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Chapitre 15 — Le passage secret 2

Author: Dledition
last update publish date: 2026-08-27 08:17:05

Je m'apprête à reculer quand mon pied heurte une pierre plus haute que les autres. Je manque de tomber. Le bruit est infime, mais dans ce silence, il est trop. Je me fige. J'écoute. Rien. Puis, au loin, comme un écho, un bruit. Des pas. Pas dans le passage. Dans le couloir principal, de l'autre côté du mur. Un pas mesuré, régulier, lent. Un pas d'homme qui n'a pas besoin de se hâter. Un pas de celui qui possède ces lieux.

Je m'aplatis contre la pierre. Je retiens ma respiration.
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    Je m'apprête à reculer quand mon pied heurte une pierre plus haute que les autres. Je manque de tomber. Le bruit est infime, mais dans ce silence, il est trop. Je me fige. J'écoute. Rien. Puis, au loin, comme un écho, un bruit. Des pas. Pas dans le passage. Dans le couloir principal, de l'autre côté du mur. Un pas mesuré, régulier, lent. Un pas d'homme qui n'a pas besoin de se hâter. Un pas de celui qui possède ces lieux.Je m'aplatis contre la pierre. Je retiens ma respiration. Les pas s'approchent. Ils passent devant la grille. Je vois, un instant, entre les barreaux, une silhouette qui traverse la lueur lointaine. Je ne distingue pas de traits. Une taille haute. Une démarche droite. Une cape qui traîne à peine. C'est lui. C'est nécessairement lui.Je sais que je ne devrais pas. Je sais que je devrais reculer, retourner d'où je viens, effacer ma trace, disparaître avant qu'un serviteur ne remarque la tapisserie mal replacée dans ma chambre. Mais je ne bouge

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    LyraLe froid me saisit à peine ai-je passé la tenture. Ce n'est pas le froid des couloirs d'apparat, adouci par les tapis et les tapisseries. C'est un froid de sous-sol, un froid de pierre nue qui monte du sol par les pieds et redescend du plafond par la nuque. Je serre autour de mes épaules le châle sombre que j'ai emporté, et je m'immobilise un instant, le temps que mes yeux s'accoutument à la quasi-obscurité. Je n'ai pas apporté de bougie. Une lumière dans un passage secret, c'est un signal. Je préfère avancer à l'aveugle et par le tâtonnement, comme un animal dans son terrier.Le couloir est étroit. Je peux à peine y écarter les coudes. Le plafond est bas, à peine plus haut que ma tête. La pierre est rugueuse au toucher, taillée grossièrement, sans le soin des salles d'apparat. Ce passage n'a pas été construit pour être vu. Il a été construit pour être ignoré. Je fais quelques pas, doucement, en posant chaque pied avant de faire porter mon poids. Sou

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    Les deux grandes tapisseries qui encadrent le lit sont ensuite. Celle de gauche représente une scène de chasse au cerf. Celle de droite, un couronnement. Je les fais bouger l'une après l'autre, comme si je vérifiais leur accroche. Derrière celle du couronnement, le mur est plein. Derrière celle de la chasse, le mur sonne creux. Je le savais déjà, j'ai déjà trouvé le passage la nuit précédente, mais je fais mine de le découvrir pour la première fois. Je fronce les sourcils. Je pousse la tenture pour laisser voir la pierre. Nolwen s'approche.— Il semble y avoir un défaut de maçonnerie, madame, dit-elle avec une prévenance suspecte.— Oui, j'en parlerai à l'intendant, je réponds distraitement. Ce n'est pas très grave.Elle se retire. Mais elle a vu. Et je voulais qu'elle voie. Qu'elle rapporte à Seraphine que j'ai noté un défaut, que je n'ai pas songé à un passage. Que je suis, à ses yeux, une naïve qui prend un souterrain pour une fissure. C'est t

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    LyraElles arrivent le lendemain matin, à la première heure. Trois d'un coup. Trois nouvelles servantes qu'on m'annonce comme un cadeau, un présent gracieux de la charitable Lady Seraphine du Valtour, qui a jugé qu'une future princesse ne pouvait décemment vivre avec une seule chambrière. Le garde qui me les présente sourit à peine, mais je vois dans ses yeux qu'il connaît la chanson. Ce n'est pas un cadeau. C'est une meute.Je les fais entrer une par une. Je prends le temps. Je me suis levée tôt, je me suis coiffée, je porte une robe correcte. Je suis Lyra d'Astravale, et même en cage, je reçois avec les manières que ma mère m'a laissées comme seul héritage.La première s'appelle Nolwen. Elle est grande, mince, avec des cheveux roux tirés en arrière, un visage anguleux. Elle plonge dans une révérence trop parfaite, trop travaillée. Une servante véritable a la révérence d'une paysanne : maladroite, respectueuse, un peu trop basse. La sienne est c

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    Et puis il y a lui. Le Chancelier Dorian Veyne. Il ne mange pas. Il n'est pas assis. Il circule. Il glisse entre les tables comme une couleuvre dans les herbes hautes, s'arrêtant tantôt auprès d'un noble, tantôt auprès d'un autre, échangeant deux mots, souriant, posant une main sur une épaule, se penchant pour murmurer à une oreille. Personne ne semble surpris de sa présence mouvante. Personne ne s'en offusque. C'est comme s'il faisait partie du décor, comme si les lustres et les tapisseries et le Chancelier Veyne étaient l'ameublement naturel de cette salle. Et pourtant, je vois bien que ses passages ne sont pas anodins. Chaque personne devant laquelle il s'arrête change subtilement de posture. Certains se redressent. D'autres se tassent. Un jeune noble à ma gauche pâlit littéralement quand Veyne pose la main sur son épaule et lui murmure quelque chose. Le Chancelier ne parle pas pour parler. Il parle pour rappeler. Il parle pour menacer. Il parle pour rassurer, aussi, quand cela l'a

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    LyraLe grand salon d'apparat brille de mille feux quand j'y entre, encadrée par deux gardes qui ne me lâchent pas d'une semelle. Les lustres de cristal pendent du plafond comme des grappes de glace, et leur lumière tremble sur les visages des convives, transformant chaque sourire en grimace, chaque regard en éclat de lame. Je sens des dizaines d'yeux se poser sur moi dès le seuil franchi, et je m'oblige à ne pas baisser la tête. Ma robe est simple, sombre, choisie par Mira parmi les tenues qu'on m'a laissées. Je ressemble à une ombre au milieu de tous ces plumages, et c'est très bien ainsi. Une ombre passe inaperçue. Une ombre observe.La longue table s'étend au centre de la salle, couverte d'une nappe blanche, chargée de couverts d'argent, de verres de cristal, de plateaux de mets fumants dont les odeurs me soulèvent presque le cœur. Trop de gras, trop d'épices, trop de tout. Le luxe de Kaelthorn est une gifle permanente à la mémoire des ventres vides que j'ai vus dans les couloirs

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