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CHAPITRE 45

Penulis: RS WILD
last update Terakhir Diperbarui: 2026-03-09 03:25:27

SOFIA

Sofia

Je recule d’un pas. Mon dos heurte le guichet en bois vermoulu. L’homme derrière la vitre a disparu – volatilisé dans l’ombre comme s’il avait senti le danger avant moi. Les néons du quai clignotent au-dessus de nos têtes, jetant des éclats bleus et blancs sur le visage d’Antonio. Il est calme. Trop calme. Ses yeux noirs brillent d’une lueur presque amusée, comme s’il assistait à un spectacle qu’il a lui-même mis en scène.

— Tu nous as bien amusés, ce soir, dit-il d’une voix posée,
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  • LA ROSE SANGLANTE   CHAPITRE 45

    SOFIASofiaJe recule d’un pas. Mon dos heurte le guichet en bois vermoulu. L’homme derrière la vitre a disparu – volatilisé dans l’ombre comme s’il avait senti le danger avant moi. Les néons du quai clignotent au-dessus de nos têtes, jetant des éclats bleus et blancs sur le visage d’Antonio. Il est calme. Trop calme. Ses yeux noirs brillent d’une lueur presque amusée, comme s’il assistait à un spectacle qu’il a lui-même mis en scène.— Tu nous as bien amusés, ce soir, dit-il d’une voix posée, presque douce.Les deux autres avancent, lentement, en arc de cercle. Des loups qui savent que leur proie n’a plus vraiment où fuir. L’un d’eux – un type massif avec une cicatrice qui barre sa joue gauche – fait craquer ses phalanges. L’autre, plus mince, plus nerveux, garde la main près de sa ceinture, là où je devine la crosse d’un pistolet.— Vince veut te voir, ajoute Antonio.Je serre les dents jusqu’à ce que mes mâchoires me fassent mal.— Je ne retourne pas là-bas.Antonio soupire, presqu

  • LA ROSE SANGLANTE   CHAPITRE 44

    SOFIALa ruelle sent l’urine et le jasmin pourri. Mes pieds nus écrasent des éclats de verre, des mégots, des pétales de fleurs fanées. La douleur est là, mais lointaine, comme un écho. Je cours. Je ne pense pas. Je respire, par saccades, l’air salé de la mer toute proche me brûlant la gorge. Derrière moi, des cris déjà. Des portes qui claquent. Des moteurs qui vrombissent.Je tourne à gauche, puis à droite, m’engouffrant dans des venelles si étroites que je pourrais toucher les murs des deux côtés. Les façades des immeubles sont lépreuses, leur plâtre s’effritant comme de la chair morte. Des draps pendent aux fenêtres, fantômes blafards agités par le vent. Quelque part, une radio grésille une chanson napolitaine. Une voix d’homme rit, ivre. Je me plaque contre un mur, le cœur battant à se rompre.Trois minutes d’avance. Pas assez.Je soulève ce qu’il reste de ma robe, déchirée jusqu’à mi-cuisse, et arrache un nouveau morceau de soie. Le tissu se déchire avec un bruit de déchirure hum

  • LA ROSE SANGLANTE   CHAPITRE 43

    VINCEJe suis encore debout près de la loge quand Antonio revient, et je sais avant même qu’il ouvre la bouche.Son visage est une lame. Trop fermé. Trop tendu. Ses yeux évitent les miens, comme s’il avait peur de ce qu’il va y lire.— Elle n’est plus là.Ma main se fige sur le verre de whisky que je n’ai pas bu. Le cristal me mord la paume.— Répète.Sa pomme d’Adam tressaute. — Elle s’est enfuie. Par les toilettes. La fenêtre. On a retrouvé ses chaussures. Sa robe… déchirée. Elle a sauté dans la ruelle derrière l’Opéra.Enfuie.Le mot me frappe comme une balle en pleine poitrine. Je le sens me transpercer, brûlant.— Par… les toilettes.Ma voix est un grattement de pierre. Trop basse. Trop calme.— Oui, monsieur.Je reste immobile. Une seconde. Juste une. Puis quelque chose en moi craque.Mon verre explose contre le mur. Les éclats pleuvent comme des dents brisées.— TROIS PUTAINS DE MINUTES, ANTONIO !Ma voix déchire le velours des murs. Des têtes se tournent dans le couloir. Je m

  • LA ROSE SANGLANTE   CHAPITRE 42

    sofiaLa porte des toilettes se referme derrière moi avec un déclic feutré.Antonio reste dehors, une ombre massive devant l’entrée.Je m’appuie un instant contre le bois sombre. Mon cœur cogne trop fort, trop vite. J’ai l’impression qu’il va résonner jusque dans le couloir, alerter Vince, alerter tout le monde. La musique de l’opéra filtre à travers les murs, étouffée, déformée, comme si elle venait d’un autre monde.Les toilettes ressemblent à un sanctuaire. Marbre rose, miroirs cerclés d’or, lumière douce tamisée par des appliques anciennes. Deux lavabos en porcelaine, des serviettes brodées posées sur un plateau d’argent. Tout est trop propre. Trop luxueux. Trop calme pour ce que je m’apprête à faire.Et puis je la vois.La fenêtre.Petite. Discrète. Entrebâillée. Juste au-dessus des cabinets. Assez haute pour qu’on n’y prête pas attention. Assez large pour une femme en robe de soie, si elle est prête à tout.Je n’ai pas le temps d’hésiter.D’un geste vif, je soulève ma robe et g

  • LA ROSE SANGLANTE   CHAPITRE 41

    SOFIALa limousine s’immobilise dans un chuintement de pneus sur le gravier. Devant nous, l’Opéra Massimo se dresse, colosse de marbre et d’or. Sous le balayage nerveux des projecteurs, la façade semble de glace. Vince sort le premier, puis me tend une main de fer. Ses doigts se referment sur mon coude avec une fermeté qui ne laisse aucune place à l’hésitation.— Respire, murmure-t-il, la mâchoire immobile, le regard fixé droit devant lui. Souris. Tu es chez toi ici.Je sens le poids des regards avant même d’avoir franchi le seuil. C’est un bourdonnement sourd, une nuée d’insectes invisibles qui courent sur ma nuque.« Qui est-elle ? »« Il s’est marié en secret ? »« Regarde comme il l’expose enfin… »Je redresse le menton, un mouvement sec, presque altier. Je calque mon pas sur le sien : une cadence mesurée, celle d’une reine ou d’une condamnée. À l’entrée, un homme en smoking s’incline, le buste cassé en deux.— Monsieur Moretti. Madame ?Vince ne ralentit pas, mais son buste se bo

  • LA ROSE SANGLANTE   CHAPITRE 40

    SOFIALa porte de ma chambre s'ouvre en milieu d'après-midi. Une employée entre, silencieuse comme une ombre, portant une housse de protection imposante qu'elle suspend à l'armoire avant de se retirer sans un mot.Je m'approche, le cœur battant. En ouvrant la fermeture éclair, le tissu se déverse comme une cascade de minuit : c'est une robe en soie d'un bleu profond, presque noir, avec des broderies d'argent qui scintillent au moindre mouvement. Elle est magnifique, et je la hais. C'est l'uniforme de ma reddition.Je commence mes préparatifs, seule devant le grand miroir. Je me maquille avec une précision que je n'ai jamais eue, soulignant mes yeux pour leur donner cette profondeur mystérieuse qui plaît tant aux hommes de son espèce. Mais derrière le fard, mon regard reste aux aguets.Je passe la robe. La soie est fraîche contre ma peau, le corset serre ma taille, me rappelant à chaque inspiration que je suis encore sa prisonnière.C’est alors que je me dirige vers le petit bureau dan

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