LOGINVILANOVA
Je relus le contrat depuis le début, plus lentement encore. Cette fois, je notai chaque formule qui me paraissait trop vague, chaque silence qui laissait place à l’arbitraire, chaque phrase où son monde me demandait non seulement de vivre selon ses règles, mais de consentir au récit de ma propre disparition.À midi, je descendis trouver mon père dans son bureau.Il leva les yeux lorsque j’entrai, et je vis passer sur son visage cette crispation particulièreKaelenLa nuit était tombée depuis longtemps quand je quittai la salle du conseil.Les couloirs du domaine étaient silencieux, baignés d'une lumière douce qui semblait apaiser les murs eux-mêmes. Les gardes, aux angles des portes, inclinaient la tête sur mon passage. Les domestiques, affairés aux dernières tâches du soir, s'écartaient avec des sourires discrets. Quelque chose avait changé dans l'atmosphère de cette maison. Une légèreté nouvelle. Une paix longtemps attendue.Je traversai le hall, montai l'escalier, longeai le couloir qui menait à nos appartements. Mais je ne m'arrêtai pas devant la porte de la chambre. Je continuai, poussé par une intuition, un besoin de solitude, de silence, de réflexion.Je me retrouvai devant la porte de la chambre violette.Je m'arrêtai.Cette pièce, je ne l'avais pas visitée depuis des semaines. Pas depuis que Vilanova y avait trouvé le ruban, le message, les traces de son enfance v
VilanovaLe lendemain de la chute des alliés, le domaine s'éveilla dans une lumière nouvelle.Je m'en rendis compte dès que j'ouvris les yeux. La chambre était baignée d'une clarté dorée, plus chaude, plus franche que les jours précédents. Kaelen dormait encore à côté de moi, son bras posé en travers de ma taille, son souffle régulier contre ma nuque. Je restai immobile un long moment, savourant cette présence, cette chaleur, cette paix.Puis je me levai sans bruit et m'approchai de la fenêtre.Le jardin s'étendait en contrebas, encore nimbé de la brume matinale. Les arbres, les allées, la fontaine noire au loin — tout semblait différent. Comme si la nuit avait lavé le domaine de ses vieilles souillures, comme si les pierres elles-mêmes avaient retrouvé une forme de pureté.Je souris.Ce n'était pas une illusion. Ce n'était pas une impression passagère. C'était la réalité. La maison Dravenor avait changé. Pas en un jour
KaelenLes arrestations commencèrent à l'aube.Je les avais planifiées avec une précision chirurgicale, coordonnant chaque mouvement depuis mon bureau, où des cartes et des listes de noms recouvraient les tables. Les hommes que j'envoyais étaient les meilleurs, des professionnels formés à ce genre d'opération, capables d'agir vite et sans bruit. Je ne voulais pas de spectaculaire, pas de scènes, pas de violence inutile. Je voulais de l'efficacité. De la propreté. De la justice.Le premier nom sur la liste était celui de Lucien.L'homme qui avait été le plus proche allié d'Auguste, celui qui avait tenté de faire pression sur Isadora, celui qui avait menacé, intrigué, comploté pendant des années. Il vivait dans une propriété à la périphérie de la ville, une maison cossue qu'il avait acquise grâce aux largesses d'Auguste, aux dépens de la famille.Mes hommes l'arrêtèrent alors qu'il prenait son petit-déjeuner, tranquillement, sans
VilanovaLa maison Dersis se dressait au bout de l'allée, inchangée.Les mêmes platanes centenaires, les mêmes grilles en fer forgé, la même façade de pierre grise que j'avais contemplée pendant toute mon enfance. Rien n'avait bougé. Rien n'avait vieilli. Ou peut-être que si, mais je ne le voyais pas. Parce que ce n'était pas la maison qui avait changé. C'était moi.Je n'étais pas revenue ici depuis des mois.Pas depuis le soir où j'avais fugué, où j'avais tenté de m'échapper, où Kaelen m'avait rattrapée sous la pluie. Pas depuis que tout avait basculé. Pas depuis que j'avais découvert la vérité sur ma naissance, sur ma mère, sur mon nom.La voiture s'arrêta devant le perron.Je restai immobile un long moment, les mains posées sur mes genoux, le regard fixé sur la porte d'entrée. Je ne savais pas ce que je venais chercher ici. Des réponses ? Des adieux ? Un pardon ? Je n'en savais rien. Je savais seulement que je devais
LysandreLes archives du domaine étaient un labyrinthe dont je connaissais désormais chaque recoin.Depuis des semaines, j'y passais mes journées et une bonne partie de mes nuits, à fouiller les dossiers, à déchiffrer les écritures anciennes, à recouper les dates et les noms. C'était un travail de fourmi, ingrat et solitaire, mais nécessaire. Parce que, si la vérité avait éclaté au grand jour, si Vilanova avait été reconnue et Auguste arrêté, il restait encore des zones d'ombre. Des questions sans réponses. Des secrets que personne n'avait encore révélés.Je m'étais promis de les mettre au jour.Pas pour moi. Pas pour Kaelen. Pas même pour Vilanova. Pour la mémoire d'Aurelia. Pour la vérité. Pour que, une fois pour toutes, cette famille cesse de reposer sur des mensonges.Ce jour-là, je m'étais installé dans la petite salle des archives que j'avais transformée en bureau. Les murs étaient couverts d'étagères, les tables encombrée
SeleneIl y a des silences qui pèsent plus lourd que les mots.Celui qui s'était installé en moi, depuis la cérémonie, n'était pas un silence de vide. C'était un silence plein. Plein de choses que je n'avais jamais dites, de choses que je n'avais jamais osé reconnaître. Plein de jalousie, de rancœur, de honte. Plein d'amour aussi. Un amour que j'avais passé ma vie à nier, à étouffer, à transformer en venin.Je m'étais retirée dans ma chambre après le banquet. Les invités partaient un à un, les rires s'éteignaient dans les couloirs, les lumières se tamisaient. La maison, après avoir vibré toute la soirée, retrouvait peu à peu son calme. Mais moi, je ne trouvais pas le calme. Je tournais en rond dans ma chambre, les mains moites, le cœur serré.Je repensais à tout.À mon enfance. À Vilanova, qui était arrivée dans notre maison comme une étrangère, une enfant qu'on m'avait demandé d'accepter sans explication. À ma mère, qui se tais
KAELENDes yeux qui ne supplieraient pas aisément.Je n’aimais pas cela.— Tu regardes cette photographie comme un homme qui voudrait y trouver une faute, dit Lysandre.— Il y en a toujours une.— Pas forcément chez elle.Je ne répondis pas.Il s’approcha enfin du bureau, jeta un regard au po
KAELEN Il existe des silences qui reposent.Et puis il y a ceux qui commandent.Le mien appartenait à la seconde catégorie.Dans mon bureau, personne ne parlait plus que nécessaire. Ni les hommes qui entraient pour déposer des dossiers, ni les domestiques chargés du service, ni même les rares v
VILANOVA — Alors dites-le-moi.— Je ne peux pas.Je le regardai sans le reconnaître.— Non, rectifiai-je. Vous ne voulez pas.Ses mâchoires se contractèrent.Pendant une seconde, j’aperçus en lui l’homme d’affaires, celui qui impose, qui tranche, qui n’explique pas. Mais cette façade ne tenai
VILANOVALa pluie tombait depuis le matin.Elle ne frappait pas les vitres avec violence ; elle glissait dessus avec une obstination froide, comme si le ciel s’était installé pour durer, pour peser sur la maison entière et lui rappeler qu’il existe des jours où la lumière renonce sans faire de bru







