Beranda / Romance / L'ÉPOUSE INTERDITE DU PRINCE ENNEMI / Chapitre 4 — Le goût de la défaite 2

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Chapitre 4 — Le goût de la défaite 2

Penulis: Dledition
last update Tanggal publikasi: 2026-08-17 00:44:49

Le roi Malachar, le visage souillé, reste interdit. L'homme en noir, lui, ne sourit plus. Il lève la main, et les gardes saisissent mon père pour l'emmener. Je hurle, je me débats, mais la main du soldat me plaque à nouveau au sol. Le visage de mon père disparaît dans la foule des ennemis, et je reste seule, tremblante, au milieu des cendres de ma vie.

Je ne sais pas combien de temps je reste là, prostrée, à fixer le vide. Les heures passent, ou peut-être les minutes. Le temps n'a plus de sens. Les soldats de Kaelthorn vont et viennent autour de moi, indifférents à ma présence. Je suis un butin parmi d'autres, un trophée qu'on exhibera peut-être, un objet qu'on échangera. Je ne suis plus Lyra d'Astravale. Je ne suis plus rien.

Une ombre s'arrête devant moi. Je lève la tête. C'est l'homme en noir, le conseiller au sourire froid. Il me regarde de haut, avec une expression indéchiffrable.

— Relevez-vous, dit-il. Vous n'êtes pas faite pour rester dans la poussière.

Je ne bouge pas. Il n'insiste pas. Il se contente de m'observer, comme on observe une bête curieuse.

— Vous avez le regard de votre père, reprend-il. Cette même obstination. Cette même fierté. Cela vous perdra, comme cela l'a perdu.

— Qui êtes-vous ? je parviens à demander, ma voix rauque, étrangère.

Il sourit, d'un sourire qui n'atteint pas ses yeux.

— Je suis le Chancelier Dorian Veyne, dit-il. Et à partir d'aujourd'hui, je suis le maître de votre destin.

Il tourne les talons et s'éloigne, me laissant seule avec ses mots qui résonnent dans ma tête comme une malédiction. Le maître de mon destin. Ce destin qui vient de s'effondrer, de se briser, de partir en fumée. Ce destin que je croyais tracé, et qui n'est plus que ruines.

Je ferme les yeux. Je voudrais pleurer, mais les larmes ne viennent pas. Il n'y a plus rien en moi, ni tristesse, ni colère, ni peur. Juste un vide immense, un gouffre sans fond, un silence de mort.

Mais quelque part, au plus profond de ce vide, une étincelle subsiste. Une flamme minuscule, vacillante, qui refuse de s'éteindre. Une promesse que je me fais à moi-même, dans le silence de mon cœur brisé.

Je me souviendrai.

Je me souviendrai de chaque visage, de chaque nom, de chaque geste.

Et un jour, je ferai payer.

Lyra

La route vers la capitale de Kaelthorn dure six jours. Six jours de poussière, de faim, de soif et d'humiliations silencieuses. Je suis enfermée dans un carrosse blindé, escortée par une douzaine de gardes armés jusqu'aux dents, comme si j'étais une menace. Peut-être le suis-je. Peut-être que le feu qui couve en moi, cette braise de haine et de promesses, se voit à travers mes yeux. Peut-être que le Chancelier Veyne a senti qu'il ne fallait pas me laisser trop de liberté. Il est méfiant, cet homme. Il a raison de l'être.

Pendant le voyage, je n'ai droit qu'à de brèves haltes, juste le temps de me dégourdir les jambes et d'avaler un morceau de pain rassis. Les gardes ne me parlent pas, sauf pour me donner des ordres. Je ne leur parle pas non plus. Le silence est mon armure. J'observe, j'écoute, j'enregistre tout. Le nom des villages traversés, la configuration des routes, les visages des soldats. Un jour, ces détails me serviront. Un jour, je reviendrai ici, et je me souviendrai de chaque pierre, de chaque arbre, de chaque virage. La vengeance est une science exacte. Je l'apprends dès maintenant.

Le sixième jour, au matin, la capitale apparaît à l'horizon. Je l'ai vue en rêve, cette ville, dans les récits que faisait mon père. Il y avait une lueur d'envie dans sa voix quand il parlait des remparts de Kaelthorn, de ses tours, de ses marchés, de sa puissance. Maintenant, elle se dresse devant moi, massive, écrasante, et je comprends pourquoi il la craignait autant qu'il l'admirait. C'est une ville faite pour dominer, pour impressionner, pour écraser. Tout y est démesuré, grandiose, étouffant.

Le carrosse franchit les portes de la ville basse, puis s'engage dans les artères principales. La foule est dense, bruyante, colorée. Des marchands crient, des enfants courent, des soldats patrouillent. La vie continue, ici, comme si la guerre n'avait pas eu lieu, comme si Astravale n'était pas en cendres, comme si mon père n'était pas prisonnier, comme si mon frère n'était pas mort. Cette indifférence me blesse plus que toutes les insultes. Pour eux, je ne suis qu'une captive de plus, une princesse déchue qu'on va exhiber, un trophée qu'on va humilier. Je me jure de ne pas leur donner ce plaisir.

Le palais royal se dresse au sommet de la colline, au-dessus de la ville. Il est immense, blanc, hérissé de tours et de bannières. Le carrosse s'arrête devant le portail principal, et les gardes m'ordonnent de descendre. J'obéis, les jambes raides, le dos droit. Je ne leur montrerai pas ma peur. Je ne leur montrerai pas ma fatigue. Je suis Lyra d'Astravale, fille du Général Aldric, et je ne plierai pas.

On me conduit à travers des couloirs interminables, des salles décorées de tapisseries, des escaliers de marbre. Le luxe est partout, mais il est froid, impersonnel, écrasant. Les serviteurs s'écartent sur mon passage, les yeux baissés. Les gardes me poussent sans ménagement. Je trébuche, mais je ne tombe pas. Je ne tomberai pas.

On me fait entrer dans une pièce vide, sans fenêtres, fermée par une lourde porte de chêne. On me laisse seule. Le silence retombe, oppressant. Je reste debout, immobile, au centre de la pièce. Je ne sais pas combien de temps je dois attendre. J'attends. C'est tout ce que je sais faire depuis six jours. Attendre. Observer. Me préparer.

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