LOGINCHAPITRE 23LE POINT DE VUE DE SALOMÉ Son bureau.Je le traverse sans un regard pour les étagères, les livres parfaitement alignés, les baies vitrées qui donnent sur le jardin japonais. Mes yeux sont fixés sur lui. Sur sa nuque, pendant qu'il referme la porte derrière nous. Sur ses épaules, larges sous la chemise blanche. Sur ses mains, ces mains qui ont touché mes cuisses, qui ont senti l'humidité entre mes jambes.Il se retourne.— Assieds-toi, dit-il.— Je préfère rester debout.— Comme tu veux.Il s'assied dans son fauteuil, derrière le bureau de verre fumé. Le cuir noir grince sous son poids. Il croise les mains sur le bureau, ses doigts longs, parfaits. Il attend. Il attend que je parle.Je ne parle pas tout de suite.Je le regarde. Vraiment. Comme je ne l'ai jamais regardé. Je cherche dans ses yeux — ce bleu-gris, cette tempête qu'il croit maîtriser — la moindre faille, la moindre fissure. Il soutient mon regard sans ciller. Il a l'habitude. Il a l'habitude de mentir.— J'ai v
CHAPITRE 22LE POINT DE VUE DE LYSANDER Je monte l’escalier sans bruit.Mes pas sont feutrés sur le tapis du couloir. La lumière du matin traverse les baies vitrées, dessine des losanges sur les murs blancs. Je devrais être dans mon bureau. J’ai des appels, des dossiers, des empires à gérer. Mais mes jambes m’ont porté ici, comme elles le font toujours ces derniers temps. Vers elle. Vers elles.La porte de la chambre d’Élise est entrouverte.Je m’arrête sur le seuil. Je ne fais pas de bruit. Je ne veux pas interrompre. Je veux regarder. Juste regarder.Salomé est assise par terre, les jambes croisées, au milieu des poupées. Ses cheveux sont attachés en un chignon lâche, quelques mèches s’échappent sur sa nuque. Elle porte un simple tee-shirt blanc, un jean, pieds nus. Rien d’extraordinaire. Rien de provocant. Mais elle est belle. Elle est toujours belle.Élise est en face d’elle.Ma fille.Elle est assise sur le tapis, les jambes repliées sous elle, la poupée contre sa poitrine. Mais
LE POINT DE VUE DE SALOMÉ Je ne le crois pas.Bien sûr que je ne le crois pas.« Instinct. » Il a dit « instinct ». Comme si son corps l’avait guidé vers ma chambre au moment précis où mes doigts glissaient entre mes cuisses. Comme si c’était le hasard. Comme si c’était la chance.J’ai vu son visage quand il est entré. Pas de surprise. Pas d’hésitation. Juste cette lueur dans ses yeux, cette chose sombre et affamée qu’il cache derrière son masque de marbre. Il savait. Il savait ce qu’il allait trouver. Il savait ce que je faisais.Il m’observe.La certitude s’installe dans ma poitrine comme une pierre froide. Je reste adossée à ma porte, immobile, à écouter ses pas descendre l’escalier. Puis le silence. Puis rien.Je me redresse. Je passe une main dans mes cheveux. Mon cœur bat trop vite, mais ma tête est claire. Très claire.— D’accord, je murmure. D’accord.J’attends.Je compte jusqu’à cent. Puis jusqu’à deux cents. Je l’imagine regagner sa chambre, s’allonger sur son lit, fermer l
CHAPITRE 20LE POINT DE VUE DE LYSANDER Le vin est doux, fruité, il glisse dans ma gorge comme une caresse. Mais ce n’est pas le vin qui me réchauffe. C’est elle. Sa présence à côté de moi, son épaule contre mon bras, ses yeux qui brillent dans la pénombre de la cuisine.Je pose mon verre sur le plan de travail. Mes doigts tapotent le marbre, un tic nerveux que je n’arrive pas à contrôler. Pas ce soir. Pas après ce qui s’est passé.— SALOMÉ , je dis.Elle tourne la tête vers moi. Ses cheveux défaits encadrent son visage, ses lèvres sont encore rouges, légèrement gonflées par nos baisers.— Oui ?— JULIETTE NE RECIENDRA PLUS .Ce n’est pas une question. C’est une affirmation. Une promesse que je me fais à moi-même, que je lui fais à elle.Ses yeux s’écarquillent. Une fraction de seconde. Puis ils se plissent, méfiants.— Vraiment ?— Vraiment.— Tu dis ça parce que tu es sous mon emprise, dit-elle avec un sourire en coin. Demain matin, tu auras oublié. Et changer de version. — Je n’o
CHAPITRE 19LE POINT DE VUE DE LYSANDER Le souffle me manquait encore, ma poitrine soulevant draps et couverture à un rythme frénétique. Salomé, à mes côtés, n’était pas en meilleur état. Ses épaules frémissaient légèrement, une onde de chair parcourant encore son dos satiné sous la lumière tamisée de la chambre. Elle se redressa lentement, ses cheveux en bataille tombant en cascade autour de son visage, masquant une lueur que je reconnus immédiatement. Ce n'était plus la femme soumise qui venait de gémir sous mes doigts ; c'était une prédatrice qui reprenait ses droits.Sa main glissa vers le chevet, ses doigts effleurant le bois vernissé avant de saisir le foulard de soie . Le tissu, bleu nuit et fluide, coula entre ses doigts comme de l'eau vive. Elle ne dit pas un mot, mais le sourire qui étira ses lèvres était tout un programme. Un sourire espiègle, presque cruel, qui fit monter le sang à mes tempes.« Ne bouge pas, Lysander », murmura-t-elle, sa voix rauque de plaisir récent.E
CHAPITRE 18LE POINT DE VUE DE LYSANDERMes doigts glissaient encore entre ses cuisses, traçant des cercles lents autour de son clitoris gonflé, quand un frisson la parcourut de la nuque aux orteils. Salomé cambra le dos, les draps froissés sous ses poings serrés, et je sentis son souffle devenir saccadé contre ma joue. Elle était déjà si proche, son corps tout entier tendu comme un arc prêt à décocher. Mais je n’allais pas la laisser jouir comme ça. Pas encore.Je descendis plus bas, écrasant ma bouche contre son sexe ouvert, la langue plongée entre ses lèvres trempées. Le goût âcre et sucré de son excitation explosa sur mes papilles—comme du miel coupé de sel, épais, enivrant. Elle gémit, un son rauque et brisé, ses hanches se soulevant malgré elle pour coller sa chatte contre mon visage. Je grognai en réponse, les mains agrippées à l’intérieur de ses cuisses pour l’écarter davantage, la langue fouillant plus profond, remontant jusqu’à son clito pour le lécher en cercles serrés avan
CHAPITRE 17 LE POINT DE VUE DE LYSANDER Salomé était allongée sur le dos, un bras replié sous sa tête, les cheveux noirs étalés sur l’oreiller comme une trainée d’encre. Elle portait encore sa robe de chambre en soie noire, celle qui moulait juste assez ses hanches pour deviner les courbes en des
CHAPITRE 16LE POINT DE VUE DE LYSANDER La salle à manger est silencieuse.Élise est à ma droite, assise bien droite, sa fourchette à la main. Elle ne mange pas vraiment elle pique dans son assiette, porte les morceaux à sa bouche, mâche machinalement. Mais elle est là. À table. Avec nous. C’est d
CHAPITRE 15LE POINT DE VUE DE LYSANDER Je suis resté allongé, le torse collant contre les draps froissés, la queue encore à moitié dure et luisante de ses fluides à elle. Mon souffle revenait lentement, mais mon esprit, lui, tournait comme un moteur grippé. Parce que je pensais pas à elle. Pas à
CHAPITRE 14 LE POINT DE VUE DE LYSANDER Mon dos a heurté le matelas avec un bruit sourd, et avant que je puisse réagir, ses doigts agiles avaient déjà trouvé la ceinture de mon jean. Le cuir a glissé entre ses doigts avec ce petit sifflement caractéristique, comme si elle avait attendu ce moment







