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Chapitre 6 : L'invitation dorée

Penulis: Déesse
last update Tanggal publikasi: 2026-08-19 00:24:25

Élia

Le contrat arrive un jeudi, sous la forme d'un appel de mon agent, Giulia, dont la voix, ce matin-là, vibre d'une excitation qu'elle ne parvient même pas à feindre.

— Assieds-toi, me dit-elle.

— Je suis debout devant un miroir, en sous-vêtements, avec une pince à cheveux entre les dents, réponds-je. Parle.

— La Fondation Moreau. Le gala annuel. Tu sais ce que c'est ?

Je recrache la pince à cheveux. Bien sûr que je sais ce que c'est. Le gala de la Fondation Moreau est l'événement le plus fermé de la saison : trois cents invités, pas un de plus, triés comme des diamants. Industriels, collectionneurs, vieilles fortunes, nouvelles fortunes, et chaque année, une poignée de visages choisis pour être, disent les organisateurs, « l'image de la soirée ». Mannequins, acteurs, artistes. On ne pose pas sa candidature. On est appelé.

— Ils m'ont appelée, dis-je lentement.

— Ils t'ont appelée, confirme Giulia, et sa voix explose enfin. Élia, tu ouvres la présentation de la collection du joaillier. La pièce maîtresse sur toi, au milieu de la salle, trois millions d'euros autour du cou. Et le cachet... tu ne veux pas connaître le cachet.

— Je veux connaître le cachet.

Elle me le dit. Je dois m'asseoir, finalement. C'est plus que ce que je gagne en trois mois de travail acharné.

— Il y a une condition, ajoute Giulia, et sa voix se fait soudain plus professionnelle. Ils veulent une disponibilité totale la semaine précédente. Essayages, répétitions, sécurité. C'est du très, très lourd, Élia. Le joaillier déplace sa pièce avec une escorte armée, et la liste des invités est passée au crible par des services de sécurité privés. Il paraît que certains invités ont des... profils sensibles.

— Sensibles comment ?

— Aucune idée, fait-elle. Riches au point d'avoir peur, je suppose. Ce qui compte, c'est que tu dises oui. Dis oui. Dis-moi que tu dis oui.

Je regarde par la fenêtre de ma chambre. En bas, dans le jardin, le jardinier taille les rosiers de Viviane. La maison est calme, énorme, froide, et je pense : une semaine. Une semaine entière d'essayages et de répétitions, une semaine où je rentrerai tard, où je mangerai dehors, où personne ne pourra me reprocher les cernes sous les yeux parce que les cernes seront professionnels.

— Oui, dis-je. Bien sûr que je dis oui.

On raccroche sur ses cris de joie. Je reste un moment le téléphone à la main, et je laisse le bonheur monter, prudemment, comme on ouvre une fenêtre en hiver : par petit filet, de peur que le froid n'entre d'un coup.

Le soir, à table, j'annonce la nouvelle. Je l'annonce bien, avec la désinvolture étudiée de celle qui sait que chaque mot sera pesé.

— La Fondation Moreau, répète mon père, et pour une fois, il y a quelque chose qui ressemble à de la fierté dans sa voix. C'est... considérable.

— Considérable, en effet, dit Viviane.

Elle ne me félicite pas. Elle ne me félicitera pas. Mais je vois ses yeux, et dans ses yeux, je lis le calcul, rapide, silencieux, total : le cachet, la visibilité, les invitations qui suivront, les portes qu'un tel gala ouvre à sa maison. Je ne suis jamais aussi précieuse pour Viviane que lorsque je peux lui rapporter quelque chose.

— Il faudra que tu sois parfaite, dit-elle simplement. J'enverrai ton tailleur chez le couturier de la baronne.

— La fondation fournit la robe, dis-je. Haute couture, pièce unique.

Je vois la contraction presque imperceptible de sa mâchoire : elle aurait voulu contrôler jusque-là. Viviane déteste les chapitres de ma vie dont elle n'est pas l'auteur.

Lya, elle, n'a rien dit. Elle tourne son verre entre ses doigts depuis un moment, et il y a dans le coin de sa bouche ce petit pli que je connais par cœur, celui qui précède ses pires idées.

— C'est drôle, dit-elle enfin, d'une voix légère. J'ai toujours rêvé de voir ce gala. Il paraît que c'est irréel, comme décor.

— Il paraît, dis-je.

— Tu pourras me raconter, dit-elle. Tout. Dans les moindres détails.

Son sourire est parfait. Son sourire est toujours parfait quand elle vient de décider quelque chose.

Cette nuit-là, je m'endors avec, pour la première fois depuis longtemps, autre chose que de la fatigue dans la poitrine. De l'attente. De l'appétit. Trois cents invités, une pièce de trois millions autour du cou, une semaine de liberté achetée par le travail.

Je ne sais pas encore, évidemment, ce qui m'attend dans cette salle.

Personne ne sait jamais, la veille, que sa vie est sur le point de basculer.

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