ログインVince Moretti
Je regarde l’heure sur ma montre, le moteur de ma Mustang ronronnant doucement dans l’obscurité du sous-bois. Mes hommes sont en position. Tout autour de nous, le silence de la campagne sicilienne est pesant, seulement rompu par le crissement des cigales.
Mon indic a été formel : Léo n’a pas pu attendre un mois. Ce bâtard est trop impatient, trop sûr de lui. Il a quitté la demeure des Balsamo avec sa « marchandise » il y a vingt minutes.
Je tire une dernière bouffée de ma cigarette et la jette par la fenêtre.
— Préparez-vous, dis-je dans la radio. Le convoi arrive.
Mon second, Marco, me regarde avec une lueur d’inquiétude. — Vince, si on touche à la fille Balsamo, on déclenche une guerre totale avec deux familles, pas une. Tu es sûr de vouloir faire ça pour une vengeance ?
Je tourne les yeux vers lui, et je sais que mon regard le glace. — Léo m’a pris Giulia. Il l’a séduite, l’a brisée, puis l’a jetée dans une décharge comme un sac d’ordures quand il a eu fini de s’amuser avec elle. Il ne s’agit pas de business, Marco. Il s’agit d’œil pour œil. Il voulait une alliance ?
Il voulait une héritière pure pour porter son nom ?
Je vais lui voler sa fiancée, je vais souiller son contrat et je vais lui renvoyer son honneur en miettes.
Je vois les phares au loin. Trois SUV noirs. Prétentieux. Typique des Vitiello.
— Il pense qu’il est intouchable, murmuré-je pour moi-même. Il pense que Sofia Balsamo est déjà à lui.
Je serre le volant, mes jointures blanchissant.
L’idée que Léo soit en train de poser ses mains sales sur la fille en ce moment même me donne envie de lui loger une balle entre les deux yeux.
Pas par pitié pour elle.
Je me moque bien de cette petite princesse gâtée, mais parce que tout ce qui appartient à Léo doit périr ou m’appartenir.
Je vais lui voler sa fiancé, et une fois que j’en aurai fini, je déciderai si je m’allie avec son père ou si je les enterre tous ensemble.
Je vérifie mon fusil d’assaut une dernière fois. Le métal est froid, l’huile de l’arme imprègne l’air de l’habitacle.
Derrière moi, et dissimulés dans les chemins de terre adjacents, quatre autres véhicules attendent mon signal. On n’attaque pas les Vitiello avec une seule voiture, même avec une Mustang. C’est une opération chirurgicale. Une exécution.
— Équipe A, vous bloquez l’arrière. Équipe B, vous prenez le flanc droit pour isoler le véhicule central. C’est là qu’est la fille. Personne ne tire sur le SUV du milieu sans mon ordre. Je la veux vivante.
— Et Vitiello, patron ? grésille la radio.
Un sourire sans joie étire mes lèvres.
— S’il survit au crash, laissez-le moi. Je veux qu’il voie qui lui prend son trophée.
L’indic a été clair : Léo a quitté le domaine Balsamo avec la gamine. Il a voulu jouer au plus fort, l’emmener avant le mariage pour asseoir son autorité. Erreur fatale. Sa fierté sera son tombeau.
Je pense à Giulia. Je revois son corps retrouvé dans cette ruelle, méconnaissable parce que Léo s’était « ennuyé ». La rage monte, pure, brûlante, mais je la canalise. Dans ce business, la colère doit être froide pour être efficace.
— Maintenant ! Allez ! Allez !
Le premier pick-up de mon équipe surgit d’un chemin de vigne et percute de plein fouet le véhicule de tête, l’envoyant valser dans le fossé dans un fracas de métal hurlant. Simultanément, deux autres de mes voitures encerclent l’arrière du convoi, les forçant à piler.
J’écrase l’accélérateur. Ma Mustang hurle et je viens percuter latéralement le SUV central, celui de Léo. Le choc est monstrueux. L’airbag de mon côté se déploie, mais je l’éventre d’un coup de couteau.
Je sors de la voiture avant même qu’elle ne soit totalement immobilisée. Mes hommes sont déjà partout, le bruit des AK-47 sature l’air. C’est un enfer de plomb et de fumée.
Je m’approche de la portière du SUV central, celle qui est à moitié arrachée. Je vois Léo à l’intérieur, hébété, tentant de ramper vers son arme. Mais mon regard dévie vers la fille. Sofia.
Elle est au sol de la voiture, recroquevillée. Sa robe ivoire est remonté sur un cul nue, ses cheveux bruns sont en bataille. Elle est terrifiée, mais ses yeux... ses yeux sont pleins d’un feu que je ne m’attendais pas à voir.
Je pointe mon arme sur Léo, qui lève les yeux vers moi, le visage en sang.
— Salut, Léo. On m’a dit que tu cherchais une épouse. Dommage, moi aussi !
Je ne le tue pas. Pas encore. Ce serait trop facile. Je veux qu’il vive avec la honte d’avoir perdu ce qu’il convoitait le plus.
J’attrape Sofia par le bras. Elle est brûlante, tremblante. Je la sors de la carcasse fumante au milieu des tirs croisés. Elle redressa sa robe, mais ne se debat pas pour ne pas venir avec moi.
— On bouge ! hurle Marco. La police sera là dans cinq minutes !
Je jette la fille à l’arrière de ma berline de fuite. Je la regarde un instant : elle est magnifique, même dans le chaos. Le portrait craché de sa mère, paraît-il. Mais aujourd’hui, elle n’est qu’une monnaie d’échange. La plus précieuse que j’aie jamais eue entre les mains.
— Roule ! ordonné-je au chauffeur.
Alors que nous nous éloignons en trombe, je vois à travers la vitre arrière Léo se relever péniblement au milieu des débris, hurlant de rage.
C’est commencé, Léo. La guerre que tu as déclenchée en touchant à Giulia, je vais la finir en te prenant Sofia.
SOFIALe moteur du jet privé gronde déjà, un bruit sourd et métallique qui résonne dans ma poitrine comme un avertissement. La voiture s’arrête brutalement devant une piste d’atterrissage improvisée, éclairée par des projecteurs qui découpent la nuit en éclats de lumière blanche. Mon cœur s’emballe, cognant contre mes côtes comme un oiseau prisonnier. Un jet. Il veut m’emmener quelque part. Loin. Trop loin.L’homme — Vince — descend le premier et, sans un mot, me tire hors du véhicule. Ses doigts s’enfoncent dans mon bras, une étreinte qui ne laisse aucune place à la résistance.« Bouge. »Un ordre.Toujours des ordres.— Lâchez-moi ! Ma voix se brise, mais je me débats. Peu importe. Il ne m’écoute même pas. Sa poigne est une menotte de fer, et chaque pas vers l’avion est une marche vers un piège dont je ne connais pas les contours.Et puis, une seconde.Une hésitation. Un relâchement infime de ses doigts. Juste assez.Je n’attends pas. Je ne réfléchis pas.Je fuis.Mes talons s’enfon
SOFIAJe me demande ce qui se passe, tout va si vite. Même lorsque je suis jetée dans cette voiture et que ce type s’assoit à côté de moi sans me lâcher, je reste figée. J’ai honte de la position dans laquelle il m’a trouvée, mais je ne dis rien, je ne demande rien. J’essaie juste d’écouter, de comprendre ce qui se passe vraiment.Le moteur de la berline hurle comme une bête blessée, avalant les kilomètres de routes sinueuses à une vitesse qui me donne la nausée.Les phares découpent l’obscurité en deux lames de lumière tremblantes, éclairant par intermittence des oliviers tordus, des murs de pierre couverts de lierre, et parfois, fugacement, le reflet métallique d’un regard dans le rétroviseur.À côté de moi, l’homme qui m’a arrachée aux griffes de Léo est une ombre compacte, un bloc de tension et de cuir usé. Son parfum est un mélange de tabac froid, huile d’arme, et cette note boisée qui me rappelle les vieux meubles de mon père envahit l’habitacle, étouffant, presque oppressant.I
Vince MorettiJe regarde l’heure sur ma montre, le moteur de ma Mustang ronronnant doucement dans l’obscurité du sous-bois. Mes hommes sont en position. Tout autour de nous, le silence de la campagne sicilienne est pesant, seulement rompu par le crissement des cigales.Mon indic a été formel : Léo n’a pas pu attendre un mois. Ce bâtard est trop impatient, trop sûr de lui. Il a quitté la demeure des Balsamo avec sa « marchandise » il y a vingt minutes.Je tire une dernière bouffée de ma cigarette et la jette par la fenêtre.— Préparez-vous, dis-je dans la radio. Le convoi arrive.Mon second, Marco, me regarde avec une lueur d’inquiétude. — Vince, si on touche à la fille Balsamo, on déclenche une guerre totale avec deux familles, pas une. Tu es sûr de vouloir faire ça pour une vengeance ?Je tourne les yeux vers lui, et je sais que mon regard le glace. — Léo m’a pris Giulia. Il l’a séduite, l’a brisée, puis l’a jetée dans une décharge comme un sac d’ordures quand il a eu fini de s’amuse
SOFIAIl écarte mes jambes avec une force tranquille et s’installe entre elles. Son regard ne quitte pas le mien alors qu’il explore les dégâts laissés par la ceinture de mon père. Ses doigts glissent sur ma peau comme des serpents, frôlant les zébrures pour tester ma résistance à la douleur.— Lucien a été vif, commente-t-il d'une voix détachée, suivant du bout de l’index une marque particulièrement sombre qui barre le haut de ma cuisse. Mais il a laissé de la place. Beaucoup de place pour mes propres empreintes.Soudain, sa main descend plus bas, là où la peau est encore intacte et brûlante de honte. Je ferme les yeux, mes cils trempés de larmes que je refuse de laisser couler.— Regarde-moi, Sofia.C’est un ordre, pas une prière. J’ouvre les yeux. Son visage est à quelques centimètres du mien, ses traits sculptés dans une cruauté magnifique.— Je vais te donner un avant-goût de ce que sera ta vie à Palerme. Tu n’auras plus jamais besoin de porter de sous-vêtements. Je veux pouvoir
SOFIAL’un des gardes du corps de Léo ouvre la portière arrière du SUV central. L’intérieur est un gouffre de cuir noir et d’ombre.— Monte, ordonne Léo.Je m’exécute, le corps rigide. Il s’engouffre derrière moi, refermant la portière avec un bruit mat qui scelle mon destin. Les serrures se verrouillent automatiquement. Clac.La voiture s’ébranle. À travers la vitre teintée, je vois la silhouette de mes parents s’effacer sur le perron. Ils sont déjà en train de célébrer leur transaction.Le trajet s’annonce long. Léo s’installe confortablement, étendant ses longues jambes. Il ne me regarde pas tout de suite. Il sort un couteau à cran d’arrêt de sa poche intérieure, fait jouer la lame avec un bruit sec, et commence à s’en curer les ongles avec une nonchalance terrifiante.— On est seuls, maintenant, Sofia, murmure-t-il sans quitter sa lame des yeux. Tu peux arrêter de sourire. On va s’occuper de cette main qui a osé me frapper.Le SUV glisse sur l’asphalte avec une régularité de préda
SOFIALe silence qui suit est terrifiant. Je sens mon cœur cogner contre mes côtes comme un animal piégé. Léo reste immobile, la trace rouge de mes doigts commençant à marquer sa joue mate. Lentement, il ramène son visage face au mien. Ses yeux ne sont plus gris d’orage ; ils sont devenus noirs, d’une noirceur absolue, sans aucune trace d’humanité.Il passe sa langue sur sa lèvre inférieure, un sourire de prédateur étirant le coin de sa bouche.— Mauvais choix, petite chose, siffle-t-il d’une voix si basse qu’elle me fait frissonner jusqu’à la moelle.Avant que je puisse esquisser le moindre mouvement de recul, sa main fond sur ma gorge. Il ne m’étrangle pas, mais sa prise est ferme, me plaquant brutalement contre le marbre de la fontaine. L’eau glacée éclabousse mon dos, mais je ne sens que la chaleur brûlante de son corps contre le mien.— Tu viens de me donner une excellente raison de ne pas attendre Palerme pour te donner ta première leçon de savoir-vivre.Il se penche, ses lèvres







