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Chapitre 4 : La suite 412

Autor: Déesse
last update Data de publicação: 2026-10-11 22:42:40

Pamela

Le lendemain soir, je suis devant le miroir des coulisses, en train de tracer un trait d'eye-liner qui ne veut pas tenir. Mes mains ne tremblent pas, non, mais elles sont... lentes. Comme si mon corps avait gardé son propre rythme, celui d'hier, celui de la salle trois, et refusait de revenir au mien. La musique du club vibre à travers le mur, une basse sourde qui pulse dans mes talons posés par terre. Je me maquille, c'est tout. C'est ce que je me dis.

La note arrive par Maria, la barmaid, qui la glisse entre deux brosses à maquillage sans un mot, juste un regard en coin et un sourire en coin qui n'en est pas un. Du papier plié en quatre, froissé au centre comme si quelqu'un l'avait serré dans le poing avant de se décider. Je l'ouvre. L'écriture est anguleuse, pressée, l'encre bleue d'un stylo bille qui a failli percer le papier. Un numéro de téléphone. En dessous, six mots : Je veux te revoir, mais pas ici.

Mon cœur fait un truc bizarre, un battement qui saute puis se rattrape. Je relis. Je relis encore. Le papier sent le tabac, le vrai, pas la fumée du club, et quelque chose d'autre, du bois, du cuir peut-être. Sa main. Je porte le papier à mon nez sans réfléchir, et là je me rends compte de ce que je fais, et je le repose sur la table, face contre le bois.

Je finis mon trait d'eye-liner. Premier œil. Deuxième œil. Je me regarde dans le miroir et je ne me reconnais pas, ou plutôt je me reconnais trop, cette fille avec les lèvres peintes et les cils chargés qui ne pense qu'à un bout de papier froissé posé derrière elle.

Je prends mon téléphone. Je tape le numéro. Mes doigts appuient sur les touches comme si chaque touche était une décision, et puis j'appelle, et ça sonne, une fois, deux fois, trois, et au quatrième son il décroche, et il ne dit rien, juste sa respiration, et je dis :

— C'est moi.

Un silence. Puis sa voix, exactement comme je m'en souvenais, grave et sèche, la voix de quelqu'un qui parle peu.

— Hôtel Belvédère, suite 412. Une heure.

Il raccroche. Pas de bonjour, pas de au revoir. Je reste là, le téléphone collé à l'oreille, la tonalité dans le tympan, et mon bas-ventre se contracte, pas comme une envie, plutôt comme une certitude physique que quelque chose va arriver et que je ne peux pas l'empêcher.

Je m'habille. Pas le bustier noir, pas les mêmes affaires. Une robe, simple, sombre, qui glisse sur ma peau comme de l'eau froide. Pas de string dessous. Je ne sais pas pourquoi je fais ce choix, ou plutôt je sais, mais je ne veux pas me l'avouer, pas encore.

Le taxi me dépose devant un immeuble de pierre grise, un de ces hôtels qui ne s'affichent pas, avec un portier en gants blancs qui ne me regarde pas plus que ça. Quatrième étage. Couloir silencieux, moquette épaisse qui absorbe mes pas. Je frappe à la porte 412.

Il ouvre. Chemise blanche, manches retroussées, pas de veste. Il me regarde. Il ne dit rien, recule d'un pas, et je rentre.

La suite est vaste, trop vaste pour deux personnes. Un lit énorme, draps blancs tirés, et une baie vitrée qui donne sur les toits de la ville, la lumière orange des réverbères qui filtre à travers le verre. Il referme la porte. Le clic de la serrure. Mon souffle se bloque une fraction de seconde.

Il s'approche. S'arrête devant moi. Lève la main, et ses doigts, ces doigts secs et calleux d'hier, se posent sur ma nuque, pas sur la robe, pas sur l'épaule, la nuque, là où les poils se hérissent sous le contact. Il reste là. Sa main ne bouge pas. Je sens la chaleur de sa paume, la rugosité de sa peau, et je reste immobile, le souffle court, les yeux dans les siens.

Puis il commence. Il trouve la fermeture de ma robe, dans le dos, et la fait glisser, centimètre par centimètre, le bruit du zip qui est le seul son dans la pièce, avec ma respiration qui devient plus forte, plus audible. La robe s'entrouvre. L'air frais de l'entrée, sur ma colonne vertébrale, dans le creux de mes reins. Il ne tire pas le tissu, il le laisse là, suspendu, ouvert comme une faille.

Je voudrais bouger, me retourner, l'embrasser, mais je ne bouge pas. Il y a quelque chose dans sa lenteur qui me paralyse, qui me cloue là, debout, les bras le long du corps, la robe ouverte dans le dos et qui tient juste par les bretelles sur mes épaules.

Il passe derrière moi. Je sens son souffle sur mon épaule droite, puis sa bouche, pas un baiser, juste le contact de ses lèvres entrouvertes sur ma peau, et un frisson descend le long de mon bras, jusqu'au bout de mes doigts qui se crispent. Il attrape une bretelle, la fait glisser. Puis l'autre. La robe tombe, mollement, et s'empile à mes pieds dans un bruit de tissu.

Je suis nue. Pas de string, rien, juste mes pieds sur la moquette et l'air de la pièce qui passe sur mon ventre, mes seins, le haut de mes cuisses. Il est habillé, lui, et cette asymétrie, cette dissymétrie, fait monter quelque chose en moi, pas de la honte, plutôt une sorte d'exposition, une vulnérabilité qui me coupe le souffle.

Il recule d'un pas. Me regarde. De bas en haut, lentement, comme hier dans la salle trois, sauf que là il a tout son temps, pas de bar, pas de musique, pas de spectacles parallèles. Juste moi, nue, debout, et lui qui me contemple.

— Mmm, tu es encore plus belle sans les lumières du club.

Sa voix. Ma peau se hérisse partout, les bras, les cuisses, la nuque.

Il s'approche de nouveau, pose ses mains sur mes hanches, et me fait reculer, pas par pas, jusqu'au lit. Mes mollets touchent le matelas. Il me dit :

— Assieds-toi.

Je m'assieds. Le drap est frais sous mes cuisses, presque froid, et le contraste avec ma peau brûlante me fait sursauter. Il s'agenouille devant moi, prend mon pied gauche, et le soulève, et je ne comprends pas tout de suite ce qu'il fait, et puis il porte mon pied à sa bouche et pose ses lèvres sur la voûte plantaire, et un son sort de ma gorge, un gémissement bas, un son que je ne contrôle pas, quelque chose entre le soupir et le gémissement, et ses lèvres s'ouvrent et sa langue trace une ligne lente, du talon jusqu'aux orteils, et je renverse la tête en arrière, les yeux fermés, et un deuxième gémissement sort, plus fort, plus long, un son qui vibre dans ma poitrine.

— Hmm... tu aimes ça, murmure-t-il contre ma peau, le souffle chaud et humide sur mes orteils.

Il prend un orteil entre ses lèvres, suce doucement, et mon bassin bouge tout seul, d'avant en arrière, un mouvement minuscule, instinctif, et je suis trempée, trempée comme hier, trempée comme si rien n'avait cessé depuis la salle trois.

Il lève les yeux vers moi, et il dit, d'une voix si calme que ça me fait mal :

— J'ai pris la suite pour la nuit entière. Je compte explorer chaque centimètre de ton corps. Chaque. Centimètre.

Le mot centimètre, répété deux fois, tombe dans le silence comme une pierre dans l'eau, et les ondes se propagent, et mon corps frémit de la nuque aux pieds, et je ferme les yeux, et j'attends.

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