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chapitre 9

作者: RS WILD
last update 最終更新日: 2026-01-15 21:33:12

SOFIA

Je me demande ce qui se passe, tout va si vite. Même lorsque je suis jetée dans cette voiture et que ce type s’assoit à côté de moi sans me lâcher, je reste figée. J’ai honte de la position dans laquelle il m’a trouvée, mais je ne dis rien, je ne demande rien. J’essaie juste d’écouter, de comprendre ce qui se passe vraiment.

Le moteur de la berline hurle comme une bête blessée, avalant les kilomètres de routes sinueuses à une vitesse qui me donne la nausée.

Les phares découpent l’obscurité en deux lames de lumière tremblantes, éclairant par intermittence des oliviers tordus, des murs de pierre couverts de lierre, et parfois, fugacement, le reflet métallique d’un regard dans le rétroviseur.

À côté de moi, l’homme qui m’a arrachée aux griffes de Léo est une ombre compacte, un bloc de tension et de cuir usé. Son parfum est un mélange de tabac froid, huile d’arme, et cette note boisée qui me rappelle les vieux meubles de mon père envahit l’habitacle, étouffant, presque oppressant.

Il ne me regarde pas. Ses yeux, deux éclats sombres, sont rivés sur le rétroviseur intérieur, comme s’il guettait une menace invisible. Sa voix, quand il parle au chauffeur, est basse, rauque, chargée d’une autorité qui ne souffre aucune réplique.

« Plus vite. » « Prends la route des falaises. » « Ils ont dû poster des hommes à l’entrée Est. »

Des ordres, rien que des ordres.

Et pourtant, sa main reste cramponnée à mon bras, ses doigts s’enfonçant dans ma chair comme des griffes. Je sais déjà qu’il y aura des marques demain. Des marques comme celles que Léo m’a laissées, mais différentes. Celles-ci ne seront pas le fruit de la haine. Ce sera pire : celles de la possession.

Je tente de me dégager discrètement, mais sa poigne se resserre.

« Ne bouge pas. » Pas une demande. Un avertissement.

— Tu peux arrêter de trembler, finit-il par dire, d’une voix grave, presque rocailleuse, comme si chaque syllabe était un coup de lime sur du métal. Si j’avais voulu te tuer, tu serais encore dans cette carcasse en train de brûler.

Ses mots me glacent.

Je tente de me ressaisir, lissant frénétiquement le tissu de ma robe ivoire — cette robe que Léo avait choisie pour m’humilier, cette robe qui maintenant colle à ma peau comme une seconde peau souillée.

La honte me brûle les joues. J’ai été une proie. Une chose qu’on expose, qu’on malmène, qu’on jette. Et maintenant, cet inconnu m’a vue dans ce moment-là. Le pire. Le plus vulnérable.

— Qui êtes-vous ? Ma voix n’est qu’un filet étranglé, à peine audible par-dessus le rugissement du moteur. Je me hais de sonner aussi fragile.

Il tourne enfin la tête vers moi. Ses yeux — noirs, impitoyables — me transpercent, mais il y a autre chose, là-dedans. Une lueur, presque amusée, comme s’il savourait ma confusion. Comme si ma peur était un mets qu’il dégustait lentement.

— Je suis Vince Moretti, répond-il en se penchant vers moi, assez pour que je sente l’odeur âcre de l’alcool sur son souffle. Et à partir de cet instant, Sofia, tu n’es plus la future mariée des Vitiello.

Un temps. Un sourire qui n’en est pas un.

— Tu es ma dette de sang. Ma fiancée. Il marque une pause, comme pour savourer l’effet de ses mots.

— Et d’ici quelques heures, tu seras ma femme.

Mon estomac se noue. Mariée. Le mot résonne comme une condamnation. Je secoue la tête, imperceptiblement, comme si ce simple geste pouvait effacer ce qu’il vient de dire.

Il sort un flasque en argent de l’intérieur de sa veste, prend une gorgée sans me quitter des yeux, puis me le tend. « Bois. »

Je refuse d’un mouvement de tête, les lèvres serrées. Il ricane, un son dur, sans joie, comme le grincement d’une porte rouillée.

— C’est mieux ainsi, murmure-t-il en rangeant le flasque. Garde tes sens en alerte. Ses doigts glissent le long de mon bras, traçant un chemin brûlant sur ma peau.

— Tu vas en avoir besoin pour comprendre une chose, Sofia : le monstre qui te tenait dans cette voiture n’était rien à côté de celui qui vient de te secourir.

Un frisson me parcourt l’échine. Dehors, la Sicile défile dans l’obscurité, ses collines noires, ses villages endormis, ses ombres qui semblent se refermer sur nous. Je presse mon front contre la vitre froide, réalisant avec une terreur sourde que je ne suis pas sauvée.

J’ai simplement changé de propriétaire.

Et cette fois, je ne connais même pas les règles du jeu.

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