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Chapitre 2 : La Partition de la Chair

Penulis: Eternel
last update Terakhir Diperbarui: 2025-11-03 21:34:05

Anya

Le jour se lève, gris et froid. Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit. La sensation de cette bouche sur ma peau est un tatouage brûlant. Je descends, poussée par une force que je ne comprends pas. Mes pas me ramènent au piano. La pièce est baignée d’une lumière pâle.

Je m’assois. Le bois est froid sous mes doigts. Je ferme les yeux, cherchant la mélodie du rêve, cette valse obsédante. Mes doigts effleurent les touches, hésitants. Une note. Puis une autre. Ce n’est pas ça.

Soudain, une main se pose sur la mienne.

Une main réelle. Froide comme le marbre, mais solide.

Je retiens un cri, les yeux s’écarquillant. Personne. Mais je la sens. La pression est ferme, précise. Elle guide mes doigts, les pose sur des touches que je n’avais pas choisies.

Une mélodie naît. Lente, sensuelle, profondément mineure. Celle de mon rêve.

— Lysander… je souffle, le nom m’échappant comme une évidence.

La pression sur ma main se fait plus forte. Un acquiescement. Un frisson de terreur et d’excitation me parcourt. Je suis en train de jouer un duo avec un fantôme.

Sa présence m’enveloppe. Je sens comme un souffle dans mes cheveux, une froideur dans mon dos qui contraste avec la chaleur qui monte en moi. La musique s’amplifie, devient plus complexe, plus riche que ce que je pourrais jouer seule. C’est sa partition. Son histoire. Elle parle de désir, de frustration, d’une attente centenaire.

La main invisible quitte la mienne, glisse le long de mon bras. Je ferme les yeux, me laissant emporter. Les doigts de brume remontent jusqu’à mon épaule, effleurent mon cou. Je joue plus fort, les notes se bousculent, un crescendo de sensations. Je sens des lèvres sur ma nuque, un contact glacé et brûlant à la fois. Un gémissement m’échappe, se mêlant à la musique.

— Arrête… je murmure, mais ma voix est une prière, pas un ordre.

La musique ne s’arrête pas. Elle devient plus sauvage. La main invisible se pose sur ma taille, m’attirant en arrière contre un torse qui n’existe pas, mais dont je sens la forme, la solidité. Un poids. Une force. Je suis immobilisée, jouant pour lui, pour cet esprit qui me possède par la musique et le toucher.

Soudain, un coup sec à la porte d’entrée.

La musique s’arrête net. La présence s’évapore comme fumée. Je suis seule, haletante, le corps vibrant, les joues en feu. La déconnection est violente.

Je me lève, chancelante, et vais ouvrir.

Gabriel.

Il se tient là, sourire incertain, un sac de voyage à la main.

— Anya ? J’ai appelé ton portable… J’étais inquiet. Tu as disparu.

Son regard se fait plus intense, plus sombre.

— Je me suis souvenu de ce que tu m’avais dit sur ce lieu. Ton héritage maudit. Je n’ai pas pu rester sans rien faire.

Je le dévisage, incapable de formuler une phrase. Il voit mon état, ma confusion, la fièvre dans mes yeux.

— Anya ? Qu’est-ce qui se passe ? Tu as l’air…

— Je n’ai pas dormi, je balbutie.

Il entre, referme la porte. Sa présence humaine, tangible, devrait être un réconfort. C’est une intrusion. Une dissonance.

— Cette maison… elle n’est pas saine, Anya. Il faut partir.

Il s’approche, pose une main sur mon front. Sa main est chaude, vivante. Elle ne devrait pas me sembler si étrangère.

— Tu brûles.

Son contact, si normal, si rassurant, me fait presque mal. Je recule.

— Je vais bien, Gabriel. Juste fatiguée.

Son regard se durcit. Il sent le mensonge. Il sent autre chose.

— Il se passe quelque chose ici. Je le sens.

Il fait un pas vers moi, protecteur, déterminé. À cet instant, un accord violent, discordant, retentit dans le salon.

Le piano.

Gabriel sursaute, se tourne vers la pièce voisine.

— Qu’est-ce que c’était ?

Je reste figée, le sang glacé dans mes veines. Je sais ce que c’était. Un avertissement. Une manifestation de jalousie.

— Rien, je dis. Le bois qui travaille. La maison est vieille.

Je prends le bras de Gabriel, l’entraîne vers la cuisine, loin du piano. Loin de lui.

Mais je le sens. La présence. Elle nous suit. Elle est dans l’air, un parfum de cendre froide et de colère.

Gabriel me parle, sa voix est un bruit de fond. Je ne l’écoute pas. Je suis encore dans la musique, sous le toucher de ces mains invisibles.

J’ai invoqué un démon, et un ange est venu me sauver.

Mais dans l’obscurité qui grandit en moi, je ne sais plus lequel est lequel.

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