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Chapitre 5 : Le même instant, ailleurs

Author: Déesse
last update Petsa ng paglalathala: 2026-10-19 23:53:24

Vittoria

La chambre est blanche et la lumière est blanche et le bruit est blanc aussi, ce bruit de machine, ce bip régulier qui est ma vie mesurée en secondes, et je suis là, dans ce lit, sous ce drap, avec ces tubes, ces fils, cette couronne de métal autour du crâne, et je ne sens plus mes cheveux, ils sont tombés il y a des semaines, et le miroir de la salle de bain me renvoyait une image que je ne reconnaissais pas, un crâne lisse et pâle, une peau tendue sur des os trop visibles, et la tumeur est là, dans ma tête, elle pousse, elle mange, elle prend, et je la sens parfois comme une pression, un poids, une main qui appuie derrière mon œil, et les médecins parlent de stade, de protocole, de soins palliatifs, et ma mère pleure dans le couloir, je l'entends, ses sanglots étouffés, ses mots à Dieu, et mon père ne dit rien, il n'a jamais rien dit, il est là, assis, ses mains sur ses genoux, et il regarde le mur, et je voudrais lui dire que ça va, mais ça ne va pas, et ma mère entre, elle s'approche du lit, elle prend ma main, et elle dit

— Vittoria, ma chérie, tu m'entends

et j'essaie de serrer ses doigts, mais mes doigts ne répondent pas, et elle dit

— Le médecin dit qu'il y a encore de l'espoir, tu sais, ils ont un nouveau traitement

et je sais qu'elle ment, je le vois dans ses yeux, et je voudrais lui dire d'arrêter, de ne pas me mentir, mais les mots ne viennent pas, et elle continue

— Tu vas t'en sortir, tu es forte, tu as toujours été forte

et mon père dit, sans se retourner

— Laisse-la se reposer

et ma mère se tait, et elle caresse mes cheveux qui n'existent plus, et elle pleure sans bruit, et les moniteurs s'affolent, soudain, sans prévenir, le bip s'accélère, il devient un cri, une alarme, et les infirmières entrent, et elles parlent vite, et elles me touchent, et je ne sens rien, et je vois leurs visages penchés, leurs bouches qui bougent, et le son se brouille, et la lumière pulse, et une infirmière crie

— Elle fait un arrêt, appelez le médecin

et ma mère hurle

— Vittoria, non, Vittoria

et mon père se lève enfin, et il dit

— Vittoria

et sa voix est brisée, et c'est la première fois que je l'entends comme ça, et je pense à ma vie, à ce que j'en ai fait, à ce que je n'ai pas fait, et ce n'est pas grand-chose, une vie de fille riche, une vie de surface, des voyages, des fêtes, des amants, et rien, rien de vrai, rien qui pèse, et je voudrais avoir le temps, mais le temps s'arrête, et la douleur explose dans ma tête, une douleur blanche, totale, et je crie, mais aucun son ne sort, et les moniteurs hurlent, et l'équipe se penche, et je les vois comme à travers de l'eau, et ma mère crie mon nom, Vittoria, Vittoria, et je voudrais la rassurer, mais mes yeux se ferment, et le noir vient, un noir différent, un noir épais, et le bip se calme, et le silence tombe, et une voix dit

— Elle est partie

et je ne suis plus là, et je suis partout, et je suis nulle part, et c'est fini, et c'est pour de bon.

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