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Chapitre 63 — Les Racines et le Désarroi 1

last update Zuletzt aktualisiert: 14.01.2026 20:53:26

Ophélie

Deux mois.

Deux mois d’un bonheur calibré, méticuleux, aussi doux que fragile. Deux mois de planning coloré sur le frigo, de nuits en relais, de biberons partagés et de sourires échangés au-dessus du berceau. Deux mois à élever Rose, notre petite lumière, dans une bulle que nous avons reconstruite pierre par pierre, jour après jour.

Je suis heureuse. Je devrais l’être complètement. Rose grandit, s’épanouit. Marc est présent, d’une présence fiable, tendre, absolue. Il est un père merveilleux. Un roc.

Mais mon bonheur a la forme d’un puzzle auquel il manquerait une pièce centrale. Une pièce que j’ai moi-même égarée dans un moment de panique et de ténèbres. La pièce qui a son visage à lui, ses silences, son corps qui n’est plus contre le mien la nuit. Nous sommes des co-parents parfaits. Des alliés. Des amis, même.

Et je l’aime. Je l’aime d’un amour qui n’a jamais cessé, qui s’est nourri de sa fiabilité, de sa dévotion à notre fille, de la façon dont il a serré ce rapport de labo
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  • LE PÈRE DE MON ENFANT    Épilogue — Le Jardin Secret

    Ophélie Un an et demi plus tard.L’été s’attarde, lourd et généreux, sur la terrasse du dernier étage. Les géraniums en pots explosent de rouge, et la vigne vierge que nous avons plantée commence à grimper sur le treillis, dessinant des ombres mouvantes sur les dalles de pierre chaude.À l’intérieur, dans le grand salon aux murs blancs, le désordre est celui, joyeux, d’une vie bien pleine. Des livres empilés sur la table basse – des traités de photographie, des ouvrages d’histoire pour le roman de Marc. Des jouets en bois éparpillés sur le tapis. Une couverture douce abandonnée sur le canapé.Et au centre de ce désordre, Rose. Deux ans et demi. Une force de la nature aux boucles folles et aux yeux rieurs. Elle court, pieds nus, du canapé à la baie vitrée, poursuivie par les rires graves de son père. Elle se réfugie derrière mes jambes, se cachant le visage dans mon sarouel de lin.— Papa chat ! Elle rit, le souffle court.— Le chat va t’attraper ! rugit Marc en plongeant, la saisissa

  • LE PÈRE DE MON ENFANT    Chapitre 72 — L'Éclat du Sceau 2

    MarcLe 15 juin se lève sur un ciel d’un azur sans tache. Comme lavé. Comme neuf.Dans la petite chambre d’amis de la maison de Mamie, où nous avons passé la nuit, je m’habille. Un costume bleu marine simple, sans cravate. La chemise blanche. Je regarde par la fenêtre. En bas, dans le jardin, la table est dressée sous le tilleul. Des assiettes en faïence, des verres à pied, des bouquets de lavande et de marguerites sauvages dans des pots en terre. C’est simple. C’est parfait.Il y a un coup discret à la porte. C’est Mamie. Elle entre, magnifique dans une robe de lin gris perle. Elle me regarde, l’œil critique, puis un sourire immense fend son visage ridé.— Te voilà un homme, Marc. Vraiment.— C’est grâce à toi. À ton fossile.— Bah, j’ai juste déterré la vérité. Toi, tu as su en faire un avenir. Elle… elle est prête ?Je hoche la tête, la gorge serrée d’une émotion trop vaste. Prête. Ophélie est dans la chambre du fond, avec ma mère et Rose. Une bulle de douceur féminine d’où me parv

  • LE PÈRE DE MON ENFANT    Chapitre 71 — L'Éclat du Sceau 1

    MarcLes mois qui suivent ont la densité et la couleur du béton en train de prendre. Ils ne sont pas légers, mais ils sont solides, empreints d’un but.Le lendemain du déjeuner chez Mamie, j’appelle Maître Garnier. Sa voix, sèche et efficace au téléphone, tranche avec la chaleur de notre nid. Je lui expose les faits : l’abandon du domicile conjugal, les accusations publiques infondées, la volonté de tourner la page. Il m’écoute, griffonne sans doute, puis dit : « On a largement de quoi obtenir un divorce aux torts exclusifs de Madame. Je m’en occupe. »La procédure est une ombre portée sur notre bonheur, une paperasse froide qui contraste violemment avec la chair chaude de notre vie. Les courriers officiels arrivent, froissés dans la boîte aux lettres. Je les signe, le cœur serré non pas de regret, mais d’une colère froide contre cette formalité nécessaire. Contre elle, qui, même absente, impose encore son empreinte sur notre présent.Ophélie est mon ancrage. Les soirs où la lassitude

  • LE PÈRE DE MON ENFANT    Chapitre 70 — L'Aube et l'Avertissement 2

    Mamie Je les observe, ces deux enfants devenus adultes, parents, amants à nouveau. La lumière est différente entre eux. Elle passe à travers, maintenant. Il n’y a plus d’ombre portée. C’est bien. C’est ce que j’avais espéré en déterrant ce fichu rapport.Mais l’espoir n’est pas une fin en soi. C’est un début. Et les débuts, il faut les construire sur des fondations solides. Pas sur du sable mouvant légal.— Ce gigot était parfait, Mamie, dit Marc, repu et détendu, un bras passé derrière le dossier de la chaise d’Ophélie.— Il faisait son devoir, comme nous tous, répond-elle en essuyant ses lèvres avec sa serviette. Parlant de devoirs… J’ai une question. Ou plutôt, un conseil.Son ton est devenu celui qu’elle utilise pour les choses sérieuses : doux, mais qui n’admet pas de légèreté. Marc et Ophélie échangent un regard.— Nous t’écoutons, dit Ophélie.— Vous avez l’air heureux. Vraiment heureux. C’est une bénédiction après la tempête. Et j’ai entendu, Marc, que tu parlais de projets.

  • LE PÈRE DE MON ENFANT    Chapitre 69 — L'Aube et l'Avertissement 1

    OphélieJe me réveille dans la lumière. Pas celle, crue, du jour qui se lève, mais une lumière dorée, tamisée par les paupières. Je sens avant de voir. Je sens le poids d’un bras autour de ma taille, la chaleur d’un torse contre mon dos, la régularité d’un souffle chaud dans mes cheveux. La mémoire de la nuit revient, non pas en images, mais en sensations : une chaleur moite entre mes cuisses, une douce courbature dans les muscles, une paix si profonde qu’elle en est presque une ivresse.Je reste immobile, les yeux fermés, pour faire durer ce moment de plénitude parfaite. L’odeur de lui, de nous, imprègne les draps. Le petit bruit de Rose qui babille doucement sur le babyphone est le seul rappel du monde extérieur. Un monde qui, pour la première fois, ne me semble pas menaçant, mais simplement en attente.Le bras autour de moi se resserre. Une bouche se pose sur mon épaule nue.— Tu es réveillée, murmure sa voix, encore empreinte de sommeil et de gravité.— Oui.— Ça va ?Je ne peux p

  • LE PÈRE DE MON ENFANT    Chapitre 68 — L'Architecture du Désir 2

    OphélieSes mains sur moi ne sont plus celles du père tendre, du compagnon rassurant. Ce sont des mains d’homme, impatientes, habiles, avides. Elles remontent sous mon t-shirt, paumes rugueuses contre la peau sensible de mon ventre, de mes côtes. Je me cambre sous son touché, un cri étouffé dans ma gorge.Il arrache le tissu, le fait passer au-dessus de ma tête. L’air frais sur ma peau nue est un choc, vite effacé par la chaleur de son regard, puis de sa bouche. Il embrasse mon épaule, la courbe de mon sein, prend mon sein dans sa bouche à travers le tissu du soutien-gorge. Le contact est brûlant, humide. Je crie son nom, les doigts crispés dans les draps.Je le tire à moi, cherchant les boutons de sa chemise. Je les arrache presque dans ma hâte. Ma paume s’écrase contre la chaleur de son torse, contre le battement furieux de son cœur. Sa peau contre la mienne. Enfin. La sensation est si violente, si juste, que des larmes me montent aux yeux.Il se débarrasse du reste de nos vêtements

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