FAZER LOGINIl ne bouge pas.Je pose ma main sur lui pour vérifier ce contact avant de le chercher davantage. Sous mes doigts, il est présent, solide, vivant. Je sens sa chaleur, la texture de sa chemise, la façon dont sa respiration se bloque puis reprend. Je n'ai pas besoin de détourner les yeux pour le savoir.Je l'embrasse.Le geste me surprend jusque dans sa violence. Je ne prépare rien. Je ne rends rien beau. Je cherche sa bouche et je m'y accroche avec tout ce que je n'arrive plus à garder immobile. C'est un baiser sans douceur, sans précaution, un baiser qui demande plus qu'il ne donne.Dante répond, puis s'arrête assez pour me regarder.Je n'ai pas envie de parler. Je n'ai pas envie de mettre des mots sur ce qui se passe. Les mots sont dangereux. Les mots peuvent être repris, mal interprétés, utilisés contre moi. Je comprends pourtant ce qu'il attend de moi. Il ne me prend pas ce silence pour une réponse.— Sofia…
SofiaMes mains commencent à trembler lorsque je n'ai plus rien à leur demander.À l'entrepôt, je les utilise. Je les tiens. Je leur impose un geste assez précis pour qu'un homme vive. Je les ai vues lever l'arme, ajuster la visée, presser la détente. Je les ai vues faire exactement ce qu'elles devaient faire.Maintenant, elles tremblent.Je les regarde pendant que Dante me ramène. Je rapproche mes doigts, je les serre les uns contre les autres. Cela ne suffit pas. Le tremblement passe dans mes poignets, remonte, m'oblige à serrer les dents pour qu'il ne devienne pas tout mon corps.Je ne cesse pas de voir l'homme tomber.Ce n'est pas une image nette. C'est une sensation. La façon dont mon bras a bougé. La façon dont mon doigt a rencontré la détente. La façon dont le monde a basculé dans un sens que je n'avais pas prévu.Je cherche autre chose dans ce que je viens de vivre. L'homme que je sauve. Le danger. Le t
Je ne sais pas si elle m'entend.Ma colère arrive si brutalement qu'elle manque de me rendre inutile. Une vague rouge, aveuglante, qui me donne envie de tout arrêter pour la rejoindre. Je veux la saisir. Je veux la sortir de l'entrepôt. Je veux lui demander ce qu'elle ne comprend pas dans mon refus, ce qu'elle ne comprend pas dans le danger, ce qu'elle ne comprend pas dans ma peur.Un mouvement m'oblige à regarder ailleurs.Un assaillant vient de contourner une pile de caisses. Il vise l'un de mes hommes, dos tourné. Je lève mon arme. Je tire. L'homme tombe. Je n'ai pas le temps de vérifier s'il est mort. Je n'ai pas le temps de vérifier autre chose que la menace immédiate.Je ne peux pas choisir de ne voir qu'elle.C'est la chose la plus difficile que je fais depuis mon arrivée.Je reprends prise sur ce qui nous entoure. Chaque seconde est une négociation avec ma propre panique. Je dois regarder ailleurs. Je dois faire confiance à ce qu'elle a appris. Je dois la croire capable de sur
DanteLes Ferraro attaquent un entrepôt.Dès que je le sais, le reste se resserre. Je ne pense plus à ce que je viens de dire au conseil, ni au regard de Sofia lorsque les hommes se tournent enfin vers elle. Je pense à ceux qui sont là-bas. Au temps qui passe pendant que je ne suis pas encore avec eux.L'entrepôt est à vingt minutes. Peut-être quinze si je conduis moi-même. Je connais le trajet par cœur, je connais chaque rue, chaque raccourci, chaque carrefour où on peut perdre de précieuses secondes. Je les compte dans ma tête pendant que je rassemble ce dont j'ai besoin.Sofia me regarde.Elle se tient dans l'encadrement de la porte, et je sais ce qu'elle va dire avant qu'elle ouvre la bouche. Je le lis dans la façon dont ses épaules se sont redressées, dans la fixité de son regard, dans cette détermination qui ne me laisse aucune illusion.— Je viens.— Non.Le refus sort trop vite. Je le sais à la façon dont son visage se ferme. Je n'ai pas le temps de reprendre toute notre trêve
Ici, chaque information change légèrement selon la bouche qui la prononce, selon l'assurance avec laquelle on la livre ou la rapidité avec laquelle on passe à la suivante. Je surveille cette rapidité.La rapidité est toujours le signe de quelque chose.Un homme pressé de passer à autre chose est un homme qui ne veut pas qu'on s'attarde. Un homme qui ne veut pas qu'on s'attarde cache quelque chose.Je surveille surtout cette rapidité.On parle de protection. De présence. De routes.Je connais ces routes. J'ai vu les cartes. J'ai lu les rapports que Dante laisse traîner, ou peut-être qu'il ne laisse pas traîner du tout, et que je trouve parce que je cherche. Je connais les points de passage, les zones grises, les endroits où une présence peut signifier la vie ou la mort.Puis du port.Je relève les yeux.La discussion continue. Rien ne change dans la voix des hommes. Rien ne change dans leur posture. Ils parlent du port comme ils ont parlé des autres routes, avec cette aisance que donne
Si je ne la forme pas, quelqu'un d'autre le fera. Ou pire : personne. Elle apprendra dans le sang, dans la panique, dans l'urgence. Comme à l'entrepôt.— D'accord.Sofia plisse légèrement les yeux.— D'accord pour quoi ?— Je te forme.Dire ces mots me coûte davantage que je ne veux le montrer. Je ne la crois pas incapable. C'est justement ce qui me terrifie. Elle apprend. Elle regarde. Elle retient. Elle a passé cinq ans à observer mes hommes, à écouter aux portes, à assembler des pièces que je croyais cachées. Quand je lui ouvre ce monde, je ne peux plus prétendre qu'elle reste au bord.Je la fais entrer dans l'arène.Je la fais entrer dans ma vie.— Pas quelques explications pour m'occuper, précise-t-elle.— Non.— Pas une façon de me faire croire que je participe.— Non, Sofia.Elle soutient mon regard jusqu'à ce que je comprenne qu'elle ne cherche pas seulement une promesse. Elle vérifie si je suis capable de la laisser poser ses conditions sans me mettre en colère. Elle teste ma







