Beranda / Fantaisie / LA SIRÈNE ET LE CENTAURE / Chapitre 3 — La Morsure du Désir

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Chapitre 3 — La Morsure du Désir

Penulis: Déesse
last update Terakhir Diperbarui: 2025-11-01 00:16:44

Kaël

Trois nuits.

Trois nuits à arpenter cette foutue rive,à combattre un ennemi qui n'est autre que moi-même.

Mon sang n'est plus que feu et furie.Je ne dors plus. Je ne mange plus. Je bois l'air salé comme si c'était un poison, et c'en est un. Son poison.

Éliane.

Je la hais. Je hais la façon dont son image s'est incrustée sous mes paupières, plus réelle que les arbres ou les étoiles. Je hais le son de son nom, qui résonne dans le crépitement des vagues. Je hais ce sourire qui me défie, et cette pitié dans ses yeux de monstre.

Ce soir, il n'y a pas de lune. Le monde est un drap d'encre, et la mer, un piège silencieux.

Je suis venu pour en finir.

Soit je la tue,soit elle me tue. Soit je la touche, et nous verrons bien lequel de nous deux se brise le premier.

Je n'ai pas à l'appeler. Elle est là. Je le sens dans le frisson de l'air, dans le changement de rythme des flots. Mon corps la reconnaît avant même que mes yeux ne l'aperçoivent.

Elle émerge sans un bruit, plus pâle que la nuit, ses cheveux sombres nageant autour d'elle comme des algues.

—Tu es encore là, Kaël. La haine te tient donc plus chaud que le feu de ton propre foyer ?

Sa voix est une caresse et une griffe. Elle sait. Elle sait tout.

Je m'avance dans l'eau jusqu'à ce que le froid m'atteigne les jarrets. Je la domine de toute ma hauteur, mon ombre l'engloutissant presque.

— Raconte-moi encore des mensonges, sirène. Donne-moi une raison.

— La vérité te fait si peur ?

Un grognement m'échappe. Je suis à un pas d'elle maintenant. Je pourrais la saisir par les bras, sentir ses os fragiles sous mes doigts. L'odeur d'océan et de quelque chose de sauvage, de féminin, m'envahit, me rend fou.

— La vérité, c'est que tu es une vermine des mers. La vérité, c'est que votre race a noyé la mienne.

—La vérité, rétorque-t-elle, les yeux brillants de colère ou de larmes, c'est que tu as plus peur de ce que tu ressens pour moi que de toute la colère de l'océan.

C'en est trop.

Ma main part,aveugle de rage. Je devais la frapper, la repousser, la faire taire.

Mais au dernier moment,ma trajectoire dévie.

Au lieu de la gifler,ma paume s'écrase contre le rocher, juste à côté de sa tête.

Nous restons figés.

Mon souffle est rauque,le sien, précipité. Nos visages sont si proches que je vois chaque goutte d'eau sur ses cils, chaque nuance dans ses prunelles qui ne sont ni tout à fait bleues, ni tout à fait vertes.

Je sens la chaleur de son corps contre le mien.

— Fais-le, alors, chuchote-t-elle, son souffle chaud sur ma bouche. Montre-moi à quel point tu me hais.

C'est un défi. Une invitation.

L'ultime provocation.

Je ne sais plus qui a bougé le premier.

Est-ce moi qui me suis penché? Est-ce elle qui s'est offerte ?

Notre bouche se rencontre dans un choc qui n'a rien d'un baiser.

C'est une morsure.Une lutte. Un combat où nos langues se disputent le territoire, où nos dents s'entrechoquent.

Je la tiens contre le rocher,mon corps écrasant le sien, et elle ne cède pas. Elle se bat, elle mord, ses mains s'accrochent à mes épaules, ses ongles s'enfoncent dans ma peau à travers ma tunique.

C'est brutal. C'est laid. C'est nécessaire.

C'est comme avaler la mer et vomir du feu.

Je la dévore, je la punis, je la réclame.

Et elle rend chaque coup,chaque souffle, chaque gémissement étouffé.

Son corps ondule contre le mien,une force insoupçonnée, à la fois souple et d'acier. Je sens la forme de sa queue puissante frémir dans l'eau, s'enroulant autour de ma jambe comme un lien, un piège.

Quand nous nous séparons, haletants, nous sommes deux animaux blessés.

Ma lèvre est en sang.Je ne sais pas si c'est elle ou moi qui l'a mordue.

Ses yeux sont des braises,son souffle brûle l'air entre nous.

— Tu vois ? dit-elle, la voix rauque, brisée. C'est ça, la haine ?

Je recule, chancelant, comme si elle m'avait planté un couteau dans la poitrine.

Le goût de son sang ou est-ce le mien ? est sur ma langue. Un goût de sel et d'infini.

Je ne dis rien. Je ne peux rien dire.

Je tourne les talons et je fuis.

Je fuis la rive,je fuis son regard, je fuis cette vérité qui me crie à la face.

Je ne la hais pas.

Je la désire.

Et c'est pire que tout.

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