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Chapitre 3 : Le Poids du Silence

Author: Darkness
last update Huling Na-update: 2025-11-08 19:55:27

Eira

Mes pas résonnent trop fort dans la nuit, comme si la ville retenait son souffle pour mieux m’entendre. Chaque ombre semble vivante, chargée des murmures que je tente désespérément d’ignorer. La vision de la femme , Élodie, son nom me vient maintenant, un chuchotement dans le néant , me colle à la peau, plus tenace que le brouillard.

Je me tiens de l’autre côté de la rue, cachée dans l’embrasure d’une porte cochère, observant la scène de crime. Les gyrophares bleus et rouges balaient les façades des immeubles en un cycle macabre. Des silhouettes encapuchonnées vont et viennent, des éclats de voix techniques et froides percent la nuit. C’est ici. C’est là qu’elle est tombée.

Mon cœur bat une chamade désordonnée, un mélange nauséeux de peur et de certitude. Je devrais partir. Tourner les talons et courir jusqu’à ce que le bruit dans ma tête s’estompe. Mais ses yeux, dans la vision… ils m’ont implorée. Non pas avec des mots, mais avec le vide laissé par son dernier souffle.

Je vois un homme sortir de l’immeuble. Il n’a pas l’air d’un technicien. Il est plus grand, plus large, son port est différent. Il s’adosse au mur du couloir, visible depuis la porte ouverte, et ferme les yeux un instant. Même à cette distance, je perçois la tension raide dans ses épaules, la lourdeur qui pèse sur lui. C’est une fatigue qui dépasse la simple privation de sommeil. C’est l’usure de l’âme.

Et soudain, une onde me frappe, venue de lui. Ce n’est pas une vision, pas un message des morts. C’est une émotion pure, brute, non filtrée. Un scepticisme si profond qu’il en est presque douloureux, une barrière de fer et de glace érigée contre tout ce qu’il ne peut comprendre. Mais en dessous, une faille. Une minuscule fissure dans la façade, par laquelle s’échappe une confusion têtue, un doute naissant qui le ronge.

C’est lui. Le policier. Celui dont l’esprit est à la fois si fermé et, sans qu’il le sache, si réceptif à la dissonance que cette mort a créée dans le monde.

Il rouvre les yeux, son regard balaie la rue. Je me tasse un peu plus dans l’ombre, mais je sens son attention passer sur ma cachette comme un projecteur. Il ne me voit pas, pas physiquement. Mais il sent qu’il y a quelque chose. Quelqu’un.

C’est le moment. Soit je m’enfuis, soit j’avance.

Mon corps tremble, trahissant chaque fibre de mon être qui hurle de rester en sécurité dans l’anonymat. Mais le visage d’Élodie, le motif des losanges, l’odeur de cuivre… c’est plus fort.

Je sors de l’ombre et traverse la rue. La pluie me glace le visage. Les policiers près de la banderole me voient approcher et se raidissent.

— La rue est fermée, madame. Reculez, s’il vous plaît.

Je ne les regarde pas. Mes yeux sont fixés sur l’homme dans le couloir. Il me regarde aussi maintenant, un froncement de sourcils assemblant son visage.

— Je dois lui parler, dis-je, ma voix plus faible que je ne le souhaiterais.

— À l’inspecteur Bastian ? Hors de question. Partez.

L’homme – Bastian – s’est redressé. Il avance vers la porte, son regard un mélange d’irritation et de curiosité lasse.

— Qu’est-ce qui se passe ?

Je prends une profonde respiration. L’air est un poison.

— Je… je sais des choses sur ce qui s’est passé ici.

Ses yeux, d’un gris froid comme la pierre, se plissent.

— Des choses ? Quelles genres de choses ? Êtes-vous une amie de la victime ? Une voisine ?

Je secoue la tête, sentant le regard méfiant des autres agents sur moi. Je dois le dire. Il n’y a pas d’autre façon.

— Je l’ai vue. Quand c’est arrivé. Dans ma tête.

Le silence qui suit est plus lourd que toute la pluie de la nuit. Un des agents ricane, étouffant rapidement son rire sous le regard de Bastian. Ce dernier me dévisage, son visage devenant un masque de granit. Le scepticisme que je sentais en lui a refait surface, plus fort, plus dur, étouffant la petite faille que j’avais perçue.

— Dans votre tête, répète-t-il, platement.

— Oui. Une vision. Du métal froid. L’odeur du sang. Elle est tombée. Sur du carrelage. Et… il y avait une voix. Elle a dit : « Personne ne comprendra. » Et un motif. Des losanges. Sur du métal.

Je vois son pouls battre à la base de son cou. Ses doigts se serrent imperceptiblement. J’ai touché à quelque chose. La boucle de ceinture. Je le sais.

Mais son visage ne trahit rien. Il avance d’un pas, son corps imposant créant une barrière physique.

— Madame, je vais vous demander de partir. Nous menons une enquête sérieuse. Ce n’est pas le moment ni le lieu pour des… divagations.

Le mot cingle comme un coup de fouet.

— Ce ne sont pas des divagations ! C’est la vérité ! Elle était là, elle avait peur, elle…

— Assez !

Sa voix claque, coupante. Il pointe un doigt vers l’extérieur de la scène de crime.

— Vous quittez les lieux immédiatement, ou je vous fais embarquer pour entrave à une enquête. C’est compris ?

Ses yeux me transpercent, pleins d’un mépris glaçant. La barrière est là, plus haute et plus infranchissable que jamais. Je recule d’un pas, le cœur serré à l’étouffer. Les regards des autres policiers sont un mélange de pitié amusée et d’agacement.

Je tourne les talons, la honte et la colère me brûlant les joues. Je m’éloigne dans la nuit, sentant son regard dans mon dos jusqu’au coin de la rue.

Je me suis trompée. La faille n’existait pas. Ou alors, elle était bien trop petite. Je rentre chez moi, le goût amer de l’échec et de l’humiliation dans la bouche. Le silence, maintenant, est pire. Parce que je sais qu’il est peuplé d’une vérité que je suis la seule à entendre, et que personne, surtout pas lui, ne veut écouter.

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