendent en lambeaux, et au centre, debout près de la table des cartes, mon père se tient immobile, entouré de ses derniers officiers. Il est blessé à l'épaule, un bandage sommaire taché de sang. Son visage est livide, mais ses yeux brillent d'une détermination que je connais trop bien. Il n'a pas renoncé. Il ne renoncera jamais. Même face à la mort, il se battra. C'est sa nature. C'est notre nature.

— Lyra, dit-il en me voyant. Approche.

Sa voix est calme, trop calme pour la situation. Je m'avance, les jambes flageolantes, et je m'arrête devant lui. Il me regarde longuement, comme s'il voulait graver mon visage dans sa mémoire. Puis il pose sa main valide sur mon épaule, et sa chaleur me rassure un instant, un seul instant, avant que la peur ne revienne.

— Écoute-moi bien, reprend-il. La citadelle va tomber. C'est inévitable. Mais toi, tu dois survivre. Tu es la dernière des Astravale. Tu es notre avenir.

Je secoue la tête. Je ne veux pas entendre ça. Je ne veux pas qu'il parle comme s'il allait mourir. Je veux qu'il se batte, qu'il s'échappe, qu'il vive. Mais je sais que les mots ne changeront rien. Il a pris sa décision. Il restera jusqu'au bout. Comme mon frère. Comme tous les hommes de notre famille.

— Ne dis pas ça, je murmure. On peut encore fuir. Les passages souterrains...

— Ils sont déjà bloqués, coupe-t-il d'une voix dure. Les Kaelthorn ont tout prévu. Ils connaissent nos défenses. Ils savaient exactement où frapper. Quelqu'un nous a trahis, Lyra. Quelqu'un à l'intérieur.

Ces mots me glacent. Une trahison. Je repense aux rumeurs qui couraient depuis des semaines, aux regards fuyants de certains conseillers, aux réunions secrètes que père tenait dans son bureau. Tout s'éclaire d'un coup, d'une lumière sinistre. Nous n'avons pas seulement été vaincus. Nous avons été vendus.

— Qui ? je demande. Qui nous a trahis ?

— Je ne sais pas encore, répond-il. Mais je le saurai. Et quand je le saurai, je le tuerai. Même depuis l'autre monde, je le tuerai.

Il y a une telle violence dans sa voix que je recule d'un pas. Mon père n'est pas un homme cruel, mais il est un homme de guerre. Il sait haïr. Il sait tuer. Et en cet instant, je vois dans ses yeux la rage impuissante d'un fauve pris au piège. Je voudrais lui dire que tout va s'arranger, mais je ne peux pas. Ce serait un mensonge de plus dans une journée qui en compte déjà trop.

La porte de la grande salle s'ouvre à nouveau. Un soldat entre en courant, le visage défait par la terreur.

— Seigneur ! Ils ont percé la porte nord ! Ils arrivent !

Père se redresse. Malgré sa blessure, malgré la fatigue, malgré tout, il se redresse et saisit son épée posée sur la table. Les officiers l'imitent, et Bren vient se placer à mes côtés, prêt à me protéger. Père me jette un dernier regard, intense, brûlant.

— Va, me dit-il. Retourne à la chapelle. Si les dieux le veulent, nous nous reverrons.

Je veux protester, le supplier de m'emmener, de ne pas me laisser seule. Mais je sais que c'est inutile. Il a choisi. Il a toujours choisi le devoir avant tout. Avant ma mère. Avant mon frère. Avant moi. C'est sa grandeur et sa malédiction. Je hoche la tête, la gorge nouée, et je recule lentement vers la sortie.

Bren m'accompagne dans le couloir. Les bruits de combat se rapprochent, le fracas des épées, les hurlements des blessés, les ordres hurlés par les officiers. Je cours presque, guidée par Bren, vers la chapelle. Mais au moment où nous atteignons le couloir qui y mène, un groupe de soldats ennemis surgit devant nous. Ils sont couverts de sang, leurs visages déformés par la rage et l'adrénaline. Bren me pousse derrière lui et dégaine son épée. Il se bat comme un lion, mais ils sont trop nombreux. Je vois son corps s'effondrer, percé de coups, et je hurle.

Tout devient confus. Des mains me saisissent, me traînent, me jettent au sol. Je me débats, je griffe, je mords. Je reçois un coup sur la tempe, et ma vision se brouille. Le monde bascule. La dernière chose que je vois avant de sombrer, c'est le visage d'un soldat ennemi penché sur moi, ses yeux bleus comme la glace, son sourire cruel. Puis le noir.

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