MasukChapitre 2
Zeylan
La lumière est une lame blanche qui me transperce le crâne. Je ne sais pas qui je suis. Je ne sais pas où je suis. Le monde n'est qu'une souffrance brute, un vide sonore d'où émergent des bips réguliers et glacials. Ma bouche est un désert de cendres. J'essaie de soulever une paupière, mais la douleur est si fulgurante que je m'arrête, terrassé. Il n'y a que ce blanc insupportable, cette odeur âcre d'antiseptique, et ma peur qui suinte par tous les pores de ma peau.
Je veux me raccrocher à un souvenir, un visage, une main. Il n'y a rien. Un gouffre noir à la place de mon passé.
Des sons percent le brouillard. Un froissement d'étoffe, un chuchotement, puis une présence tout près de moi. Une femme est penchée sur mon lit, un ovale pâle auréolé de cheveux d'un blond presque blanc. Ses yeux d'un bleu de porcelaine sont humides, un sourire tremblant sur ses lèvres parfaites. Elle est d'une beauté sculpturale, une élégance de glace. Son parfum, jasmin et opulence, m'est totalement étranger.
— Zeylan, murmure-t-elle. Dieu merci, tu es enfin réveillé.
Je retire ma main de la sienne, un geste purement instinctif.
— Qui êtes-vous ?
Son sourire se fige une fraction de seconde. Ses doigts se replient lentement.
— C'est normal que tu sois déboussolé. Tu as subi un grave traumatisme. Je suis Céleste, ta fiancée.
Le mot est un coup de poing dans le vide de ma mémoire. Fiancée. Aucune chaleur, aucun souvenir. Juste une pression extérieure qui s'abat sur moi.
La porte s'ouvre. Deux hommes entrent. Le plus âgé s'approche, la soixantaine altière, un costume d'une coupe parfaite, un visage taillé à la serpe où des yeux pâles me fixent avec une intensité dérangeante. Son autorité écrase tout, un vide glacial qui aspire l'air de la pièce.
— Zeylan. Je suis Malrik, ton oncle. C'est un miracle que tu sois en vie.
Le deuxième homme est plus jeune. Une beauté plus sombre, des cheveux bruns, un regard noisette qui me scrute avec une expression indéchiffrable.
— Kael, ton cousin, précise mon oncle.
Rien. Ni l'un ni l'autre ne font vibrer la moindre corde en moi. La panique monte, une marée noire et glacée.
— Je ne me souviens de rien. Ni de vous, ni de moi.
Céleste pose une main fraîche sur mon front, un geste qui ne fait qu'accentuer mon malaise.
— Le médecin a prévenu que l'amnésie était une possibilité, dit-elle d'une voix trop modulée. L'explosion a été terrible. Une attaque lâche de nos ennemis.
L'explosion. Le mot provoque une onde de douleur dans mon crâne, une sensation de chaleur, une odeur de fumée, mais aucune image.
— Y a-t-il eu d'autres victimes ?
Un micro-silence. Mon oncle et mon cousin échangent un regard que je ne sais déchiffrer.
— Malheureusement, oui, répond Malrik d'une voix lisse. Des membres du personnel, des gardes. Céleste a été d'une force incroyable. Elle ne t'a pas quitté un seul instant.
Je la regarde à nouveau. Sa beauté est une forteresse, un masque d'une perfection irréprochable. La gratitude qu'ils attendent de moi ne vient pas. Je ne ressens qu'un vide immense, un isolement abyssal dans cette chambre aseptisée, entouré d'étrangers qui prétendent être ma famille.
Mon regard tombe sur mes mains. Je cherche un indice, une cicatrice, une alliance. Il n'y a rien. Et pourtant, une sensation me taraude. Un manque, une absence douloureuse au creux de ma paume, comme si quelque chose devait s'y trouver. L'impression est si déchirante que ma main se crispe sur le drap.
Dans mon cœur, au milieu du chaos, une certitude glaciale s'impose. Je ne sais pas qui je suis, mais je sais que je ne suis pas en sécurité. Je ne fais confiance à personne dans cette pièce. Ces murs ne me protègent pas. Ils m'enterrent.
Chapitre 47ElyssaLa porte de l'appartement est entrouverte quand je rentre, et je m'arrête sur le seuil, le cœur soudain suspendu, les doigts crispés sur la clé que je n'ai pas encore retirée de la serrure, et une peur ancienne, une peur viscérale, remonte le long de ma colonne vertébrale comme une eau glacée, parce que je reconnais cette sensation, cette odeur de violation dans l'air, ce silence trop profond qui succède au passage des intrus, et je pousse lentement le battant, je fais un pas dans la pénombre du couloir, et je comprends tout de suite, je comprends avant même d'allumer la lumière, avant même de voir le chaos qui m'attend, que l'on est venu ici, que l'on a fouillé, que l'on a saccagé, et que ce n'était pas un cambriolage ordinaire, pas un vol de hasard, pas une coïncidence, mais un message, un avertissement, une m
Chapitre 46ZeylanLa salle de réunion est un aquarium de verre et d'acier suspendu au sommet de la tour Ardev, et les hommes qui m'entourent, chefs de clan, conseillers, avocats, financiers, sont assis autour de la table d'ébène avec des dossiers ouverts devant eux et des chiffres qui dansent sur les écrans, et je devrais les écouter, je devrais trancher, je devrais imposer cette autorité glaciale qui a fait de moi le maître incontesté de cet empire, mais je ne les entends pas, je ne les vois pas, je ne suis pas là, mon corps est assis dans le fauteuil de cuir au bout de la table mais mon esprit est ailleurs, prisonnier de ce visage qui ne me quitte plus, de ces yeux noisette qui ont plongé dans les miens avec une détresse et une tendresse qui m'ont foudroyé, de cette silhouette qui s'est évanouie dans la foule de la rue en emportant avec elle la seule
Chapitre 45SereinaLa chambre est plongée dans une pénombre que seules percent les flammes vacillantes des bougies disposées sur la coiffeuse, et je suis assise devant le miroir, le dos parfaitement droit, les mains posées à plat sur mes cuisses gainées de soie, et je me regarde sans me voir, je me regarde sans m'aimer, je me regarde avec cette lucidité glaciale des femmes qui savent que leur beauté est une arme et que cette arme est en train de leur échapper, de se retourner contre elles, de les trahir au profit d'une ombre, d'une inconnue, d'une rivale dont je ne sais rien et que je déteste déjà de toute la force de mon orgueil blessé. Les rapports sont étalés devant moi, des feuilles froissées que j'ai lues et relues jusqu'à en connaître chaque mot, chaque nom, chaque adresse, et mes espions y décrivent avec
Chapitre 43ZeylanLa voiture file à travers les rues de la ville, et je suis assis à l'arrière, le regard fixé sur la vitre où défilent les façades grises et les arbres dénudés par l'automne, et mes doigts tambourinent sur le cuir de l'accoudoir avec une nervosité que je ne cherche même plus à dissimuler, parce que Kael est au volant et que Kael ne pose jamais de questions, il se contente d'exécuter les ordres avec cette efficacité silencieuse qui fait de lui le seul homme en qui j'aie encore confiance, et l'ordre qu'il exécute en ce moment, l'ordre que j'ai donné d'une voix blanche il y a moins d'une heure, c'est de me conduire à l'adresse que ses hommes viennent enfin de lui transmettre, l'adresse de cette femme, de cette inconnue au parfum de jasmin, de cette apparition qui hante mes nuits et qui occupe chacune de mes pen
Chapitre 42ElyssaLa décision s'est imposée à moi au terme d'une nuit blanche passée à fixer le plafond de ma chambre en écoutant le vent hurler dans les branches des chênes, et je n'ai pas pleuré, je n'ai pas prié, je n'ai pas supplié le ciel de me donner une autre solution, j'ai simplement regardé la vérité en face, cette vérité que je repoussais depuis que j'ai signé ce passeport et ce nom d'emprunt, cette vérité qui est devenue incontournable depuis que Zeylan m'a suivie dans la rue, depuis que ses doigts ont frôlé les miens, depuis que son visage s'est gravé dans ma mémoire avec la netteté d'une lame, et cette vérité est simple, elle est brutale, elle est sans appel : je dois quitter la galerie, je dois disparaître de la surface de cette ville, je dois m'effac
Chapitre 41ZeylanLa nuit est tombée depuis des heures sur le manoir, et je suis allongé dans mon lit, les yeux grands ouverts, le regard fixé sur le baldaquin de velours noir que je ne vois même pas, et le sommeil ne vient pas, le sommeil ne viendra pas, il ne vient plus depuis que je l'ai vue, depuis que son visage est apparu dans ma mémoire comme une révélation, depuis que son regard a croisé le mien avec cette froideur qui cachait mal une détresse abyssale, et je me tourne et me retourne dans les draps de soie qui s'entortillent autour de mes jambes comme des serpents, et chaque fois que je ferme les yeux, elle est là, chaque fois que j'essaie de penser à autre chose, elle revient, plus forte, plus présente, plus obsédante, et cette obsession est une fièvre qui me consume, une maladie qui me ronge, un poison qui coule dans mes veines et qui







