เข้าสู่ระบบChapitre 3
Elyssa
Chaque matin, avant même d'ouvrir les yeux, je les entends. Les murmures. Ils filtrent par les boiseries épaisses, se faufilent sous la porte en chêne massif, dansent dans les couloirs du manoir Ardev comme des fantômes moqueurs. « Elle n'est rien. » « Une moins-que-rien. » « Comment a-t-il pu nous infliger cette honte ? » Chaque mot est une aiguille sous ma peau, un venin distillé goutte après goutte, chaque jour depuis que j'ai survécu à l'enfer.
Survécu. Mon corps a survécu. Mon cœur, lui, est resté prisonnier des flammes. Je vis dans un palais, mais c'est un mausolée d'or et de cristal. Le jour où l'on m'a annoncé que Zeylan ne se souvenait plus de moi, qu'il allait mieux et qu'il était fiancé à une autre, ce jour-là, quelque chose en moi s'est brisé pour toujours. Mon mari m'a effacée.
Je me lève. Mes gestes sont lents, mécaniques. J'enfile une robe de chambre en cachemire blanc, mes pieds nus s'enfoncent dans la laine épaisse d'un tapis de la Savonnerie. Chaque objet dans cette pièce coûte une fortune. La famille Ardev m'entretient comme on entretient une relique gênante. Ils m'ont expliqué la situation avec une froideur clinique, les yeux de Malrik vrillés dans les miens. J'étais la preuve vivante d'une alliance qu'ils refusaient. Une épouse secrète, une roturière, une tache sur le blason. Ils ne me tueraient pas, le scandale serait trop grand. Alors ils m'ont confinée, dorlotée, emmurée dans un luxe suffocant. Pour protéger Zeylan, disaient-ils. La femme qu'on lui destinait, Céleste Vancourt, était une alliance stratégique. Moi, je n'étais que l'obstacle.
Je passe devant le miroir. Une beauté diaphane, des yeux trop grands cernés de mauve, des pommettes saillantes. La beauté de l'enfermement. Je suis devenue une figurine de porcelaine, fragile et vide à l'intérieur. Chaque fois que je croise un domestique, il détourne le regard. Je suis « Madame Elyssa », un titre vide, une présence qu'on tolère. L'humiliation est devenue ma compagne, plus fidèle que mon propre mari.
Mon regard tombe sur le bouquet de lys blancs dans un vase de Lalique. Des lys. Chaque jour, des lys. J'ignore si c'est une attention cruelle ou une malédiction délibérée. Chaque fois que je les vois, je revis l'explosion. Ces fleurs de pureté sont devenues les symboles de ma damnation. Je ne peux ni les regarder ni m'en détacher.
Une rage froide commence à bouillonner sous ma surface lisse. Je ne pleure plus. Mes larmes se sont taries, absorbées par un désespoir si profond qu'il s'est mué en une détermination glaciale. Mon amour pour Zeylan n'est pas mort, il s'est transformé. En voulant nous séparer, ils ont fait de moi leur ennemie intime. Je suis la faiblesse au cœur de leur forteresse. Et cette faiblesse, je la transformerai en arme.
Je me lève soudainement. Mon reflet me fixe, et pour la première fois depuis des mois, j'y vois autre chose qu'une victime. J'y vois une flamme vacillante, dangereuse. Un jour, il se souviendra. Un jour, je sortirai de ce tombeau doré. Un jour, je me tiendrai devant lui, non pas comme une ombre, mais comme une tempête. Ce jour-là, Malrik Ardev et tout son empire de mensonges trembleront. Le bonheur qu'ils m'ont volé, le mari qu'ils m'ont arraché, je le reprendrai. Morceau par morceau, souvenir par souvenir. Quoi qu'il doive m'en coûter.
Chapitre 56ElyssaLa douleur me réveille, une douleur sourde et diffuse qui pulse dans tout mon corps, et j'ouvre les yeux avec difficulté, les paupières lourdes, la vision floue, et je ne sais pas où je suis, je ne me souviens pas tout de suite, il n'y a que ce plafond blanc, cette odeur d'antiseptique, ces bips réguliers qui percent le silence, et puis je tourne la tête, lentement, à cause de la douleur dans ma nuque, et je le vois.Zeylan est assis sur une chaise près de mon lit, les coudes posés sur ses genoux, le visage tourné vers moi, et ses yeux gris sont fixés sur les miens avec une intensité qui me coupe le souffle, et pendant quelques secondes, je crois que tout est comme avant, qu'il est là, qu'il veille sur moi, qu'il m'a retrouvée, et j'oublie, j'oublie l'explosion, l'amnésie, Sereina, les mensonges, je
Chapitre 55ZeylanLa nouvelle tombe comme une déflagration dans le silence de mon bureau. Kael entre sans frapper, le visage plus fermé que d'habitude, et il me tend son téléphone où s'affiche un article, et je lis les mots sans les comprendre, sans vouloir les comprendre : « Une jeune femme victime d'une tentative d'assassinat en pleine rue, transportée d'urgence à l'hôpital central. » Et puis, plus bas, le détail qui me glace le sang : « Des témoins décrivent une femme brune, portant des cicatrices au visage. » Mon cœur s'arrête. Puis repart dans un galop violent.— Où est-elle ? je demande, et ma voix est un grondement qui ne souffre aucune hésitation.— Hôpital central, répond Kael d'une voix neutre, mais je vois dans ses yeux qu'il comprend, qu'i
Chapitre 54ElyssaJe marche vite, la tête baissée, le col relevé. La nuit est froide. La rue est presque vide. Je ne pense qu'à rentrer, qu'à fermer la porte derrière moi, qu'à oublier. Oublier les écrans. Oublier les journaux. Oublier ce mariage qui s'affiche partout comme une insulte.Le bruit surgit dans mon dos. Un rugissement de moteur. Trop rapide. Trop proche. Je n'ai pas le temps de me retourner. La voiture me percute de plein fouet. Une violence inouïe. Je suis projetée en avant. Je heurte le bitume avec un craquement sourd. La douleur explose. Elle efface tout. Elle noie le monde dans un brouillard rouge.Je reste allongée sur la chaussée, le souffle coupé, incapable de bouger. Le moteur ronronne encore. Des silhouettes floues s'arrêtent sur le trottoir. Des passants regardent. Ils détourne
Chapitre 53SereinaLa porte de ma chambre claque derrière moi, et le bruit résonne dans le silence de cette pièce trop grande, trop froide, trop vide, et je reste debout au milieu du tapis de soie, les poings serrés, la respiration courte, et je sens monter en moi une vague que je ne peux plus contenir, une vague de rage et d'humiliation qui déferle et qui emporte tout sur son passage, qui efface les années de maîtrise et de calcul et de retenue, qui fait de moi une femme que je ne reconnais pas, une femme qui tremble, une femme qui brûle, une femme qui a envie de hurler jusqu'à ce que sa voix se brise et que son âme se vide.Je m'approche de la coiffeuse, et je vois mon reflet dans le miroir, mon visage défait, mes yeux rougis, mes lèvres crispées, et cette image me répugne, elle me renvoie tout ce que je déteste, tout
Chapitre 52ZeylanJe la convoque dans mon bureau sans préambule, sans formule de politesse, un simple ordre transmis par Kael, et je l'attends debout derrière mon fauteuil, les mains appuyées sur le dossier de cuir, les yeux fixés sur la porte, et je sens la colère gronder en moi, sourde et patiente, une colère qui n'a pas explosé depuis la scène du conseil mais qui couve, qui s'accumule, qui attend le moment de frapper, et quand la porte s'ouvre enfin, quand Sereina entre dans la pièce avec cette démarche altière de reine offensée, quand je vois son visage parfaitement maquillé et son expression de défi, je comprends qu'elle n'a pas l'intention de se soumettre, qu'elle vient se battre, et cette certitude attise encore ma fureur.— Vous allez démentir, je dis sans attendre qu'elle se soit assise, sans mêm
Chapitre 51ElyssaLes écrans sont partout. Sur les façades, dans les vitrines, dans les cafés. Ils diffusent en boucle les mêmes images. Zeylan et Sereina. Leurs sourires. Leurs visages rapprochés. Le titre qui annonce un mariage imminent. Je marche dans la rue en gardant les yeux baissés, mais c'est impossible d'y échapper. C'est partout. Sur toutes les lèvres. Dans tous les regards.Deux femmes sont arrêtées devant une pâtisserie. Elles commentent les photos avec excitation. Je ralentis malgré moi. Je m'arrête à quelques pas. Leurs voix percent le brouhaha de la rue.— Tu as vu les photos ? Ils forment un couple magnifique. On dirait des acteurs de cinéma.— Oui, et il paraît que le mariage est pour bientôt. La date est déjà fixée. T







