LOGINVictor relève lentement les yeux. Son regard devient glacé.
— Ma nièce...
Il insiste sur chaque mot.
— Est en train de devenir un problème.
Il repose son verre.
— Si elle refuse Samuel...Si elle refuse chacun des candidats que nous lui présentons… La clause pourrait finir par jouer contre nous.
Marcus fronce les sourcils. Victor poursuit.
— Un tribunal pourrait considérer qu'on l'empêche délibérément de se marier. Il pourrait accorder un délai supplémentaire. Ou même remettre tout le testament en question.
Marcus réfléchit quelques secondes.
— Tu crois vraiment qu'elle irait jusque-là ?
Victor laisse apparaître un sourire presque admiratif.
— Alicia Kingston est exactement comme son père.
Il se ressert un whisky. Qu'il ne boira probablement pas davantage que le premier.
— Obstinée. Intelligente. Et beaucoup trop fière pour laisser qui que ce soit décider de son destin sans se battre.
Marcus croise les jambes, pensif.
— Alors, que proposes-tu ?
— Deux fronts.
Victor lève deux doigts, comme s'il énumérait les points d'une simple réunion.
— D'abord, nous continuons de pousser Samuel.
Il garde un ton parfaitement calme.
— C'est un jeune homme séduisant, patient, qui ne renonce jamais.
Un léger sourire apparaît sur ses lèvres.
— Certaines femmes finissent par céder... simplement par épuisement.
Il baisse un doigt.
— Ensuite...
Son regard se durcit.
— Nous nous assurons que Richard ne se réveille jamais assez longtemps pour dire quoi que ce soit qui pourrait compliquer nos affaires.
Marcus garde le silence quelques secondes. Puis il demande :
— Et s'il ne se réveille pas du tout ?
Il incline légèrement la tête.
— S'il meurt cette nuit, comme les médecins le craignent ?
Un sourire discret étire les lèvres de Victor. Presque imperceptible.
— Alors…
Il s'adosse lentement à son fauteuil.
— Le compte à rebours commence officiellement.
Sa voix devient presque satisfaite.
— Et Alicia n'a plus le luxe de réfléchir.
Il laisse échapper un souffle.
— La panique sert parfois mieux nos intérêts que les manipulations les plus soigneusement préparées.
Marcus acquiesce. Pourtant, quelque chose dans son regard trahit une hésitation. Il finit par parler.
— Victor...
Sa voix est plus basse. Plus prudente.
— Je te suis depuis le début dans cette histoire.
Il hésite encore.
— Mais... l'accident...
Il relève les yeux.
— Tu es certain que personne ne pourra jamais remonter jusqu'à nous ?
Victor repose son verre intact sur le bureau. Il fixe Marcus avec une intensité qui suffit à faire disparaître toute autre question.
— Le chauffeur du camion a reçu son argent en liquide. Il quitte le pays dès le lendemain matin. Et il ne sait même pas pour qui il travaille réellement.
Victor marque une courte pause.
— Le seul lien qui subsiste...
Il esquisse un sourire glacial.
— C'est un homme qui te doit encore beaucoup d'argent. Et il sait exactement ce qu'il lui en coûterait de parler.
Marcus déglutit discrètement.
— Et Richard ?
Il insiste.
— S'il se souvient de quelque chose après son réveil ?
D'un visage… D'un détail…
Victor coupe court.
— Richard ne se souviendra de rien d'utile.
Il se lève. Le geste annonce clairement la fin de la conversation.
— Et si, malgré tout, un souvenir lui revient...
Il ajuste tranquillement sa veste.
— Nous nous assurerons, comme je te l'ai déjà dit...que ce souvenir ne quitte jamais cette chambre d'hôpital.
Marcus se lève à son tour. Il boutonne son manteau. Puis il hésite encore avant de partir. Une dernière question lui brûle les lèvres.
— Et si Alicia refuse absolument tous les mariages arrangés ?
Victor tourne lentement la tête vers lui.
— Si elle décide d'épouser...
Marcus hausse les épaules.
— Je ne sais pas… N'importe qui. Quelqu'un que nous n'avons pas vu venir.
Victor laisse échapper un rire bref.
Sec. Sans la moindre inquiétude.
— Avec qui, Marcus ?
Il s'approche de la baie vitrée.
— Elle ne connaît personne, en dehors de notre cercle, qui accepterait un mariage aussi précipité sans y trouver un intérêt.
Il contemple les lumières de Lagos.
— Et même si...
Il sourit.
— Dans un élan de romantisme désespéré, elle allait chercher un mari ailleurs… Un inconnu. Un rêveur sans le sou…
Il secoue doucement la tête.
— Crois-tu vraiment qu'un homme pareil pourrait tenir face à nous ?
Le silence lui répond. Victor garde les yeux tournés vers la ville. Cette ville qu'il rêve de contrôler entièrement depuis plus de trente ans.
— Non…
Sa voix devient presque un murmure.
— Quel que soit l'homme qu'Alicia choisit… S'il n'a ni nom… Ni fortune… Ni protection… Il ne sera jamais qu'un obstacle de plus.
Il ferme lentement les yeux.
— Et j'ai déjà prouvé…
Il rouvre les paupières. Son regard est d'une froideur glaçante.
— Que je sais parfaitement comment éliminer les obstacles qui se dressent entre ma famille...et ce qui lui revient de droit.
Marcus ne répond plus. Il quitte le bureau en silence.
La porte se referme doucement derrière lui. Victor reste seul. Immobile. Face à la baie vitrée. Le verre de whisky demeure intact sur le bureau.
Pendant de longues minutes…
Il contemple la ville qui s'endort lentement sous ses fenêtres. Son esprit travaille déjà à la prochaine étape de son plan.
Il ignore qu'au même instant… Quelque part dans cette immense ville… Sous un pont auquel il n'accorde pas la moindre importance… Dort l'homme qui réduira bientôt en cendres tout ce qu'il construit patiemment depuis des années.
Son téléphone vibre une dernière fois. Victor baisse les yeux. Un message d'Emeka.
« L'infirmière a accepté. Elle nous préviendra au moindre signe de réveil. »
Un sourire satisfait apparaît sur son visage. Il éteint la lumière de son bureau. Puis monte se coucher. Avec la tranquillité d'un homme persuadé d'avoir déjà gagné une guerre...dont son adversaire ignore encore jusqu'à l'existence.
Six mois plus tard…Alicia s'observe longuement dans le miroir de la chambre qu'elle occupe au palazzo des De Luca. La robe de mariée, d'un blanc immaculé, épouse avec élégance sa silhouette, retrouvée peu à peu depuis la naissance de Serena. Aujourd'hui n'a rien d'un simple souvenir. Aujourd'hui, elle épouse l'homme qu'elle aime.Pour de vrai. La porte s'ouvre doucement. Isabella entre, un sourire attendri illuminant son visage. Elle s'approche en silence pour ajuster un dernier pli du voile.— Tu es magnifique, murmure-t-elle avec émotion. Alexander va être bouleversé quand il te verra. Alicia esquisse un sourire. Ses mains tremblent légèrement.— C'est étrange…Elle laisse échapper un léger rire.— Je suis presque plus nerveuse aujourd'hui que le jour de notre premier mariage... alors que celui-là s'était déroulé en quelques minutes dans un bureau de mairie.Isabella sourit avec tendresse. Elle pose délicatement ses mains sur celles d'Alicia.— C'est parce que cette cérémonie est
Alex perd toute notion du temps. Assis à même le sol froid du couloir, sa fille profondément endormie contre sa poitrine, il fixe sans relâche cette porte fermée derrière laquelle Alicia se bat pour vivre. Les minutes ne passent plus. Elles s'étirent. Elles deviennent des heures. Une éternité. Près de vingt minutes plus tard, des pas précipités résonnent dans le couloir.Grâce apparaît enfin. Son regard balaie les lieux avant de s'arrêter sur Alex. En le découvrant effondré au sol, leur nouveau-né dans les bras, son visage se décompose.— Alex…Elle s'agenouille aussitôt devant lui.— Qu'est-ce qui se passe ? Où est Alicia ?Il peine à trouver sa voix.— Une hémorragie…Le mot lui brûle la gorge.— Ils l'ont emmenée, Grâce... Je ne sais pas ce qui se passe là-dedans. Personne ne me dit rien.Grâce s'assoit près de lui. Elle voudrait le rassurer. Mais la peur qui serre son propre cœur se lit dans chacun de ses traits. Son regard glisse vers le bébé profondément endormi. Un léger sourir
Alex accompagne Alicia jusqu’à la salle d’accouchement. Sa main ne quitte jamais la sienne tandis que le personnel médical s’affaire autour d’elle avec une efficacité remarquable qui ne parvient pourtant pas à calmer l’angoisse grandissante qui lui serre la poitrine. Le docteur Nwankwo procède rapidement à un examen.— Le col est dilaté à quatre centimètres, annonce-t-elle d’une voix rassurante. Nous avons encore un peu de temps devant nous. Mais, compte tenu de l’arrivée légèrement précoce du bébé, je préfère vous garder sous surveillance constante.Alex déglutit difficilement.— Est-ce que cette naissance est dangereuse pour le bébé ?L’inquiétude transparaît malgré tous ses efforts pour rester maître de lui. La gynécologue lui adresse un sourire apaisant.— Trente-sept semaines ne sont plus considérées comme une véritable prématurité. Votre fille est parfaitement viable à ce stade. Nous allons simplement surveiller attentivement chaque paramètre afin que tout se déroule dans les me
Les semaines qui suivent la tentative d’attentat à la bombe se révèlent décisives pour l’issue définitive de cette affaire. L’ensemble des preuves accumulées, la communication clandestine de Victor depuis sa cellule, l’implication de son cousin Frederick Kingston, désormais en pleine négociation avec les autorités britanniques, et la tentative d’attentat elle-même, formellement reliée à des complices extérieurs identifiés grâce aux communications interceptées, achève de consolider un dossier judiciaire désormais totalement inattaquable.Le gardien corrompu, Ibrahim, est démasqué et arrêté à son tour. Sa coopération rapide avec les enquêteurs permet de reconstituer entièrement le réseau que Victor s’efforce de maintenir depuis sa cellule. Frederick Kingston, confronté à de graves accusations de complicité de blanchiment d’argent international, finit par négocier un accord de coopération avec le parquet britannique, livrant l’ensemble des informations concernant les transferts financier
L'évacuation se déroule avec une efficacité remarquable. Des centaines d'employés quittent la tour dans un calme fragile. À l'extérieur, les sirènes déchirent bientôt l'air. Les véhicules de police encerclent le bâtiment. Un vaste périmètre de sécurité est mis en place. Personne n'entre. Personne ne sort.Alex scrute la foule. Chaque seconde paraît interminable. Puis il la voit. Alicia. Elle avance parmi les employés évacués. Dès qu'elle l'aperçoit, elle accélère le pas. Alex la rejoint presque en courant. Il la serre immédiatement contre lui. Longuement. Comme pour s'assurer qu'elle est bien réelle.— Tu vas bien ?Sa main glisse instinctivement jusqu'à son ventre, encore presque imperceptible.— Et le bébé ?Un sourire rassurant traverse le visage d'Alicia.— Nous allons bien.Sa réponse est ferme. Pourtant, son regard reste inquiet.— Alex... si Victor est vraiment derrière tout ça…Elle relève les yeux vers la tour.— Cela veut dire qu'il a encore des complices dehors. Des gens pr
Les premières semaines de détention plongent Victor dans une stupeur presque totale. Sa cellule est étroite. Les murs gris semblent se refermer un peu plus chaque jour. L’odeur d’humidité lui colle à la peau. Chaque bruit métallique lui rappelle une seule chose. Il est tombé.L’homme qui contrôlait des fortunes, des entreprises et des vies entières dort désormais sur un lit de béton. Au début, son esprit refuse d’accepter cette réalité. Puis, peu à peu… La stupeur disparaît. Elle laisse place à quelque chose de beaucoup plus dangereux. La stratégie. Victor refuse de mourir ici.Chaque nuit, il fixe le plafond sans trouver le sommeil.Son cerveau tourne sans relâche. Il démonte chaque événement. Cherche une faille. Une faiblesse.Une porte encore entrouverte. « Je ne finirai pas mes jours dans cette cellule. »Cette phrase devient une obsession. Il se la répète jusqu’à y croire. Alors il observe. Les gardiens. Leurs habitudes. Leurs regards. Leurs faiblesses. C’est ainsi qu’il remarq







