Se connecterChapitre 65
Gabriel
Je retrouve un vieux carnet en rangeant l'ancien bureau d'Ariane. La pièce est restée fermée depuis son départ, personne n'y est entré, personne n'a osé toucher à ce qu'elle a laissé derrière elle, comme si les objets eux-mêmes étaient imprégnés de sa présence et risquaient de se briser au moindre contact. Mais ce matin, poussé p
Chapitre 77GabrielL'invitation arrive sur mon bureau un matin de septembre, glissée dans une enveloppe crème fermée par un sceau de cire rouge à l'effigie du comité d'organisation. Je la reconnais immédiatement, pour l'avoir reçue chaque année depuis que j'ai rejoint le groupe Morel, et je la pose sur le coin de mon bureau sans l'ouvrir, comme je le fais toujours. Le gala annuel de l'immobilier, cette grand-messe mondaine où les promoteurs, les architectes et les investisseurs se retrouvent sous les ors d'un palace pour célébrer leur réussite et nouer des alliances. D'ordinaire, j'y vais par obligation professionnelle, pour représenter la famille, pour serrer des mains et échanger des sourires polis avec des gens que je n'apprécie pas et qui ne m'apprécie pas davantage. Cette année ne fera pas exception.
Chapitre 76ArianeL'invitation arrive un matin de septembre, glissée dans le courrier comme une promesse longtemps attendue. Je la trouve sur mon bureau, au milieu des plans et des croquis, et je la reconnais immédiatement à son enveloppe épaisse, au papier vergé crème, au logo doré du comité d'organisation frappé dans le coin supérieur gauche. C'est une invitation au gala annuel de l'immobilier et de l'architecture, l'événement le plus prestigieux de la profession, celui qui réunit chaque année les plus grands noms du milieu sous les lustres d'un palace parisien. Mon cœur bat plus vite tandis que je l'ouvre, et je dois m'asseoir pour lire les quelques lignes calligraphiées à la plume.« Madame Ariane Delcourt, le comité a l'honneur de vous inviter à la soirée de gala annuelle.
Chapitre 75CamilleJe quitte Gabriel. Les mots sortent de ma bouche avant que j'aie eu le temps de les retenir, et pourtant, je sais que je les prépare depuis des semaines, peut-être depuis le premier jour où j'ai compris qu'il ne m'aimait pas, qu'il ne m'avait jamais aimée, qu'il ne m'aimerait jamais.La chambre est plongée dans la pénombre, éclairée seulement par la lueur pâle de la lune qui filtre à travers les rideaux. Les meubles sont des ombres immobiles, les murs sont des frontières qui se resserrent autour de moi. Gabriel est assis sur le bord du lit, les épaules voûtées, le visage enfoui dans ses mains. Il n'a pas prononcé un mot depuis que je lui ai annoncé ma décision. Il n'en prononcera peut-être jamais.— Tu ne dis rien ? Tu ne vas même pas essayer de me
Chapitre 74GabrielJe repense au carnet de croquis que j'ai trouvé dans le grenier, il y a quelques semaines. C'est une image qui me revient sans cesse, comme une mélodie entêtante qu'on ne peut pas chasser, comme un fantôme qui refuse de quitter la maison. Depuis que j'ai cherché Ariane sur Internet sans rien trouver, depuis que je me suis rendu compte que je ne savais rien d'elle, que je n'avais jamais rien su d'elle, ce carnet me hante. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être parce que c'est la seule chose qui me reste d'elle, la seule trace tangible de son passage dans ma vie, la seule preuve qu'elle a existé ailleurs que dans mes souvenirs. Peut-être parce que j'ai besoin de comprendre, de savoir, de combler ce vide béant qu'elle a laissé derrière elle.Je me lève de mon fauteuil, je traverse le couloir sombre, et je monte au grenier. La tra
Chapitre 80Narrateur extérieurLa salle du gala est un écrin de lumière et de luxe, une immense nef aux colonnes de marbre blanc veiné de gris et aux murs tendus de velours pourpre. Les lustres en cristal de Bohême descendent du plafond à caissons comme des cascades de diamants, diffusant une clarté dorée qui se reflète à l'infini dans les miroirs disposés le long des murs, créant une illusion d'espace et de profondeur. Les tables sont nappées de blanc immaculé, constellées de couverts en argent massif et de verres en cristal taillé qui scintillent à la lueur des bougies parfumées. L'air est saturé de fragrances mêlées, la rose et le jasmin des bouquets monumentaux disposés en centres de table, le champagne qui pétille dans les flûtes de cristal, l'odeur plus subtile du pouvoir et de l'argent qui flotte au-dessus des conversations comme un parfum entêtant.Les invités commencent à affluer par vagues successives, les hommes en smoking noir aux revers de satin, les femmes en robes de s
Chapitre 73ArianeLe cabinet se fait connaître. C'est une progression lente mais régulière, comme une marée qui monte sans qu'on s'en aperçoive, qui gagne du terrain centimètre par centimètre, et qui finit par recouvrir toute la plage. Les premiers articles paraissent dans les revues spécialisées, des publications que je lisais autrefois avec des yeux émerveillés, quand j'étais étudiante, en rêvant d'y voir mon nom un jour. Et aujourd'hui, mon nom y est. Ariane Delcourt. Pas un pseudonyme, pas un nom d'emprunt, pas un masque derrière lequel me cacher. Mon vrai nom, celui que j'ai porté toute ma vie, celui que j'avais abandonné devant un autel il y a des années.Les articles sont élogieux, parfois même dithyrambiques. Ils parlent de mon parcours atypique, de mon retour inespéré après des années de silence, de mes projets novateurs qui bousculent les codes de l'architecture contemporaine. « Une architecte à suivre de près. » « Un talent rare qui a su renaître de ses cendres. » « La rév
Chapitre 6ArianeL'enveloppe arrive un matin de novembre, glissée sous la pile de courrier que la gouvernante dépose chaque jour sur le plateau d'argent dans l'entrée. Je la remarque immédiatement parmi les factures et les invitations mondaines. Le papier est épais, crème, et dans le coin supérieu
Chapitre 5ArianeLes premiers jours dans la maison des Morel sont étranges, silencieux, comme si je marchais sur une couche de verre qui menace de se briser à chaque pas. La demeure est immense, bien plus vaste que la maison de mon enfance, et chaque pièce semble conçue pour impressionner plutôt q
Chapitre 4GabrielJe me réveille avant elle. La lumière du petit matin filtre à travers les rideaux de velours, dessinant des raies dorées sur le sol de marbre, et je reste un moment immobile, les yeux fixés sur le baldaquin sculpté qui surplombe le lit. Les bougies ont fini de brûler pendant la n
Chapitre 7GabrielLe restaurant est l'un de ces endroits que ma mère affectionne, un palace discret du centre-ville où les tables sont espacées de plusieurs mètres pour que les conversations restent confidentielles et que les secrets d'affaires ne traversent pas la salle malgré eux. Les murs sont







