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LE CONTRAT DU MILLIARDAIRE MUET
LE CONTRAT DU MILLIARDAIRE MUET
Author: Paul

Chapitre 01

Author: Paul
last update publish date: 2026-10-29 08:09:51

POINT DE VUE : AMINA

Le poing frappe la porte pour la troisième fois, et j'oublie de respirer.

Assise par terre dans mon petit salon, le dos contre le mur, une calculatrice sur les genoux et des factures éparpillées autour de moi comme des feuilles mortes, je n'ai pas fermé l'œil de la nuit. Il est sept heures du matin. Dehors, la ville s'éveille dans une chaleur moite, mais ici, dans ces trente mètres carrés, l'air est lourd comme avant un orage.

— Mademoiselle Diallo ! Nous savons que vous êtes là !

Je ferme les yeux. Comptable de formation, je sais additionner n'importe quelle colonne de chiffres en quelques secondes, et pourtant, depuis des mois, aucune addition ne me donne le résultat que j'espère. Quatre millions pour l'opération de mon père, trois pour le loyer en retard, deux pour la clinique, et au bout de la colonne, un nom qui me donne des frissons : Zakari.

Je me lève lentement, les jambes tremblantes, je lisse ma robe de coton, vieille et fatiguée, devenue trop moulante à force d'être lavée à la main, puis j'ouvre la porte de quelques centimètres. Deux hommes en costume gris me regardent de haut en bas. L'un tient un papier tamponné, l'autre, plus grand, laisse son regard s'attarder là où il ne devrait pas.

— Huissiers de justice, annonce le premier. Vous avez reçu trois mises en demeure. Nous venons faire l'inventaire de vos biens.

— Je vous ai demandé un délai, murmuré-je.

— Le délai est expiré.

Le grand sourit et avance le pied pour bloquer la porte.

— Mais on peut peut-être s'arranger. Une jolie femme comme vous… ça se négocie.

Une chaleur brûlante me monte dans la poitrine, sauf que ce n'est pas de la peur. C'est de la colère, une colère froide et précise que je connais bien.

— Retirez votre pied, dis-je d'une voix très calme, ou j'appelle la police. Et je précise que mon voisin est commissaire.

C'est faux, bien sûr, mon voisin vend des beignets. Mais l'homme retire son pied.

— On revient demain, grogne le premier. Avec un serrurier.

Ils s'éloignent enfin. Je referme la porte, tourne la clé et pose le front contre le bois, le cœur cognant si fort que je l'entends dans mes oreilles.

Tiens bon.

Mon téléphone vibre : c'est un message de Karim, mon petit frère. « Papa a eu une mauvaise nuit. Les médecins veulent te voir. » Je n'ai pas le temps de pleurer, j'attrape mon sac, j'enfile mes sandales et je cours.

L'hôpital sent l'antiseptique et la peur. Au troisième étage, dans le couloir, un médecin à la blouse froissée m'attend.

— Mademoiselle Diallo, l'état de votre père est stable, mais il faut l'opérer sous quarante-huit heures. Au-delà, nous ne répondons plus de rien.

— Quarante-huit heures…

— Le coût est de neuf millions. Nous avons besoin d'un acompte avant demain soir.

Neuf millions, alors que j'ai en poche le prix d'un repas. J'entre dans la chambre, où Mamadou Diallo dort, la peau grise, un fil de perfusion collé au bras. Cet homme qui me portait sur ses épaules, qui m'a appris à compter avec des cailloux dans la cour, n'est plus qu'une ombre sur un drap blanc. Je prends sa main, froide dans la mienne.

— Je te sauverai, papa, soufflé-je. Je te le promets.

Il ouvre les yeux à demi et ses lèvres bougent, alors je me penche vers lui.

— Ne… ne cherche pas, ma fille… Ne cherche pas à savoir…

— À savoir quoi, papa ?

Mais il a déjà refermé les yeux.

Je passe le reste de la journée à faire ce que je redoute le plus : mendier. Ma banque, mon ancien patron, une amie, Nadège, qui me glisse un billet froissé en pleurant. Rien. Partout, la même phrase polie : « Nous sommes désolés. »

À dix-huit heures, sur le trottoir devant l'hôpital, un numéro inconnu s'affiche sur mon écran, et je décroche d'une main moite.

— Amina Diallo ? fait une voix grave, grasseyante. C'est Zakari.

Le sang quitte mon visage.

— Vous m'avez promis la fin du mois, poursuit l'homme. Nous sommes le vingt-huit. Je veux mon argent dans quarante-huit heures. Sinon, je viendrai le chercher moi-même, et je ne suis pas un homme patient.

Il raccroche, et je reste immobile, le téléphone collé à l'oreille, jusqu'à ce que la tonalité s'éteigne. Quarante-huit heures, encore, comme si le sort se moquait de moi.

Je m'assieds sur le muret, à la sortie du parking, la tête entre les mains, tandis que la nuit tombe autour de moi et que les phares dessinent des traînées d'or sur l'asphalte. J'ai vingt-six ans, un diplôme, de l'ambition, et plus rien. Un frisson me parcourt la nuque, une sensation étrange, comme un regard posé sur ma peau.

Je relève la tête.

Une voiture noire, immense et silencieuse, est garée au bord du trottoir, ses vitres teintées reflétant les lumières de la ville. La portière arrière s'ouvre sans un bruit et un homme en descend. Grand, la cinquantaine élégante, le costume sombre parfaitement ajusté, une mallette en cuir à la main, il a ce genre de sourire qui ne montre jamais les dents. Il s'approche avec une lenteur étudiée, comme un chasseur qui sait que sa proie ne peut pas fuir.

— Mademoiselle Amina Diallo ?

Je me lève d'un bond.

— Qui êtes-vous ?

— Quelqu'un qui peut régler tous vos problèmes. En une nuit.

Je ris, d'un rire sec, presque cruel.

— Je ne suis pas à vendre.

— Je ne vous ai pas dit que vous l'étiez.

Il tire de sa poche une carte de visite blanche et épaisse, qu'il me tend. Ses doigts effleurent les miens et je sens, malgré moi, la chaleur de sa peau, un contact bref, troublant. Je baisse les yeux : un nom, en lettres dorées, Maître Augustin Delorme, avocat, et sous ce nom, une phrase tracée à la main, à l'encre noire, d'une écriture penchée.

Une offre de mariage.

Je relève la tête, le souffle coupé.

— Vous vous trompez de personne.

— Non, murmure Delorme. Je suis exactement là où je dois être.

Il fait un pas de plus, et son parfum, un boisé lourd et enivrant, me serre la gorge. Il se penche vers mon oreille.

— Un homme très riche cherche une épouse, mademoiselle Diallo. Pour un an seulement. Et il a demandé votre nom.

Le monde semble s'arrêter.

— Mon nom ? soufflé-je.

Delorme sourit enfin, et pour la première fois, je vois ses dents.

— Venez demain à dix heures, à cette adresse. Il vous attend. Mais ne prévenez personne.

Il remonte dans la voiture, la portière se referme, et le véhicule glisse dans la nuit comme une ombre. Je reste sur le trottoir, la carte brûlante entre mes doigts, le cœur battant à tout rompre. Un homme riche, un mariage, un an, et quelqu'un, quelque part, qui a prononcé mon nom.

Je retourne la carte. Au dos, une seconde ligne, écrite d'une autre main, plus nerveuse, presque illisible :

Il ne parle pas. Mais il sait tout de moi.

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