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Chapitre 125 : Le Piège

Author: Dledition
last update publish date: 2026-08-24 08:11:00

Evelyn Harper

Le mercredi matin arrive.

Il fait beau à Athènes, d’un beau qui n’est pas le beau d’été insupportable, mais le beau lumineux de la fin de printemps, un beau de ciel bleu franc, un beau de rues nettes, un beau de terrasses ouvertes, un beau de vieilles pierres qui rendent leur chaleur à l’air lorsque le soleil monte au-dessus des toits.

Nous descendons à Athènes en voiture depuis Sounion.

Ma mère nous a accompagnés jusqu’à la porte de la m
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    Evelyn HarperLe mercredi matin arrive.Il fait beau à Athènes, d’un beau qui n’est pas le beau d’été insupportable, mais le beau lumineux de la fin de printemps, un beau de ciel bleu franc, un beau de rues nettes, un beau de terrasses ouvertes, un beau de vieilles pierres qui rendent leur chaleur à l’air lorsque le soleil monte au-dessus des toits.Nous descendons à Athènes en voiture depuis Sounion.Ma mère nous a accompagnés jusqu’à la porte de la maison. Elle n’a rien dit. Elle m’a embrassée sur les deux joues comme elle le fait toujours. Elle a posé la main sur mon ventre. Elle a serré Gideon un peu plus longtemps qu’à l’habitude, sans un mot. Elle a refermé la porte derrière nous.Ce simple geste, cette fois, m’a serré la gorge.Je respire.Je ne me retourne pas dans la voiture.Gideon est à côté de moi.Il conduit lui-même.Il n’a pas voulu que quelqu’un d’autre conduise. Il ne me l

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    Elle se lève.Elle passe derrière moi, elle pose la main sur mon épaule, brièvement, comme elle l’a fait il y a des semaines.Elle repart en cuisine, elle range sa tasse, elle sort dans le jardin sans manteau, elle regarde le temple.Ce geste est un plaidoyer.Je le sais.Je le comprends.Je ne l’écoute pas.Vers huit heures, Gideon descend.Il me regarde. Il voit mon visage. Il ne pose pas de question immédiate.Il se sert un café.Il s’assoit.Il attend.Je respire.Je dis.— Arnaud a appelé cette nuit.Il ne bouge pas.Il pose sa tasse.Il me regarde.— Comment.— Un vieux numéro. Une carte SIM qui doit dater d’il y a plusieurs années. Nos filtres ne l’avaient pas.— Que veut-il.— Une rencontre.— Où.— Un café. Public. Lieu choisi par moi. Il dit une heure. Il dit qu’ap

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    Je les ai comprises.Je les ai même trouvées justes.Je suis, à cet instant précis, en train de commencer à les reconsidérer.Ce que je ne peux pas dire à Gideon, ce que je ne peux pas dire à ma mère, ce que je ne peux pas dire à Lucas, ce que je ne peux même pas dire à Maître Delaunay, c’est qu’il y a en moi, à côté de la vigilance, une couche que je n’avais pas encore identifiée jusqu’à cette nuit, une couche qui vient de se réveiller au moment précis où Arnaud a prononcé le mot dernière.Une dernière rencontre.Ce mot est un piège.Je le sais.Je le sais parce que je connais Arnaud. Je le sais parce que je connais sa manière de choisir un vocabulaire précis. Je sais que le mot dernière, chez lui, est presque toujours une manière de faire naître, chez l’autre, l’envie de contribuer à cette clôture.Je le sais parfaitement.Et pourtant, quelque chose en moi, malgré cela, malgré Gideon, malgré les

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    Evelyn HarperJe pose le téléphone sur la table de chevet à côté du verre d’eau.Je le pose doucement, comme on repose un objet qu’on ne veut plus toucher tout de suite, comme on repose un objet contaminé, comme on repose un objet qui, pendant quelques minutes, a servi de canal à une voix que l’on croyait rangée dans un tiroir clos et qui, sans prévenir, s’est glissée entre mon oreiller et le sommeil.Je ne bouge plus pendant un long moment.Gideon dort à côté de moi.Il dort profondément parce que nous avons descendu au temple ensemble avant-hier, parce qu’il a été rassuré par une conversation avec un homme dont il ne m’a pas donné le nom, parce que nous avons décidé, sans le décider vraiment, que les prochaines semaines seraient plus calmes, parce que la sage-femme est passée deux fois cette semaine à Sounion et que sa dernière visite s’est conclue par un sourire calme et un simple mot, tout va bien.Je le regarde.

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    Je l’entends penser.Je l’entends recomposer, dans sa mémoire de la soirée, chaque visage qu’elle a croisé, chaque main qu’elle a serrée, chaque silhouette qu’elle a croisée sans y prêter attention.Elle ne pose toujours pas de question directe.Elle attend.Je continue.— Je n’étais pas invité, évidemment. J’étais en gilet noir croisé, avec un plateau de verres d’eau, au fond, côté verrière. Je ne t’ai pas parlé. Je ne me suis pas approché. Je n’ai rien tenté. J’ai regardé, deux heures. J’ai vu comment Gideon posait la main sur ton dos. J’ai vu comment tu riais avec la conservatrice. J’ai vu comment il pose la main sur ton ventre pendant une seconde, sans que personne d’autre que moi ne le remarque probablement. J’ai vu la plaque en laiton au fond. J’ai vu tout ce que je n’avais pas su te donner, en cinq ans, réuni dans une pièce, en une soirée. Et j’ai compris que tu ne reviendrais jamais.Ma voix se casse à peine.

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    Arnaud DelcourtJe passe les trois jours qui suivent le vernissage à ne presque pas sortir du studio, non pas parce que je récupère physiquement, non pas parce que je réfléchis, non pas parce que je prépare quoi que ce soit qui aurait une allure de plan, mais parce que quelque chose est en train de se cristalliser en moi, à mon insu, dans une couche que je n’observe plus, une couche que je ne pilote plus, une couche qui a désormais ses propres décisions et qui, par de petits déclenchements successifs, me pousse à faire des gestes que je ne comprends qu’après les avoir faits.Le premier geste, c’est de sortir la carte SIM d’un ancien téléphone, une carte SIM que j’avais gardée dans un tiroir, une carte qui n’a plus servi depuis trois ans, une carte qui n’est plus rattachée à mon nom depuis longtemps, une carte qui appartenait autrefois à un chauffeur d’Aether Tech que j’avais renvoyé sans indemnités, et qui l’avait laissée dans une boîte au moment de son départ

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